Catherine Cusset (2008)

18.10
2008

Catherine Cusset

A la suite de Valentine Godry, c’est Catherine Cusset, d’emblée sympathique et touchante, qui s’est prêtée au jeu des questions-réponses, à propos de son roman Un brillant avenir **, qui reçut cette année-là le Goncourt des Lycéens.

Elle a commencé par citer un auteur qui a beaucoup compté pour elle :

« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire.

C’est hurler sans bruit. »

Il s’agit bien sûr de Marguerite Duras .

Catherine Cusset vit aux Etats-Unis depuis bientôt 20 ans, passe ses étés en Bretagne et est retournée vivre depuis un an en France.

Elle nous explique encore :

« On ose dans une autre langue ce que l’on n’ose pas dans sa propre langue. »

C’est pourquoi elle est d’abord passée par l’anglais pour The story of Jane. Pour cette histoire d’Elena, très pure et très simple, elle a également d’abord choisi de l’écrire en anglais, plus sobre, car son écriture est un peu tourmentée en français.

Sacha : Quel est l’effet que vous cherchez à produire chez le lecteur ?
Catherine Cusset : Le roman commence en 2003, puis la chronologie n’est plus respectée, cela devient déroutant.
J’ai d’abord séparé les deux histoires, mais cela n’était pas intéressant. Puis j’ai choisi d’entrelacer les deux histoires. Les échos entre elles sont devenus plus évidents.

Chloé : Il y a beaucoup de retours en arrière dans ce roman. Est-ce que le passé est ancré dans le présent ?
Catherine Cusset : Oui, les échos, je viens de le dire, sont évidents. Les deux parents sont opposés au mariage de leur enfant. La vie d’Elena structure les parties du livre. Cette femme qui a tout sacrifié pour l’avenir de s

on fils, qu’est-ce qui est arrivé à cet avenir ?

Alice : Comment fait-on pour construire cette architecture ?
Catherine Cusset : « J’ai mis 3 ans à l’écrire. Entretemps cela a beaucoup changé. Au début, il s’agissait d’un récit sur le couple Marie-Alexandru et de la belle-mère roumaine qui ne veut pas d’elle. Au milieu, je me suis interrogée : qui est Helen ? Ca a commencé par son enfance, puis j’ai imaginé toute cette histoire. Elena s’est mise à exister de plus en plus. A la fin, cela a donné ces deux destins alternés.
Le Français est très sûr de lui. Il connait tout mieux que tout le monde. Il est très arrogant. Marie, c’est un peu le regard de la France sur l’Amérique. »

Nolwenn : Est-ce que le sujet de l’immigration vous touche personnellement ?
Catherine Cusset : « Il y a 20 ans, c’était un peu un exil  de partir ainsi aux Etats-Unis. Cette année, je suis en France. Mais je ne me suis jamais sentie immigrée. Mais bien sûr je vis aux Etats-Unis qui est un pays d’immigration. La rupture est violente quand on quitte son pays d’enfance. Elena change son nom, etc… Elle déteste la Roumanie en tant que pays antisémite puisqu’il intervient dans son amour privé contrarié par l’Etat (menace de perte d’emploi, etc.). »

Caroline : Pouvez-vous nous expliquer le choix du dénouement ? Catherine Cusset : « J’ai énormément hésité sur la fin. Au début, je voulais terminer par l’obtention de leurs visas pour les Etats-Unis. J’ai écrit finalement le dernier chapitre comme un cadeau pour le lecteur. Helen a toujours été dans la maîtrise, et là, elle pleure. C’est un véritable apaisement. »

Lison : S’agit-il d’une autobiographie ? Vous reconnaissez-vous dans Helen ou Marie ?
Catherine Cusset : « Aucune des deux. Bien sûr je me sens un peu plus proche de Marie. Elena est un personnage inventé, mais je m’y reconnait aussi. On habite un personnage. J’ai décentré mon point de vue et commencé à voir Marie avec les yeux d’Helen. »

Mathilde : Helen a beaucoup changé de pays. Mais elle ne semble pas avoir trouvé le bonheur…
Catherine Cusset : « Le seul moment de bonheur, c’est peut-être dans le désert, en Israël, quand elle éprouve du désir pour son mari. Mais elle découvre vite qu’Israël sera toujours un pays en guerre qui risque de lui prendre son fils. Helen est toujours dans l’avenir, jamais dans le présent. Elle a peur. »

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