Germinal d’Emile Zola

13.09
2005

1866, dans le Nord. Etienne Lantier, embauché comme herscheur au Voreux, découvre la condition des mineurs s’épuisant au travail, y laissant souvent leur peau, tout cela pour ramener un maigre salaire qui suffit à peine à nourrir toute leur famille. Or, prétextant de boisages bâclés, la Compagnie entend changer ses tarifs, au détriment des mineurs : la colère gronde, et Etienne se retrouve bientôt à la tête de la grève…

Le lendemain de l’écriture, le 2 avril 1884, de sa première page de Germinal, Emile Zola écrivait à un ami peintre, Antoine Guillemet, qu’il s’était « remis au travail, à son grand coquin de roman qui a pour cadre une mine de houille et pour sujet central une grève. »

Car Emile Zola se proposait d’étudier la grève comme la forme extrême des luttes ouvrières, et cela chez les mineurs, là où le travail est le plus pénible et le plus dangereux. Pour ce faire, tout son roman est ici orchestré pour mettre en évidence une criante inégalité sociale, la richesse de quelques-uns, oisifs, face à la misère de tous les autres, travailleurs. Par conséquent, il dénonce l’exploitation d’une classe travaillant et ne possédant rien par l’autre, possédant tout et ne travaillant pas.
En revanche, il insiste aussi sur le caractère versatile et dangereux de la foule, capable de tout et du pire, bercée ici par un idéal politique, que bientôt ne pourra plus canaliser son orateur, Etienne, qui se voyait déjà en héros, gravissant les marches de l’ascenseur politique jusqu’à Paris, et ne valant en cela pas mieux, selon Souvarine l’anarchiste, que les bourgeois.

A la relecture de ce roman, je me suis aperçue me rappeler, depuis le collège, de ses trois temps cruciaux, l’incipit, l’acmé qui, pour moi, constitue la vengeance des femmes sur le commerçant profiteur de leur misère, et la chute, avec cette lente agonie au milieu des cadavres, dans l’eau et le noir, des personnages principaux.
Il est clair que c’est certainement, comme dans mon souvenir, le roman  le plus ouvertement militant de toute la fresque des Rougon-Macquart. Porté par un souffle épique, il soutient le combat de ces ventres affamés, de ceux qui finissent par se révolter parce qu’ils ont trop faim, de ceux qui crient « du pain ! » alors que chez eux, bien au chaud, les bourgeois festoient, comme lors de la chute de la royauté, voulant faire tomber bas le capitalisme qui l’a remplacée. AussiGerminal n’a-t-il hélas rien perdu de sa force ni de son actualité : avec une nette diminution du pouvoir d’achat conjuguée à la suppression des classes moyennes, nous voilà revenus au clivage riches et pauvres ; seulement, la grève n’est même plus comprise par l’autre moitié des Français, PDG, actionnaires, hommes politiques comme médias ayant réussi à diviser pour régner.

Chef-d’oeuvre.

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