Les années ** à *** d’Annie Ernaux (2008)

04.07
2009

« Il lui semble qu’un livre s’écrit tout seul derrière elle, juste en vivant, mais il n’y  a rien. » (p. 143)

Sans jamais parler à la première personne, Annie Ernaux nous livre là, bien davantage qu’une autobiographie, tout un demi-siècle de souvenirs vécus non seulement par elle mais par toute sa génération. Une nouvelle manière de retracer son parcours en se fondant dans la mémoire et la pensée de tous ceux qui comme elle sont nés après la seconde guerre, comme pour s’effacer derrière un « ils », un « nous », un « elle », derrière son lecteur ou sa lectrice, qui peut-être elle aussi a vécu une séparation, d’abord vécue comme un déchirement coupable puis comme une délivrance :

« A ce moment de sa vie, elle est divorcée, vit seule avec ses deux fils, a un amant. Elle a dû vendre la maison achetée il y a neuf ans, des meubles, avec une indifférence qui la surprend. Elle est dans la dépossession matérielle et la liberté. Comme si le mariage n’avait été qu’un intermède, elle a l’impression de reprendre son adolescence là où elle l’a laissée, retrouvant la même attente, la même façon essoufflée de courir aux rendez-vous sur ses hauts talons, d’être sensible aux chansons d’amour. Les mêmes désirs, mais sans honte de les assouvir à la perfection, capable de se dire j’ai envie de baiser. » (p. 157).

Ces soixante années constituent une somme d’événements sociaux et historiques, qu’Annie Ernaux fait défiler avec intelligence et finesse à travers le prisme du quotidien familial ou individuel. Fascinant.

Car pourquoi écrit-on, sinon pour

« Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais ».

C’est là la réponse d’Annie Ernaux, et sa dernière phrase.

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