Le vrai Canard * par Karl Laske et Laurent Valdiguié (2008)

08.09
2010

Les journalistes Karl Laske (Libération) et Laurent Valdiguié (Journal du dimanche) livrent en novembre les dessous de l’hebdomadaire satirique français le plus connu en France, et inégalé dans le monde, le fameux Canard enchaîné. Ils reprochent entre autres au Canard d’avoir choisi de publier l’affaire Papon entre les deux tours d’élections présidentielles, dont Mitterrand sortira du coup vainqueur. Selon eux, et contrairement à ce qui a pu être dit dans l’histoire officielle de Laurent Martin, le Canard aurait préféré se taire durant les mandats de Mitterrand, afin de ne pas lui nuire. D’ailleurs, l’épouse de Nicolas Brimo n’était-elle pas l’attachée de presse du président ? Nicolas Brimo et Claude Angeli en prennent pour leur grade ici. Suivent des accusations plus graves, avec la découverte de liens entre Mitterrand et Bousquet, passés sous silence au Canard, eux aussi. Et aujourd’hui, Carla Bruni ne lit-elle pas tous les mardis soirs à son époux les informations qui paraissent dans le Journal de Carla B., en Une de l’hebdomadaire, soufflées par Pierre Charon, conseiller à l’Elysée ? Brice Hortefeux n’est-il pas un informateur régulier de la Mare aux Canards ?

Les deux journalistes regrettent en somme  que Le Canard ne soit plus le même depuis les années 70. Selon eux, le Canard battrait de l’aile du mauvais côté en perdant quelque peu de son éthique, de son indépendance, de son mordant et de son impartialité. Il ne serait plus alors un modèle de contre-propagande.

En jouant d’un effet d’annonce, l’ouvrage des deux acolytes s’ouvre sur l’actualité, les coulisses du Canard avec l’Élysée, les relations cordiales que d’aucuns entretiendraient avec Carla Bruni et Brice Hortefeux, et sur le banquet annuel des plus sélects où le tout-Paris espère figurer dans le cahier des invités. Dans les chapitres suivants, rien n’égratigne vraiment le célèbre journal satirique : plus frileux pendant les mandats de Mitterrand, parfois soupçonné d’exploiter les sources des confrères, vérifiées ou non, commettant du coup quelques erreurs, accusé d’être en trop bonne santé financière (et alors ?), devenu nombriliste, parano aussi, avec la découverte des micros cachés, d’être depuis toujours un brin misogyne, avec ses trop rares  plumes féminines, et enfin un peu trop consensuel dans ses chroniques culturelles, qui sont bien loin d’être originales,… Rien de vraiment scandaleux, tous comptes faits, au point de ne plus lire notre cher volatile unique en son genre. Coin ! Coin !

A lire aussi Laurent Martin, Le Canard enchaîné : histoire d’un journal satirique (1915-2005), Nouveau Monde éditions, 2005.

Seuil, 2008. – 507 p.. – (Points ; P2339). – ISBN 978-2-7578-1673-8 : 8 €.
Acheté 4 € à la librairie La Manufacture à Montolieu.
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