Le libraire de Sélinonte de Roberto Vecchioni

31.10
2009

cop. LGF

Il libraio di Selinunte (2004)

En Sicile, dans la petite ville de Sélinonte, un libraire s’installe. Mais les habitants refusent non seulement de fréquenter sa boutique et d’assister à ses veillées, mais aussi de le servir dans les leurs. Seul Nicolino, surnommé « Frullo » à l’école, vient tous les soirs l’écouter lire à voix haute derrière une pile de livres. Un jour une fillette disparaît. Aussitôt les soupçons se portent sur ce personnage si différent et inquiétant. La nuit suivante la librairie prend feu. Advient un événement surnaturel dont les habitants ne vont pas sortir indemnes…
« Étrangement, ce fut comme lorsque l’on entre dans une pièce plongée dans l’obscurité et que peu à peu on parvient à distinguer les choses, que je réussis à distinguer les mots, ou tout au moins ce que je prenais pour des mots. Et je les trouvais magnifiques, comme s’ils possédaient un corps, une vie, et s’adressaient à moi. » (p. 47)

Ce joli conte poétique propose sous un vernis fantastique une allégorie sur la fonction du langage, sur le pouvoir des mots, sur leur absolue nécessité pour formaliser ce que l’on souhaite, ce que l’on voit, ce que l’on ressent. Dostoïevski, Shakespeare, Proust, Borges, Sappho, Dante, Rimbaud, ou encore les poèmes d’Alvaro de Campos et surtout des extraits de La Mort d’Ivan Ilitch de Tolstoï émaillent le récit, lus à voix haute par le mystérieux libraire, qui transmet son plaisir du texte, son plaisir des mots à son jeune auditeur caché, le narrateur, et pourquoi pas à nous, lecteurs. Le dénouement, assez déroutant, s’inspire de l’histoire du joueur de flûte de Hamelin retranscrite par les frères Grimm, de manière complètement détournée et tragique. Malgré tout, j’ai éprouvé comme un sentiment de frustration en achevant ce conte, comme si j’eusse aimé le voir davantage exploité. Pourtant tout y est. Et si, pour boucler la boucle, il suffisait de le relire à voix haute et de le faire lire pour qu’il soit complet et que son but soit atteint ?

VECCHIONI, Roberto. – Le libraire de Sélinonte / trad. de l’italien par Gérard-Julien Salvy. – Editions du Rocher, 2007. – 124 p.. – (Le livre de poche). – ISBN 978-2-253-12442-9 : 5 €.
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3 Reponses to “Le libraire de Sélinonte de Roberto Vecchioni”

  1. GeishaNellie dit :

    Il semble vraiment excellent, je trouve et un de plus dans ma LAL.

  2. Nanne dit :

    J’ai déjà lu d’autres billets sur ce joli petit conte, mais le tien me confirme la beauté de l’écriture. Et comme j’y suis très sensible …

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