La maison des feuilles *** de Mark Z. Danielewski (2000)

20.09
2005

publié aux Etats-Unis en 2000
traduit de l’américain par Claro

Johnny Errand est un type plutôt paumé, sans aucune famille et gagnant sa vie dans un salon de tatouages. Son seul ami ? Lude, qui l’emmène toujours dans des super coups où trouver coke et filles faciles. Mais un jour, c’est dans l’appartement de Zampano, un vieil aveugle ayant vécu seul enfermé avec ses chats, qu’il lui demande de venir : tous les chats ont disparu, toutes les fenêtres sont clouées et à côté du corps le parquet est lacéré, comme par d’énormes griffes. Johnny emporte avec lui une malle pleine d’écrits contenant un manuscrit. Ce dernier, qu’il dévore peu à peu, perdant toute notion du temps et de la réalité, tourne complètement autour d’un film qui n’existe pas, le Navidson Record. Ce qui est particulièrement étonnant, venant qui plus est d’un aveugle faisant de magnifiques descriptions de lumière, de photographies et d’analyses de film. Ce film, pourtant célèbre dans le manuscrit, aurait fait l’objet de thèses universitaires et de critiques des plus grands écrivains et réalisateurs américains, complètement inventées, tout comme d’ailleurs la plupart des références citées en bas de pages. Pourtant, au départ du film, une famille américaine s’installe tout simplement dans une maison. Will Navidson, grand photographe reporter, veut se consacrer davantage à sa femme, Karen, ancien mannequin, et à ses deux enfants. Il a alors l’idée de ce film sur leur nouvelle vie en plaçant dans toutes les pièces de la maison des caméras. Or, sur un tout autre sujet que celui initialement prévu, un premier court métrage avant l’intégrale du film ne tarde pas à faire bientôt parler de lui dans toutes les universités, appelé « Le couloir de cinq minutes et demie », alors interprété comme une illusion d’optique de cinq minutes et demie : on y voit dans le salon une porte donnant sur un couloir terriblement noir, mais lorsque l’on regarde par la fenêtre qui lui est contigüe, on ne voit que le jardin de l’autre côté de ce mur et absolument aucune protubérance de la maison ressemblant à un quelconque couloir. En fait, tout commence quand un placard apparaît dans la maison : Will Davidson décide de mesurer l’intérieur de la maison pour constater que l’intérieur excède la mesure extérieure…

Sincèrement, ce roman est tout sauf ordinaire. Et pour cette unique raison déjà, il faut le lire. Ne pas l’avoir lu, c’est passer à côté d’une expérience troublante.

Commençons par l’intrigue : le résumé ci-dessus des 20 premières pages de cet énorme pavé de 700 pages vous donne un aperçu du récit qui oscille entre la vie du narrateur Johnny et l’histoire de ce film étrange sur cette maison ouvrant sur des espaces n’existant pas dans la réalité. En fait, il se pourrait bien qu’il s’agisse du premier roman d’épouvante intelligent qui existe, avec force hypothèses, références et analyses architecturales, psychanalytiques et mythologiques, ce qui est pour le moinsantinomique ! Néanmoins, il est vrai que l’alliance des deux fait du coup moins trembler qu’un Stephen King, puisque la peur, intellectualisée, ne fonctionne pas à coups de clichés propres à instaurer un climat de terreur. Par ailleurs, l’histoire dans l’histoire, c’est-à-dire celle de la maison, m’a parue bien plus intéressante que celle de ce paumé auquel le lecteur revient sans cesse au moyen de digressions.

L’originalité de l’objet-livre ensuite : chapeau à l’éditeur qui a dû se taper la tête contre les murs en voyant le défi lancé ! En effet, le lecteur ne remarque d’abord que ce mot « maison » écrit en bleu, puis les différentes typographies en fonction du récit de Johnny ou du manuscrit, des photographies, et plus il poursuit plus il perd tout repère et tout sens de l’orientation, comme dans cette maison d’ailleurs, et tourne son livre dans tous les sens pour poursuivre sa lecture à l’envers, sur le côté ou en diagonale, le texte comme les différentes notes de bas de pages s’inscrivant tantôt à l’envers, tantôt à l’endroit, tantôt absents, tantôt remplissant toute la page.

Une expérience de lecture tout à fait déstabilisante ! Un conseil : achetez-le, oubliez-le dans un coin jusqu’à ce que vous ayez le courage de l’entamer et surtout jusqu’à ce que vous ayez oublié cette critique. Puis dites-moi si vous aussi vous vous êtes perdu dans ce singulier labyrinthe !

publié en France en 2002 (Denoël)
709 pages
prix : 29 €.

Lire aussi l’article sur Wikipédia, sur webzinemaker et voir le site des fans d’Ash Tree Lane.

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