Le mépris d’Alberto Moravia

10.08
2009

 

 

cop. GF

Il Disprezzo (1954)

Traduit de l’italien par Claude Poncet 

Porté à l’écran par Jean-Luc Godard en 1963, Le Mépris est précisément un roman sur la mise en scène, sur le cinéma, mais plus encore un roman psychologique adoptant le point de vue d’un narrateur, scénariste pour pouvoir payer à crédit son appartement de jeunes mariés à Rome, cherchant à comprendre pourquoi et comment son épouse Emilia a pu en venir après deux années de mariage vécues dans un bonheur parfait à ne plus l’aimer, et même à le mépriser.

 

« à dire vrai, je n’étais pas encore tout à fait convaincu qu’Emilia s’était définitivement éloignée de moi, ni que je trouverais la force de me séparer d’elle, de lâcher mon travail de scénariste et de vivre seul. En d’autres termes, j’éprouvais un sentiment d’incédulité d’une espèce douloureuse et nouvelle pour moi, en face d’un fait que mon esprit considérait déjà comme indubitable. Puisque Emilia avait cessé de m’aimer, comment en était-elle arrivée à cette indifférence ? » (p. 72)

Dans toute son oeuvre, Alberto Moravia dissèque les rapports amoureux mais aussi le rôle que la société et l’argent peuvent jouer dans une relation à autrui, a fortiori dans un couple. Ici le drame se noue à Capri dans la mise en abime d’une interprétation de l’Odyssée comme fuite d’Ulysse devant ses problèmes de couple à l’intérieur de cette interrogation perpétuelle d’un narrateur resté obstinément aveugle au pouvoir de séduction que pouvait représenter l’assurance d’un homme fortuné  sur sa femme.
C’est aussi une méditation sur l’incommunicabilité dans un couple. Quand tout se dit, il est déjà trop tard.
Comme une réflexion sur l’art, sur l’impossibilité souvent d’en vivre, sur l’énergie dépensée pour un travail alimentaire qui épuise celle nécessaire à une création personnelle, sur le prétexte aussi du temps dépensé pour cette autre activité pour ne pas avouer son impuissance, son absence d’idées neuves.
Tout se vend, tout s’achète, même les rêves. Du couple ou de soi, que privilégier ? En croyant assurer le confort et la pérennité de son couple en s’oubliant lui-même,  Riccardo perd et l’admiration et l’amour de sa femme et son amour-propre. A méditer.

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