Le refus ** d’Imre Kertesz (2001)

13.09
2005

Titre original : Felszamolas (2003)
Traduit du hongrois par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba

Dix années ont passé depuis le suicide de son ami l’écrivain B., et c’est seulement à présent que Keresu semble retrouver son libre-arbitre. Car B. semblait avoir prévu les agissements ultérieurs de ses amis, consignés dans la pièce posthume qu’il a laissée à Keresu, éditeur marginal dans ce monde littéraire où ne sont publiés que le beau monde et les bien-pensants, à défaut du roman dont il soupçonne l’existence et qu’il recherche désespérément. Sa quête va l’amener à multiplier ses rencontres avec sa maîtresse Sara et son ex-femme Judit.

Il me faut bien avouer que l’incipit surtout m’a enthousiasmée, la suite de l’intrigue prenant une direction moins borgésienne. En effet, on songe au début à la mise en abîme de la vie des personnages dans le roman du défunt. Ce qui d’ailleurs n’est pas démenti dans l’intrigue, B. ayant bien présumé de l’attitude de chacun. Pourtant, le nœud de l’histoire est on ne peut plus déroutant. B. en effet est un miracle, il est l’exception qui confirme la règle : il est né à Auschwitz. Il n’a d’ailleurs pas connu ses parents. Cette singularité aurait pu l’amener à savourer cette vie pleinement, cette perle sortie de la noirceur la plus horrible, et bien non, elle le pousse au contraire à vivre en sursis, en survivant. Et c’est là sur quoi repose ce roman : n’ayant pourtant pas lui-même vécu Auschwitz mais y étant né, B. ne sait pas continuer à vivre, il n’a jamais su vivre, tout court, portant ce poids du passé dès sa naissance.

Un roman psychologique intelligent et singulier.

Actes Sud, 2004. 126 p.
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