L’Amour, la fantasia * d’Assia Djebar (1985)

09.01
2011

Algérie, juin 1830. La ville d’Alger est prise d’assaut par la flotte française. Ce n’est que le début d’une vaste guerre pour conquérir les terres algériennes.  Parallèlement, dans un passé plus proche, les femmes vivent cloîtrées dans un village du Sahel, ce qui n’empêche pas les jeunes filles de rêver à l’amour…

L’Amour, la fantasia fait partie de ces romans qui exigent une lecture attentive, un effort de lecture. Il mérite amplement de prendre son temps pour le lire. Or cela ne devait pas être le bon moment (cela arrive parfois) : sa lecture fut contraignante, il fut souvent abandonné pour d’autres livres, repris, posé, repris, me tombant des mains. Et puis, l’histoire étant entamée à moitié, tout fut soudain plus fluide dans la compréhension des événements.

Du reste, au final, il mérite une seconde lecture. Ecrit par une Académicienne dans une langue française extrêmement travaillée, il constitue pour cette Française native de l’Algérie un roman – somme, LE roman qu’il lui fallait à tout prix écrire pour revenir sur ses racines, sur ses origines.

Effectivement, L’Amour, la fantasia se présente sous la forme alternée de chapitres autobiographiques à la tournure impersonnelle et non linéaire, et de chapitres historiques évoquant les épisodes sanglants de la colonisation de l’Algérie par les Français en 1840. Les deux, bien entendu, se font écho. Le rapt des femmes promises à d’autres et brillant de mille bijoux répond aux mariages arrangés d’une époque plus contemporaine. C’est l’Histoire de la colonisation vécue enfin par les femmes, vue à travers les femmes, et écrite par une femme. Et comment l’écrire, précisément, sans se mettre en danger personnellement si ce n’est en évoquant son vécu comme s’il s’agissait d’une tiers personne ?

« Dire à mon tour. Transmettre ce qui a été dit, puis écrit. Propos d’il y a plus de un siècle, comme ceux que nous échangeons aujourd’hui, nous, femmes de la même tribu. » (p. 234)

En lire davantage avec des travaux universitaires :

De l’autobiographie à la fiction par Najiba Regaieg, Faculté des Lettres de Sousse

L’Amour – passion dans l’Amour, la fantasia par Aini Betoucche -Akchiche

L’amour, la fantasia [Texte imprimé] : roman / Assia Djebar. – Paris : Librairie générale française, 2001 (impr. en Allemagne). – 316 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. – (Le livre de poche ; 15127). - ISBN 2-253-15127-0 (br.) : 5 EUR.
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2 Reponses to “L’Amour, la fantasia * d’Assia Djebar (1985)”

  1. TAHAR BOUDJELTIA dit :

    L’Amour,la fantasia d’Aissa Djebar,un vrai chef-d’oeuvre de part son style,traitant ainsi l’histoire de la colonisation vecue par les femmes,vue à travers les femmes,et surtout écrite par une femme,précisément sans se mettre en danger personnellement si ce n’est en évoquant son vecu comme s’il s’agissait d’une tiers personne.Comme je tiens à évoquer ou plutôt mettre en evidence les talents d’une éminente doctorante en l’occurence Mme Najiba Regaieg pour avoir mis en exergue les mérites de l’écrivain,lors de sa thèse de doctorat de littératures françaises en oct.1995,sous le thème »De l’autobiographie à la Fiction ou le je(u) de l’écriture:Etude de l’amour,la fantasia et d’ombre sultane d’Aissia Djebar.Cette doctorante et écrivain dans l’ombre peine à trouver un éditeur pour ses écrtits.

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