La musique du hasard de Paul Auster (1990)

21.09
2005

Titre original : The Music of Chance
Traduit de l’américain par Christine Le Boeuf

Jim Nashe parcourt tout le pays au volant de sa belle Saab rouge, îvre de cette liberté d’aller et venir, et de sillonner les routes. Il fend l’espace, immobile dans sa voiture et bien réel, au milieu de ce paysage fugitif qui défile à chaque instant. Il se vide la tête et les neurones.Il avait du mal à joindre les deux bouts, devant rembourser les derniers versements dûs à la pension de retraite de sa mère décédée. Alors sa femme l’a quitté, lui laissant leur petite fille qu’il a déposée chez sa soeur, en attendant. Et puis soudain, cet héritage de son père inconnu qui lui est tombé dessus, ces deux cent mille dollars comme désormais inutiles. Et le voilà qui quitte son boulot, vend sa maison, liquide son passé et prend la route. Seulement, la source avait beau être fabuleuse, au bout de plus de treize mois, elle se tarit et il lui faut songer à arrêter son périple. C’est alors qu’il prend un matin sur le bord de la route Jack Pozzi, un joueur de poker, qui lui parle d’une très bonne partie à faire avec Flower et Stone, deux milliardaires, dans leur château. Jim Nashe risque tout ce qui lui reste dans cette partie, même sa voiture, mais Jack perd. Les deux milliardaires fous leur proposent alors un marché…

Je suis heureuse d’avoir relu ce roman, l’un des premiers que j’ai pu lire de Paul Auster (était-ce Mr Vertigo ou lui ?) et je me suis rendu compte que j’en avais gardé le goût bileux, l’atmosphère oppressante et absurde d’irréalité, mais que j’en avais oublié la chute (tant mieux !). Voilà quelqu’un qui sait raconter des histoires, nous amener tout doucement là ou il veut, avec le souci minutieux du détail. Ce n’est pas tant le style qui nous plaît chez lui mais son art de raconter, d’imaginer ces récits angoissants mais vraisemblables qui poussent leurs personnages à leurs dernières limites, de nous transporter dans une logique absurde mais pourtant si logique et rationnelle en même temps ! A quelles extrémités en arrivent par hasard ses personnages, se retrouvant plus ou moins de fil en aiguille dénués de tout, de leur liberté, par un contrat qui les lie à une sorte de bagne avec un mirador zélé et presque sympathique. L’un de ses meilleurs.

« Le véritable avantage de la richesse, ce n’était pas la possibilité de satisfaire ses désirs, c’était celle de ne plus penser à l’argent. » (p.22)


Quel cruel renversement de situation par la suite, une dette de jeu conditionnant leur vie !

AUSTER, Paul.- La musique du hasard / trad. par Christine Le Boeuf. – La Librairie Générale Française. – 223 p.. – (Le Livre de Poche ; 13832). – ISBN : 2-253-13832-0.

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