J’apprends l’hébreu ** de Denis Lachaud (2011)

25.09
2011

 

cop. Actes Sud

« Il faut penser autrement. Il faut que je déplace les cloisons dans ma tête. J’ai l’habitude. Ce n’est pas là une source de souffrance potentielle. L’hébreu va tout réorganiser.

Il faut tellement penser autrement qu’il faut se retourner et lire dans l’autre sens, de droite à gauche. Parmi toutes les langues dont j’ai entrepris l’apprentissage, l’hébreu est la première qui se lit et s’écrit de droite à gauche. La phrase connaît son devenir vers la gauche. Autant dire que mon cerveau qui lit entre en ébullition, comme un pays en révolution. » (p. 35)

D’emblée, Frédéric est différent. En tout cas, il a une vision différente des choses. A l’âge de dix-sept ans, il a déjà beaucoup déménagé, pas dans la ville d’à côté, mais plutôt à Paris, Oslo puis Berlin, au gré des mutations de son père. Cette fois-ci, il atterrit à Tel-Aviv, une ville construite sur les sables, qui deviennent mouvants pour Frédéric, qui, totalement désorienté, s’invente un compagnon imaginaire, qui n’est autre que Benjamin « Théodor » Herzl, commence à apprendre l’hébreu et interroge les passants sur leur conception du territoire…

« Aujourd’hui, le livre me révèle qu’en hébreu, le verbe « être » ne se conjugue pas au présent.

Être, au présent, ça n’existe pas, non.

On peut être au passé, on peut être au futur, mais pas au présent.

L’hébreu est la langue qui sait qu’on ne peut pas être au présent. » (p. 35)

Le récit alterne entre les errances de Frédéric, en but avec les mots, entre autres l’hébreu, et avec les gens, en particulier avec son petit frère qu’il trouve insupportable, et le passé de ses parents, frère et soeur. Au-delà de l’expérience singulière de cet adolescent, dont les problèmes de communication vont l’amener au bord de la shizophrénie, c’est le portrait d’Israël que brosse l’auteur, pays qui, lui aussi, est tiraillé par ses contradictions et par sa quête d’identité.

Un roman fort, à double entrée, dont on sort avec un certain malaise.


LACHAUD, Denis. – J’apprends l’hébreu. – Arles : Actes Sud, 2011. – 236 p. : couv. ill. en coul. ; 22 cm. – (Domaine français). – EAN 9782742799435 : 18,50 euros.
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2 Reponses to “J’apprends l’hébreu ** de Denis Lachaud (2011)”

  1. In Cold Blog dit :

    Je l’ai terminé il y a quelques jours. C’est un roman tellement riche que j’ai un mal fou à rédiger un billet qui tienne la route…

    • carnets de SeL dit :

      C’est vrai que mes critiques sont en général assez synthétiques, car je constate que je me mets toujours à la place de lecteurs qui ne l’ont pas encore lu, et rarement à la place de ceux qui l’ont également lu. Les commentaires peuvent alors être utiles pour échanger plus avant.

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