Condition de l’homme moderne d’Hannah Arendt

21.10
2013
cop. Pocket

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Au lendemain de la seconde guerre mondiale, après avoir publié Les Origines du totalitarisme (1951), où elle observe comment la logique totalitaire dissout la sphère publique comme la sphère privée de l’individu, devenu homme de masse, Hannah Arendt se penche en 1958 sur les conditions d’une reconstruction de l’espace politique.

S’appuyant sur sa culture érudite de l’histoire et la philosophie de l’antiquité grecque et latine, comme de l’Allemagne, elle questionne ce qui a bien pu arriver à l’homme aliéné au monde moderne, qui croit pouvoir fuir la Terre pour l’Univers et le monde pour le Moi.

Pour ce faire, elle distingue la « Vita contemplativa » de la « Via activa », pierre angulaire des trois activités humaines fondamentales : le « Travail », l’ »Oeuvre » et l’ »Action », analysés précisément dans les chapitres centraux.

Elle examine donc le renversement hiérarchique de toutes ces valeurs : alors que, dans l’Antiquité, la Contemplation (« Vita contemplative ») était préférable à l‘ »Action », à travers laquelle les citoyens d’Athènes pouvaient être immortalisés par l’Histoire, par des exploits ou par la politique, elle-même permise grâce au « travail » des esclaves et à l’« oeuvre » des artisans, plus durable que l’homme lui-même, le monde moderne a prôné l’ »animal labourans », une société de travailleurs, devant assurer sa subsistance et celle de l’espèce ; il est envahi par l’« oeuvre », qui, dans la société de consommation, est destinée à devenir de plus en plus périssable, pour ne pas remettre en question son modèle économique ; il rend l’homme presque incapable d’« action », c’est-à-dire d’initiatives, en paroles et en actes.

Selon elle, les découvertes scientifiques nous ont fait douter de nos sens et de la réalité, comme si nous étions entre les mains d’un esprit malin. Seule l’introspection peut conduire à une certitude, car rien d’extérieur n’entre dans le processus. La plus grave conséquence de ces découvertes, c’est que désormais l’homme apaise sa soif de connaître non plus par la contemplation, qui est devenue une expérience dénuée de sens, mais par l’action, qui est devenue du « faire » et de la « fabrication ». Hannah Arendt conclut sur la passivité la plus inerte, la plus stérile jamais connue de l’homme, revenant au stade animal. La capacité d’agir est devenue selon elle le privilège des hommes de science, voire des artistes.

Hum… Une conclusion bien pessimiste, et elle le pensait déjà en 1958… L’exposé est clair, les concepts facilement compréhensibles. Au final, on partage en grande partie sa réflexion sur la condition humaine moderne.

Prolongement :
A lire la réflexion très intéressante de Gabriel sur la validité de ces concepts, plus de 50 ans après, avec la révolution numérique.
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