Le testament d’un enfant mort de Philippe Curval

05.05
2013

cop. Le Passager clandestin

Quel titre horrible ! A la mesure du récit d’anticipation imaginé par Philippe Curval en 1978, nouvelle de 70 pages écrite en 1978 et republiée ici par les éditions du passager clandestin, qui commence ainsi :

« J’ai enfin découvert le moyen de comprendre pourquoi, depuis quelques générations, un grand nombre de nouveau-nés meurent de façon mystérieuse. »

Alors que la Terre est surpeuplée, arrive une épidémie chez les nouveaux-nés qui inverse le phénomène tant et si bien que l’on finit par avoir peur de l’extinction de l’espèce.

Dans la première partie, ménageant le suspens de manière assez classique, le narrateur écrivant à la première personne, un scientifique, nous livre les conclusions de sa découverte : à défaut de maîtriser leur être dans l’espace, les nouveaux-nés, qu’il appelle « hypermaturés », accélèrent le temps pour se suicider, en vieillissant très vite en quelques semaines, voire quelques mois. Pourquoi refuser de vivre ? Selon le scientifique, leur malheur est d’avoir des pouvoirs télépathiques leur donnant accès à l’inconscient collectif :

« En même temps qu’il apprenait à lire l’univers dans la mémoire encore informelle de ses compagnons, Camille Félix découvrait en moi toutes les motivations nécessaires à refuser sa vie. Dès qu’il a pu inventer le moyen de le faire, il s’est mis à accélérer, pour fuir dans le temps ce dont il ne pouvait s’affranchir dans l’espace. » (p. 22)

Le journal du foetus puis du bébé, qui lui aussi écrit à la première personne, commence page 25, dans une deuxième partie plus longue ; atrocement désespérée, il est extrêmement intéressant, voire poétique, surtout page 57, où le narrateur essaie d’appréhender le monde à travers le regard d’un nouveau-né, ce monde qu’il peut toucher, voir, sentir, goûter, mais surtout un monde instable, où les objets peuvent changer de place, se rapprocher, se transformer.

Dans cette dystopie, Philippe Curval trouve une solution à la future surpopulation de la planète. L’humanité va se réguler d’elle-même à la source, c’est-à-dire que sa forte natalité va aller de paire avec une forte mortalité dès les premiers mois de la naissance. Mais il pousse le vice très loin puisque ce n’est pas ici une maladie qui provoque la mort des bébés, mais leur vision désespérée de leur propre avenir, de leur sentiment d’immense solitude dans ce monde où leur vie compte si peu. Quel besoin de vivre si l’on n’existe pour personne ? Un texte original, cruel, dur et dérangeant.

CURVAL, Philippe. – Le testament d’un enfant mort. – Le passager clandestin, 2013. – 73 p. : couv. ill. ; cm. – (dyschroniques). – EAN13 9782916952772 : 6 €.

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2 Reponses to “Le testament d’un enfant mort de Philippe Curval”

  1. Le titre + la couverture = je fuis !

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