La Fille du Cannibale de Rosa Montero (2006)

23.01
2006

PRIX PRIMAVERA 1997

L’univers confortable et monotone de Lucia, la quarantaine, auteur de livres pour enfants, bascule lorsque son mari disparaît dans les toilettes de l’aéroport au départ pour Vienne : un coup de téléphone lui apprend qu’il a été enlevé par une mouvance politique. Déboussolée, fragilisée, elle accepte bon an mal an l’aide de son voisin de palier, Fortuna, un ancien anarchiste octogénaire, à qui jusqu’alors elle n’avait jamais adressé la parole, puis celle d’Adrian, dont le corps de vingt ans ne la laisse pas insensible. Au travers de leur dangereuse enquête pour retrouver le mari de Lucia, le trio va s’interroger sur sa vie passée et à venir…

A ce polar baignant dans les milieux interlopes mafieux se superpose le récit historique que nous relate l’octogénaire de la guerre d’Espagne et de son implication dans le plus important mouvement anarco-syndicaliste, la CNT, aux côtés de Durruti. Mais au travers de ces péripéties passées ou présentes, c’est surtout le portrait psychologique de Lucia, la narratrice, que nous brosse Rosa Montero, une femme qui traverse la crise de la quarantaine et comprend qu’elle n’éprouve plus rien pour son mari, qu’ils ont mené deux vies parallèles sans vraiment se connaître, et qu’il est temps pour elle de donner un sens à sa vie.

J’ai particulièrement apprécié les anecdotes relatées par le vieil anarchiste et  souligné de nombreux passages liés à l’introspection de la narratrice :

« Comprenez-moi bien : je ne parle pas de la peur au sujet du sort de Ramon ni de l’ébranlement provoqué par le kidnapping, mais de la peur personnelle lovée en chacun de nous, du puits qu’on creuse autour de soi au fur et à mesure qu’on grandit, cette peur exsudée goutte à goutte, aussi à nous que notre peau, la panique de se savoir vivant et d’être condamné à mort. » « Dormir, c’est faire l’expérience de la mort, d’où la terreur. » (p. 81)

« Enfant, on croit que la vie est une accumulation de choses qu’au fil des années on conquiert, gagne, collectionne, thésaurise, alors que vivre, c’est, en réalité, se dépouiller inexorablement. » (p. 112)

« Il n’y a rien qui rende mieux compte de l’ancienneté d’une coexistence que cette manière inconsciente et automatique de converser à deux, de compléter en faisant rebondir par ses pensées les pensées de l’autre. Parce que le frôlement continuel qui caractérise la conjugalité finit par brouiller les limites de l’être. » (p. 126)

MONTERO, Rosa. – La Fille du Cannibale / trad. de l’espagnol par André Gabastou. – Métailié, 2006. – 407 p.. – ISBN : 2-86424-563-9 : 20 €.
Service de presse
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