La route *** de Cormac McCarthy (2006)

21.02
2008

copyright L'Olivier

Titre original : The Road (USA, 2006)
Prix Pulitzer 2007

Trad. de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch

« Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie.«  (incipit).

Ils sont deux, sur cette route, qui traverse une lande cendreuse. Tout ce que l’homme et le petit, un père et son fils, emportent avec eux se trouve dans leur sac à dos et dans le caddie qu’ils poussent vers le sud et la mer. Ils portent un masque qui les protège des cendres, les cendres d’un monde post-apocalyptique, qui a probablement brûlé il y a plusieurs années, depuis la naissance du petit. Aucun signe de vie, ni humaine, ni animale, ni végétale. Ou plutôt si, mais ils paraissent craindre la rencontre d’autres survivants, les « méchants » comme les appelle le petit, d’où le rétroviseur sur le caddie et le révolver :

« Au matin ils verraient s’il y avait des empreintes sur la route ou pas. C’était à part le petit le premier être humain auquel il avait parlé depuis plus d’un an. » (p. 69).

Ce roman possède ce lyrisme particulier aux visions d’apocalypse, propre au sentiment de solitude et de vacuité de l’existence qu’incarne leur protagoniste. Lanostalgie est aussi inhérente à ce type de récit. Ainsi, l’être humain se prend à rêver de ce qu’il a perdu, de l’inutile, du beau, et les souvenirs deviennent autant de légendes : le thème a déjà été maintes fois exploité, ne serait-ce que le roman Je suis une légende de Richard Matheson, dont l’adaptation (très libre) cinématographique a fait récemment l’actualité. J’ai en mémoire un manga lu récemment, Stigma de Kazuya MINEKURA, qui évoquait aussi un jeune homme qui avait pris sous sa protection dans un monde désolé un garçon qui espérait voir un jour un  oiseau et peut-être même un coin de ciel bleu, tout comme le père en rêve encore, pas son enfant, qui n’a jamais connu que le gris, que la désolation. Cormac McCarthy a ancré son récit dans l’universel : causes laissées inexpliquées de l’apocalypse, qu’on ne racontera d’ailleurs jamais, raisons restées obscures de la présence de survivants humains, lieux indéterminés, personnages sans nom.

Et puis, il y a ce qui fait l’originalité de ce roman. Son style d’abord, précis, sobre, glaçant, à l’usage immodéré parfois du « et » au sein d’une même phrase pour justifier son absence de ponctuation. Sa forme : des dialogues sans tiret ni didascalie, des paragraphes désolidarisés, aucun découpage en chapitres. Son thème principal ensuite, qui consiste en cette relation poignante entre un père et son enfant, le second donnant au premier sa seule raison de vivre. Et enfin, cette capacité qu’a l’auteur, sans jamais lasser son lecteur, de tirer son récit tout le long de cette lande cendreuse, résumant son action aux trois besoins vitaux de ses deux « gentils » : trouver à se nourrir et à se protéger du froid, et surtout éviter les autres…

McCARTHY, Cormac. – La route / trad. de l’anglais (Etats-Unis) par François Hirsch. – Editions de l’Olivier, 2008. – 244 p.. – ISBN 978-2-87929-591-6 : 21 €.
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