Le ravissement de Lol V. Stein ** de Marguerite Duras (1964)

24.09
2005

Lors d’une soirée au bal, Lola Valerie Stein, fiancée à Mickaël Richardson, assiste sans réaction à la rencontre de ce dernier avec Anne-Marie Stretter, avec laquelle il dansera jusqu’à l’aube, sous le regard tétanisé de sa meilleure amie, Tatiana. Des années ont passé. Lol revient dans sa ville natale avec son mari Jean Bedford et ses trois enfants. Un jour, parcourant les rues sans but, elle suit un bel homme qui part retrouver Tatiana Karl dans une chambre de l’Hôtel des bois. Il s’agit de Jacques Hold, l’amant de son ancienne meilleure amie…

LA scène du roman, c’est celle qui l’initie, celle qui détermine la vie de Lol. Le roman tout entier est raconté par celui qui l’aime, enfin, s’aidant des témoignages et souvenirs de tiers et multipliant les hypothèses. Il en parle comme d’une femme blessée à jamais, d’un être mort, devenue insensible à la joie et à la souffrance. Or c’est en épiant ce couple adultère, mais cette fois en étant maîtresse du jeu, que Lol revit : de nouveau elle désire, elle le désire, et à son tour ravit cet amour à sa meilleure amie.

L’écriture est à la fois sèche et imprécise, ponctuée de phrases courtes et d’énonciations perplexes hésitant sur un diagnostic. C’est une tragédie dont le puzzle est reconstitué par des témoins et des conjonctures, jamais par un narrateur omniscient. Et, au-delà de cette vie meurtrie, c’est n’importe quelle vie qui pourrait elle aussi être entraperçue par ceux qui croient l’avoir percée à jour.

De ce court roman se dégage très nettement l’impression d’un récit psychanalytique dont le sujet d’observation serait Lol V. Stein, un récit troublant, qui se démarque des autres romans de Marguerite Duras, tentant d’aller plus loin dans les frontières de la conscience et de l’inconscient.

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