Categorie ‘Carnets de Scénarii

Rien de grave (court-métrage)

13.12
2016

A l’occasion de la fête du court-métrage qui a lieu du 15 au 21 décembre, je propose une petite sélection à différentes classes, jeudi toute la journée.

Voici le court-métrage, avec Jean Dujardin, qui va certainement le plus leur plaire, avec un petit twist final :

Foutaises de Jean-Pierre Jeunet

22.11
2016

Toutes les prémisses du Fabuleux destin d’Amélie Poulain… le jeu du J’aime, j’aime pas ! Drôle et insolite.

Rox et Rouky de Walt Disney

13.03
2016
cop. Disney

cop. Disney

Rox, un renardeau devenu orphelin dès les premières minutes de l’histoire, est pris sous l’aile maternelle de la chouette Big Mama avant d’être adopté par une brave fermière, la veuve Tartine. Mais le voisin de cette dernière, Amos Slade, est chasseur. Pour seconder son vieux chien de chasse, il vient d’adopter lui aussi un chiot, Rouky. Les deux orphelins vont bientôt se lier d’amitié…

Rox et Rouky, sorti en 1981, est resté dans nos mémoires avec l’incontournable voix de Dorothée, à l’époque. Cette histoire d’amitié semble confronter la nature pacifique de ces jeunes animaux à la culture, c’est-à-dire au rôle qu’on leur attribue. Ainsi Rouky est destiné à vouloir la mort de son ami, Rox, alors que rien objectivement ne devrait l’y pousser, si ce n’est son maître. Les animaux comme les humains sont croqués avec tendresse. Un Walt Disney qui, pour une fois, montre le désenchantement de ses personnages principaux, très apprécié des petits encore aujourd’hui.

A proposer à partir de 3 ans.

Cendrillon de Charles Perrault vs Walt Disney

06.03
2016

220px-Gustave_dore_cendrillon4Le conte

Ah cette histoire qui a fait naître la sacro-sainte permission de minuit (pour sortir en boîte et non plus au bal), comme si, là encore, le but ultime pour une fille était d’épouser un prince, et ses qualités d’aimer faire le ménage, se coiffer, repasser,… Le détail de la pantoufle de vair, qui exige de l’élue d’avoir le pied petit, fait aussi penser à la culture chinoise qui exigeait des femmes, pour espérer faire un beau mariage, le bandage de leurs pieds afin de les avoir les plus petits possible. L’intervention de la marraine la fée est un deus ex machina : celle-ci aurait mieux fait de lui venir en aide dès la mort de son père d’ailleurs, au lieu de n’intervenir que pour la sortie d’un soir. C’est pourtant l’objet de la 2e morale du conte : sans marraine, on a beau être beau, bon et intelligent, on ne peut accéder à rien… Rien à attendre donc de nos seules qualités, sans intervention extérieure (coup de piston)…

Le dessin animé de Walt Disney

L’histoire est très peu remaniée, si ce n’est l’ajout bénéfique des amis animaux de Cendrillon, l’absence d’explication au surnom de Cendrillon…. et la figure du père de Cendrillon qui décède avant d’avoir connu le vrai visage de sa nouvelle femme (contrairement à celui de Perrault, entaché par son aveuglement et sa lâcheté sous l’emprise de sa seconde femme). D’ailleurs, tous les hommes du dessin animé sans exception paraissent bons…

Mon avis

L’intervention prépondérante de ses amis animaux permet de mettre de l’humour et de l’aventure dans ce récit qui, sans quoi, serait bien fade, et antiféministe, où les femmes qui sont indépendantes sont égoïstes et cruelles, et la jeune Cendrillon leur esclave, passant son enfance et son adolescence à faire le ménage et à leur préparer les repas. Le seul désir de cette jeune Cendrillon, c’est l’amour, qui lui permettra d’échapper à sa triste condition… alors qu’elle pourrait tenter de s’en extraire par elle-même… si elle vivait aujourd’hui. Voilà où le bât blesse dans ces dessins animés de Walt Disney, c’est qu’ils véhiculent une figure féminine qui n’a plus cours aujourd’hui (et espérons demain aussi), dépendante du bon vouloir des autres et notamment des hommes.

A éviter, mais bon, les animaux heureusement font diversion.

Alice au pays des merveilles de L. Carroll vs Walt Disney

28.02
2016
cop. GF-Flammarion

cop. GF-Flammarion

 

Après La Petite Sirène, penchons-nous sur l’adaptation cinématographique (1951) des Aventures d’Alice au pays de merveilles (1865) et de l’Autre côté du miroir (1871) de Lewis Carroll, qui n’ont jamais cessé d’inspirer écrivains, psychanalystes, philosophes, musiciens et réalisateurs.

Les frontières entre le réel et le rêve y sont ténues, l’absence de logique implacablement logique, et les jeux de langage propices aux quiproquos.

L’histoire

Qu’arrive-t-il à la petite Alice qui s’ennuie ? Toute une série de rencontres avec des personnages tous plus ou moins fous (Le Chapelier fou), dès l’instant où elle suit dans son terrier ce lapin en retard, consultant sa montre à gousset, et atterrit dans un monde où les animaux (Le Lièvre de Mars, le chat du Cheshire, le Bombyx) et les fleurs parlent et raisonnent, où l’on peut grandir ou rapetisser à volonté suivant ce que l’on mange ou boit, un monde onirique gouverné par une reine despotique dont les sujets ne sont autres qu’un jeu de cartes. Aussi, dans ce monde illogique, tout devient très relatif… de quoi aiguiser son esprit critique.

Mon avis

Difficile d’adapter l’humour britannique et son art du non-sense… Cette libre adaptation du roman de Lewis Carroll ne me semble pas si mauvaise, cherchant à rendre linéaire un récit particulièrement original et décousu, et à ne retenir que quelques vingt personnages emblématiques sur les 80 existants (et en ajoutant un, la poignée de porte). En revanche, de nombreuses chansons, emblématiques de Disney, émaillent le récit. Pas d’histoire de fille attendant patiemment son prince charmant ici, mais une petite fille de bonne famille refusant une éducation austère et l’apprentissage par les livres pour s’évader seule, poussée par la curiosité, dans un imaginaire débridé et fantasque. Si vous souhaitez lire son interprétation psychanalytique, lisez ceci.

A garder donc dans la vidéothèque des enfants.

La petite sirène de H. C. Andersen vs Walt Disney

21.02
2016
cop. Susanne Davidson

cop. Susanne Davidson

Le début de cette année 2016 me conduit à revoir avec ma fille de longs métrages d’animation, notamment des Walt Disney : Rox et Rouky, Les Aristochats, La Belle et le clochard, Le Livre de la jungle,…

Parallèlement je relis les contes de Charles Perrault, des frères Grimm et de Hans Christian Andersen, ceux du premier m’ayant permis de me rendre à quel point leur vision, celle d’une époque, entérine discriminations sexistes et sociales.

Commençons par comparer la version originale (1836) de La Petite Sirène à celle remaniée du 33e film de Walt Disney par Jon Musker et Ron Clements (1989) :

Le conte

Cadette des six princesses, Ariel se languit du monde des humains dont parle ses soeurs. Le jour de ses quinze ans arrive le rite de passage à l’âge adulte : sa grand-mère lui permet enfin de remonter à la surface : à bord d’un navire une fête est organisée en l’honneur d’un beau prince, qu’elle sauve de la noyade lorsqu’une tempête éclate. A son réveil, le prince est secouru par une jeune fille. Depuis lors, Ariel n’aspire qu’au beau prince et à son âme immortelle. Car si les sirènes meurent en se transformant en écume au bout de trois cents années d’existence, les humains, eux, ont la vie plus courte mais l’âme immortelle. Elle décide alors d’aller trouver la sorcière, qui accepte de satisfaire ses « stupides désirs » qui ne lui apporteront que malheur, en échange… de sa langue, qu’elle lui coupe, pour lui confisquer ce qu’elle a de plus beau, sa voix. En buvant son élixir, la petite sirène, désormais muette, perd à jamais sa queue qui se transforme en deux jambes, la faisant souffrir comme si des aiguilles se plantaient dans ses pieds. Si le prince ne s’attache pas à elle, jamais elle n’aura d’âme immortelle, et s’il en épouse une autre, elle mourra, le coeur brisé. Hélas, si le prince s’attache bien à elle, il n’en tombe pas amoureux, mais d’une princesse en qui il reconnait celle qui le trouva sur le rivage. Alors que ses soeurs donnent leurs cheveux à la sorcière pour que la petite sirène puisse avoir le choix entre tuer son prince ou mourir, Ariel préfère mourir et se transforme en fille de l’air…

Le film

Le personnage de la grand-mère disparait au bénéfice de trois animaux qui accompagnent Ariel dans ses aventures, un poisson, un Bernard l’Hermitte et un cormoran. Cela supprime une figure féminine qui use de façon bienveillante du pouvoir, et cela ajoute des personnages humoristiques qui sont au service des autres, parmi lesquels le Bernard L’Hermitte, qui semble être un esclave noir, habitué à s’amuser, chanter et danser, véhiculant un message somme toute raciste.

La petite sirène ne tombe plus amoureuse d’une statue représentant son idéal masculin, mais de la statue du prince réel qu’elle a rencontré.

Les conditions de la transformation de la petite sirène en humaine exigent d’elle un sacrifice bien moindre : Ariel donne sa voix, sans qu’on l’ampute de sa langue, sa queue se transforme en jambes sans qu’elle dût en souffrir, elle a trois jours pour se faire aimer du prince sans quoi elle redeviendra sirène.

C’est la méchante sorcière qui se fait passer pour la princesse qui a secouru le prince, et avec qui il s’apprête à se marier, comme ensorcelé, ce qui adoucit l’effet des apparences trompeuses et du coup du sort. En effet, le prince est tombé amoureux de la voix de celle qui l’a sauvé.

Toute cette histoire, enfin, se termine par un happy end, la sorcière étant tuée par le prince, sauvant à son tour la petite sirène, et tous deux convolant en de belles noces sur le navire.

Mon avis

Au début du conte comme du film, les rôles traditionnels sont inversés : le prince séduit la jeune fille qui l’observe en chantant et en jouant de la musique, et cette dernière vole à son secours alors qu’il se noie. Dans la conte d’Andersen, la jeune sirène pouvait finalement gagner une âme immortelle, mais pas le coeur du prince, pour lequel elle a tout sacrifié, famille, queue de sirène, joies, jusqu’à sa vie. Pour devenir femme et séduire, la jeune femme doit endurer mille souffrances, et ce sans avoir l’heur de plaire à l’élu de son coeur. Chacun en effet est resté fixé sur une image de l’amour idéal, la sirène sur la statue dans son jardin qui ressemble au prince, le prince sur le visage de celle qu’il pense l’avoir secouru… Les apparences sont trompeuses, les fantasmes conduisent à des erreurs. De la souffrance d’être femme, de la puberté, le film ne parle pas. Le « Sois belle et tais-toi«  ne permet pas à la petite sirène originale d’accéder au bonheur, contrairement à celle du film. Et la mise en garde finale du conte d’Andersen n’existe plus chez Walt Disney, ce qui détourne complètement le message initial : tout est bien qui finit bien, les sacrifices de la petite sirène pour plaire au prince sont enfin récompensés, le prince, retrouvant sa virilité, vole à son secours à son tour, et son père confie sa fille chérie aux bons soins de ce dernier… Message anti-féministe et très patriarcal, complètement opposé à celui de Hans Christian Andersen.

A éviter donc. A cette version il me faudrait voir l’adaptation japonaise, qui semble plus proche du message original.

Anomalisa de Charlie Kaufman (2016)

07.02
2016
serveimageFilm d’animation
Réalisation : Duke Johnson, Charlie Kaufman
Scénario : Charlie Kaufman
Sortie en salle le 3 février 2016
Vu aux Carmes le 5 février 2016

Synopsis

L’avion de Michael Stone, la cinquantaine, atterrit un soir à Cincinnati, où il ne doit passer qu’une journée pour donner une conférence de professionnels des services clients autour de son livre «Comment puis-je vous aider à les aider ?». Après avoir passé un coup de fil déprimant car banal à sa femme et à son gosse, il donne rendez-vous au bar de l’hôtel à une ex qu’il n’a pas vue depuis onze ans. Mais cette dernière le quitte brusquement lorsqu’elle comprend qu’il ne cherche qu’à passer la nuit avec elle. Michael fait alors la connaissance de deux de ses fans. Il finit par inviter dans sa chambre l’une d’elles, Lisa, intimidée par son physique…

Mon avis

Quand on sait qu’initialement, le scénario n’avait pas été écrit pour un film d’animation, mais pour une pièce de théâtre, avec seulement quelques personnages, et que c’est Duke Johnson qui a eu l’idée de le réaliser en stop-motion, on comprend mieux en quoi des barrières du genre ont été franchies. Voilà pourquoi c’est une histoire d’adulte, avec des thématiques fortes, qui détonne dans l’univers de l’anim’. Trivialité et érotisme font ainsi leur entrée dans le genre… ainsi que l’univers décalé et fantastique de Eternal Sunshine of the Spotless Mind et Dans la peau de John Malkovitch que nous avait également fait découvrir Charlie Kaufman.

Car le film d’animation en stop-motion se prête admirablement à l’uniformisation, l’interchangeabilité des visages que fréquente notre protagoniste. Toutes les voix chantent à l’unisson les attraits touristiques de la ville et leur professionnalisme obséquieux, le client étant roi…. sauf semble-t-il cette femme, que la vie n’a pas tellement gâtée jusqu’ici, et qui chante a capella de vieux titres de Cindy Lauper… De quoi rompre l’isolement et la banalité de sa vie, jusqu’au petit matin.

Un film intimiste, détonant, qui n’est pas sans rappeler Lost in translation de Sofia Coppola.