Galadio de Didier Daeninckx (2010)

25.09
2010

Galadio, c’est le prénom secret d’Ulrich, celui que sa mère qui l’élève seule ne prononce jamais. L’adolescent vit mal sa soudaine mise à l’écart de certaines activités comme la natation, et assiste, impuissant, à la confiscation des animaux de ses voisins Juifs, telle Takouze la tortue, puis à leur mise à mort. Un jour, c’est lui que les SA viennent chercher pour faire des « analyses » à l’hôpital, où il retrouve d’autres métis que l’on destine à être stérilisés. C’est alors qu’un couple le choisit comme figurant pour un film de propagande nazie pour son grain de peau, lui, le fruit des amours interdits entre un tirailleur Sénégalais recruté sous le drapeau français et une Allemande, qui fut tondue…

Entre les deux guerres mondiales, le narrateur assiste, dans les rangs des opprimés, à la montée du nazisme et à ses corollaires : l’antisémitisme et le racisme. Pour alimenter cette haine de l’autre, il joue lui-même en tant que figurant puis acteur tous les clichés de rumeurs et de préjugés racistes, de Noirs violeurs de femmes allemandes, de benêts « Y’a bon Banania » recensés dans les scénarii de films de propagande nazie. Il ne peut dès lors jouer que le rôle qu’on lui assigne, devenir que ce que l’on veut qu’il soit. De la même façon, il ne se révolte pas lorsqu’on lui interdit l’accès à la piscine, et d’ailleurs personne ne prend son parti ni ne désobéit. Le silence entoure son exclusion, la passivité permet l’injustice. Les seuls résistants, ce sont les voisins Juifs qui lisent entre les lignes de la presse écrite ennemie, pour se tenir informés, et abritent chez eux Galadio en fuite, et la mère de Galadio qui choisit de le mettre au monde malgré l’opprobre et de le garder… Les actes de résistance, ce sont la recherche d’informations, la lecture, l’esprit critique, la solidarité et l’amour.


DIDIER DAENINCKX GALADIO
envoyé par Backstreetprod. – Regardez plus de courts métrages.

Dans toute son oeuvre, Didier Daeninckx n’a de cesse de rappeler ces détails de l’Histoire qui ne figurent dans aucun manuel, aucun programme. Par le biais d’un destin individuel, il lève tout un pan d’une réalité vécue par des victimes de décisions politiques, exclus et opprimés. Ici encore, il a rassemblé une documentation fouillée pour donner jour à ce roman d’aventures dont le héros, persécuté en Allemagne nazie, partira en quête de son identité en Afrique subsaharienne. Une oeuvre militante écrite d’une plume simple mais efficace.

Dans la même veine, on songera au sort réservé aux Canaques lors de l’Exposition Coloniale de 1931 dans son roman Cannibale, publié en 1998, dans lequel intervient un homme de l’entretien dans un métro, ancien tirailleur sénégalais, et aux esclaves africains au 17e siècle, dans Zumbi de Jean-Paul Delfino.

Du même auteur dans Carnets de SeL :

Meurtres pour mémoire ** (1984),

La mort n’oublie personne ** (1989),

Cannibale ** (Verdier, 1998),

Ceinture rouge précédé de Corvée de bois ** (2001-2002),

Itinéraire d’un salaud ordinaire ** (2006).

DAENINCKX, Didier. – Galadio. – Larousse, 2010. – 175 p. ; 18 cm. – (Les Contemporains, classiques de demain). – ISBN 978-2- : 3,95 euros.

ou Gallimard, 2010. – 139 p.. – ISBN 978-2-07-012953-9 : 15,50 euros.

Partagez

Tags: , , , , ,

3 Reponses to “Galadio de Didier Daeninckx (2010)”

  1. alain dit :

    Je n’ai pas encore lu mais j’aime beaucoup le travail de Didier Daeninckx

  2. nicole dit :

    grande admiratrice de Daeninckx, je sors très déçue de la lecture de ce roman. le thème est passionnant mais l’écriture laisse à désirer….et le point de vue de ce garçon est raté. ( à mon avis…) il découvre l’Afrique avec des yeux et des mots d’aujourd’hui alors que nous sommes dans les années 40…..Rien ne l’étonne, il communique d’emblée avec les gens (dans quelle langue ?) alors que le bouquin démarre dans le réalisme, là , je ne marche plus….il n’y a que la chute qui est réussie puisqu’il se trouve comme sa mère en situation d’attente d’un amour perdu.Cela ne suffit plus à faire de ce roman une réussite…Dommage !

    • carnets de SeL dit :

      Bonjour. Effectivement l’écriture n’a rien d’extraordinaire, mais je n’ai jamais trouvé que le style de Daeninckx méritait de s’y attarder : simple et efficace, voilà tout. Merci d’avoir donné votre opinion : effectivement, maintenant que vous le dites, le comportement du garçon n’est pas forcément toujours, surtout en Afrique, vraisemblable. Merci de votre visite et bonne journée.

Laisser un commentaire