Categorie ‘** J’ai beaucoup aimé

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !

Chantier interdit au public de Claire Braud

26.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hasan vient d’être embauché comme ferrailleur dans la boîte d’intérim « Pauvre comme Job », dirigée par Dominique et Jacqueline. Sur le chantier, il retrouve Souleymane, qui vient d’obtenir ses papiers, après 15 ans, et qui aimerait du coup être embauché sous son vrai nom et obtenir un meilleur poste, malgré le racisme ambiant…

Gloups ! Dans cette BD, on a bel et bien l’impression de plonger dans l’esclavage moderne : les boîtes d’interim raflent les indemnités de leurs sous-traitants qu’ils traitent comme du bétail, les entreprises du bâtiment perdent le moins de temps possible sur l’échéancier en ne respectant pas les consignes de sécurité et en maltraitant leurs intérimaires. Les blancs sont en haut de l’échelle, et les noirs et les arabes au plus bas, quel que soit leur niveau réel de compétences. Bref c’est un travail précaire, dangereux et sous-payé sous le règne du régime de terreur. Encore une BD bien édifiante sur les conditions de travail dans ce secteur… Cela fait peur !

Manuel d’autodéfense intellectuelle de Sophie Mazet

23.07
2017
cop. Robert Laffont

cop. Robert Laffont

Jeune enseignante, Sophie Mazet remarque que ses lycéens ne manquent pas d’esprit critique envers les autres et l’enseignement, mais n’en font pas preuve lorsqu’il s’agit de s’informer correctement. S’inspirant alors de la déclaration du célèbre linguiste Noam Chomsky, selon lequel un « cours d’autodéfense intellectuelle devrait être obligatoire dans tout système d’éducation qui se respecte », elle leur propose alors un cours d’autodéfense intellectuelle contre toutes les formes d’endoctrinement, qui aboutira à une émission sur France Inter puis à cette sorte de manuel.

Voici les intitulés des neuf grands chapitres qui composent cet ouvrage :

            • Qu’est-ce que l’information ?
            • La vie est-elle plus belle dans les séries TV ?
            • « On nous cache tout, on nous dit rien » ou la dangereuse percée de la pensée complotiste.
            • A quoi sert la laïcité ?
            • Santé, nutrition, environnement : le pire est-il toujours certain ?
            • Peut-on échapper à la publicité ?
            • En politique, faut-il toujours se méfier des mots ?
            • Tous les discours dits « scientifiques » sont-ils fiables ?
            • Le pire ennemi, c’est nous !

Faisant un tour d’horizon des différentes sources d’informations, médiatiques, scientifiques, publicitaires, politiques, et même les séries qui nous inculquent un certain nombre de préjugés et de fantasmes sur des secteurs professionnels, Claire Mazet tente, à travers cet ouvrage, de pallier à l’insuffisance de l’éducation des jeunes générations, voire de ses concitoyens, pour s’armer contre la désinformation.

C’est là l’une des missions essentielles d’un acteur injustement placardisé dans l’Education nationale, le professeur documentaliste, chargé de former tous les élèves à la recherche et à l’évaluation de l’information dans tous les domaines. Hélas, sans classe attitrée, sans horaire dédié, il n’a pas les moyens de remplir cette mission, renvoyé trop souvent à la simple gestion de son centre de ressources, sa boîte à outils pour forger cet esprit critique qui forme le citoyen éclairé. Je n’y ai donc rien appris, en revanche il est toujours bon de consolider et de réactiver ses acquis.

Synthétique, bien documenté et plein d’humour, cet ouvrage gagnerait donc à être lu par tous, autant par les parents, grands-parents et enseignants, que par les lycéens et étudiants. A lire sans tarder !

Turbulences de Virot & Lambert

19.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Marion, 32 ans, chercheuse, phobique de l’avion, appréhende de devoir embarquer le lendemain matin. Sylvie, hôtesse de l’air divorcée, qui a la garde de ses enfants, éteint son réveil à 4h15, tout comme Martin, pilote. C’est Sylvie qui briefe l’équipage, 1h45 avant le départ…

D’après son enquête, la sociologue Anne Lambert a imaginé ce scénario mis en dessin par Baptiste Virot. Elle présente à l’aide de petites fiches signalétiques chacun des personnages principaux, qui ont chacun un rôle durant le voyage. Dans ce milieu, elle insiste tant sur les différents comportements à risque d’usagers que sur le sexisme chez les pilotes (1 femme sur 9) et leur toute-puissance vis-à-vis du personnel navigant (2/3 de femmes).

Certes, il est bien difficile de concilier voyages long-courrier et vie familiale, et il est interdit de se plaindre de ses faiblesses physiques, mais la compensation financière pour leurs responsabilités et la sécurité des passagers reste on ne peut plus raisonnable par rapport à d’autres métiers ayant les mêmes contraintes horaires !

Soumission de Michel Houellebecq

18.07
2017

 

cop. J'ai lu

cop. J’ai lu

On se souvient du vacarme que fit la sortie du roman Soumission, à la campagne de publicité savamment orchestrée par les éditions Flammarion – il fut même piraté !-, et qui tomba le jour-même de l’attentat au siège de Charlie-hebdo le 7 janvier 2015. Michel Houellebecq chercha alors à se faire oublier durant plusieurs mois, mis sous protection policière et probablement dépassé par la violence de cette réalité terroriste qui donnait un écho terrifiant à sa fiction.

De quoi son sixième roman parle-t-il ?

François, professeur d’université, spécialiste de Huysmans, vivote entre ses heures de cours avec ses étudiants, son suivi laborieux des doctorants, la cuisson au micro-ondes de ses repas tout prêts, industriels ou achetés chez le traiteur, et sa relation sexuelle avec Myriam, jeune étudiante juive en lettres modernes. La solitude lui pèse. En toile de fond, les élections présidentielles de 2022 et des attentats dans Paris étouffés par les médias et le gouvernement, commis soit par des identitaires, soit par des salafistes. Le pays se trouve au bord de la guerre civile. Au premier tour, la droite est éradiquée, la gauche dépassée, et c’est le jeune parti de « La Fraternité musulmane » qui va affronter le FN de Marine Le Pen, qui a remporté le plus de voix. Autant les électeurs de droite se tournent vers le FN, autant ceux de gauche s’allient alors au chef charismatique musulman. François, comme tous les Français, a peur du déclenchement d’une guerre civile et prend la fuite vers le sud, près de Rocamadour. Mais après le second tour, et l’arrivée au pouvoir du parti musulman, tout semble apaisé, les problèmes résolus, le chômage éradiqué par le retrait des femmes de la vie active : chacun y trouve son compte, ou presque…

Inutile de s’attarder sur l’écriture de Michel Houellebecq, ce qui compte, chez lui, c’est sa lucidité visionnaire. Il réussit à donner une image fidèle de ce que pourrait devenir la société française dans un futur proche. Moins extrême parce que moins lointaine que le 2084 de Boualem Sansal, cette dystopie n’en est pas moins angoissante. En effet, Macron a été élu car une certaine partie de la population en a eu assez de ce va-et-vient entre deux partis vieillissants et a voté pour un emballage rajeuni, propulsé par les médias et les multinationales, porteur des mêmes idées ultra-libérales qui tentaient de tirer les ficelles des deux partis, mais pas assez vite à leur goût. Houellebecq a donc vu juste à ce propos, et aussi sur bien des aspects, notamment sur le fait que dénoncer le port du voile peut être perçu comme raciste, sinon islamophobe, si bien qu’un parti musulman pourrait séduire certains électeurs de gauche. Et enfin, surtout, le personnage principal, qui se voyait déjà vieillir seul dans son appartement dans le 13e, va jusqu’à se convertir, non pas par foi ou par peur, mais par opportunisme  : contrairement à Huysmans, on lui offre une deuxième vie, et la possibilité de trouver son bonheur – égocentrique – dans un confort bourgeois, dans une maison cossue, avec une femme de son âge qui lui fait la popote et une adolescente qui comble ses désirs sexuels. What else ? Et si la soumission de la femme à l’homme et de l’homme à Dieu rendait tout le monde heureux, pourquoi tenter de résister à cette vague religieuse ? Voilà le message de cette politique-fiction satirique, qui brosse un portrait extrêmement individualiste des Français, même parmi les intellectuels, ici les universitaires, qui brillent davantage pour leur intérêt pour des écrivains passés à la postérité depuis plus d’un siècle – sans aucune prise de risque – et pour leur propre personne, que pour leur altruisme, leur intelligence et leur vision globale et instruite de l’actualité sociale et politique…

Encaisser ! d’Anne Simon

12.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

D’après l’ouvrage de la sociologue Marlène Cenquet, Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2013), Anne Simon a imaginé une mère célibataire embauchée comme hôtesse de caisse dans une zone commerciale, qui commence à lire un fascicule sur l’histoire du groupe Batax, dont fait partie le supermarché. Le PDG s’y représente comme celui qui a permis de faire se côtoyer toutes les denrées en libre-service, sans avoir à courir à droite et à gauche. La cheffe de caisse insiste sur sa présentation convenable, sa formatrice sur le planning qui change chaque semaine, avec des coupures dans la journée de plusieurs heures, la déléguée syndicale Fo ménage les patrons et la CGTiste organise une grève…

Comme toujours dans cette collection, on sort de la lecture de cette BD moins bête qu’avant : vous ne passerez plus en caisse sans savoir ce qu’encaisse votre hôtesse au quotidien !

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une de Raphaëlle Giordano

07.07
2017
cop. Eyrolles

cop. Eyrolles

Camille, pas encore la quarantaine mais pas loin, maugrée : pour couper court aux bouchons, elle décide de prendre les petites routes, mais son GPS la lâche, sa voiture aussi, et, en plein milieu d’un sous-bois obscur, son portable n’a plus de batterie ! Sous une pluie battante, elle sonne alors à la grille d’une propriété.  En pleine force de l’âge, le bel homme qui lui ouvre sa maison en grand, la voyant en pleine détresse, lui apprend qu’il est routinologue, et aide les gens qui, au 21e siècle, souffrent de ne pas être vraiment heureux…

Raphaëlle Giordano a tout compris : en ces années de coaching de tout, avec l’arrivée de magazines féminins de bien-être et de développement personnel comme Flow, elle imagine une histoire dans laquelle son héroïne va être guidée par un mystérieux inconnu qui va gracieusement (l’argent, c’est sale, n’en parlons pas dans cette fiction…) l’aider à vivre la vie dont elle a toujours rêvé, avec un mari et un fils qui l’aiment, un travail créatif dans lequel elle s’épanouit, et l’amour de soi. La lectrice suit comme l’héroïne tous les préceptes inculqués par le « sage », souvent signalés en caractères gras, ainsi que ses Rendez-vous déstabilisants revitalisants : ascension en ballon au parc Citroën, plongée sous-marine, restaurant dans le noir,…. Une quête initiatique en somme que tout un chacun peut suivre au fil de sa lecture, pour sa propre gouverne.

En cadeau avec cette chronique, quelques-uns des fameux préceptes qu’il faut suivre selon la théorie des petits pas :

- « Nous sommes ce que nous répétons sans cesse », disait Aristote.

- « Je suis la seule personne responsable de ma vie et de mon bonheur. »

- « l’ancrage positif : une technique pour retrouver quand on le voulait l’état physique et émotionnel vécu lors d’un moment heureux »

- l’affirmation de soi

- la gymnastique des zygomatiques : faire une séance de grimaces devant la glace : tirez la langue dans tous les sens, criez Wazaaaa, mimez une grande tristesse et une grande joie, récitez les voyelles.

- le jeu de l’appareil photo imaginaire : changer son filtre de perception en ne regardant que ce qui pourrait mériter une photo

- la méthode SMART : un objectif Spécifique (perdre du poids), Mesurable (- 8 kgs), Atteignable (découpé en petits objectifs), Réaliste et avec une date butoir dans le Temps (Noël 2017).

- tenir un Cahier des engagements, avec une lise des résolutions et en face « fait » ou « pas fait »

- tenir un Carnet du positif

- distinguer empathie sèche et empathie mouillée : ne pas prendre en charge le pathos de l’autre.

- apprendre à « décoller ses timbres » au fur et à mesure, soit dire ce qu’on a sur le coeur au fur et à mesure.

- se mettre d’accord sur un code rouge s’il y a danger de dispute,

- éviter la mitraillette à reproches et faire plutôt une FETE : des faits contrariants, ce que vous avez ressenti, ce que vous aimeriez comme terrain d’entente pour être gagnant-gagnant.

- ne pas faire revenir un vieux schéma hérité de ses parents, couper les élastiques du passé

- « Faire du bien aux autres, c’est de l’égoïsme éclairé » Aristote

- arrêter de jouer les Caliméro et de se plaindre

- faire vivre votre sourire intérieur

- bien respirer pour canaliser vos émotions

ainsi que les missions !

1) opération « grand blanc » : ménage in/out intégral (jeter au moins 10 objets inutiles, ranger, trier, améliorer votre intérieur), liste de « je ne veux plus »,

2) trouver des modèles parmi les personnages célèbres pour une qualité ou un aspect de leur vie,

3) lister les événements passés les plus marquants en termes de réussite et lister vos qualités et savoir-faire, pour vous focaliser sur les points positifs de votre vie ou de votre personne,

3) dessiner le portrait de la « Camille » que vous voudriez devenir,

4) développer sa créativité amoureuse : lui écrire des SMS créatifs,

5) utiliser une rumignotte, une cagnotte anti-ruminations et pensées négatives

6) se constituer un catalogue intérieur d’images et de souvenirs positifs, s’isoler dans une pièce, s’installer confortablement, respirer paisiblement, visualiser une image positive et en revivre intensément les émotions et sensations.

7) apprendre à faire le chat quelques minutes par jour, cad être au monde sans rien faire.

8) se constituer une playlist de power songs, des musiques qui donnent la force.