Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance

12.12
2014

cop. Le passager clandestin

En 1947, George Orwell disait de Tolstoï que comme le Roi Lear, en renonçant au pouvoir, il avait dû faire face à un conflit intérieur tragique : appliquant la loi chrétienne de l’amour, en refusant de faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fût fait et donc de profiter du travail d’autrui, Tolstoï remet en question les promesses des socialistes et la vision classique d’une économie productiviste, utilisant les ressources humaines et naturelles pour servir des objectifs de rendement.

Léon Tolstoï préconise maîtrise de soi et modération, pour revenir aux désirs immodérés fondamentaux : il aborde alors la question du régime alimentaire, voyant le végétarisme comme un premier pas dans la voie du perfectionnement moral.

Il remet en question la vision classique de l’économie, focalisée sur la seule productivité et considérant les humains et la nature comme autant de ressources utilisables à volonté pour servir les objectifs de rendement dans un contexte de rareté.

Il se prononce pour une appropriation des outils et d’une terre à la campagne : il imagine une communauté à la fois technique et naturelle où chaque ouvrier ou artisan disposerait librement de ses outils, utiliserait la terre où il vit et qu’il connaît, qui est brisée par l’appropriation des terres et des moyens de production par les capitalistes.

Selon lui, la campagne préserve l’amour de soi, la juste estimation par l’homme de ses forces, ainsi de ce qui convient à son bien-être, alors que la ville n’est qu’amour-propre, vanité des hommes, confrontation et comparaison.

Il souhaite une alternance des quatre types d’activités humaines sur la journée, soit le travail physique, l’exercice du métier (artisanat), l’activité de l’esprit et de l’imagination, et enfin les relations sociales, pour obtenir les biens matériels et intellectuels y afférant : il n’y aurait alors plus de division du travail !

Il dénonce comme les anarchistes l’impôt comme un vol organisé par l’Etat.

Il se gausse enfin des intellectuels qui croient aux promesses des socialistes selon lesquelles en s’emparant des moyens de production, tous mèneront une vie facile et confortable.

Non content d’avoir écrit des chefs-d’oeuvre et prôné la non-violence à Gandhi avec le résultat que l’on connait, Léon Tolstoï a avancé avant l’heure des idées proches de la décroissance. Des textes qui résonnent encore, à réserver aux plus mûrs.

GARCIA, Renaud. – Léon Tolstoï contre le fantasme de toute-puissance. – Le passager clandestin, 2013. – 94 p.. – (Les précurseurs de la décroissance). – EAN13 9782369350002 : 8 €.

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