Categorie ‘** J’ai beaucoup aimé

Ailefroide : altitude 3954 de Rochette

25.04
2018
cop. Casterman

cop. Casterman

Jean-Marc Rochette, fasciné depuis l’enfance par Le Boeuf écorché de Soutine au musée de Grenoble, tombe un jour amoureux de la montagne. Souffrant de sa relation tendue et peu affective avec sa mère obligée de l’élever seule, et de l’intransigeance aveugle de ses professeurs au lycée, il fuit l’internat les mercredis après-midis pour escalader des sommets avec son ami Sempé. A 16 ans, tous deux rêvent de devenir un jour guides de haute montagne, d’ouvrir de grandes voies, de remplir une liste de courses pour postuler à la formation d’aspirant guide. Mais au moindre faux pas, à la moindre mauvaise évaluation du temps, la montagne est sans pitié…

Puissant et sans concession, ce récit autobiographique révèle la première vocation du dessinateur Jean-Marc Rochette, l’auteur du Transperce-neige, qui a dû renoncer à son rêve de grimper un jour la face nord d’Ailefroide et d’en faire son métier, vaincu par la dangerosité de l’alpinisme.

Dans ce récit initiatique, Jean-Marc Rochette nous livre malgré tout un vibrant hymne à la beauté des sommets et de la montagne.

ROCHETTE, Jean-Marc
Ailefroide : altitude 3954
Casterman, 2018
284 p. : ill. en coul.
EAN 9782203121935 : 28 €

Godman de Jonathan Munoz

18.04
2018
cop. Fluide glacial

cop. Fluide glacial

 

Qui n’a pas rêvé d’être indestructible, immortel, capable de voler ? Pourtant cela n’a pas l’air du tout de plaire à Dieu, devenu adolescent sur Terre, qui se retrouve seul au monde, après qu’un allumé suicidaire a fait exploser une bombe le jour de son anniversaire. Sans famille, ni ami ni petite amie, blasé de tout, Dieu ne s’attache à personne, fuyant la foule qui l’idolâtre. Un jour, son chemin croise la fille de Cathy, une journaliste, que des malfrats pensent être sa fille et enlèvent…

Un album jeunesse qui critique avec humour le fanatisme de tout bord.

MUNOZ, Jonathan

Au nom de moi

Fluide glacial, 2018

47 p. : ill. en coul.

EAN 9782378780173 : 14,50 €

La forêt millénaire de Jirô Taniguchi

21.03
2018

P1140786Au début de l’été, dans les années 50, Wataru, âgé de dix ans et demi, est accueilli chez ses grands-parents, suite au divorce de ses parents et à la maladie de sa mère. De la capitale il débarque seul dans un village dans la région de San’in, au coeur des montagnes et d’une nouvelle forêt mystérieuse. Lorsqu’un groupe de ses nouveaux camarades de classe cherche à le tester, il grimpe au « grand arbre » et il lui semble entendre sa voix l’encourager…

Quelle frustration que cette histoire inachevée ! Jirô Taniguchi, décédé le 11 février 2017 à l’âge de 69 ans, n’a pas pu achever cet album, une commande des éditions Rue de Sèvres, qui devait être le premier d’une série de cinq tomes. Ce serait une bonne idée, en s’appuyant sur les ambitions de l’auteur, de proposer un concours de scénario pour inviter les lecteurs à écrire la suite !

Les thèmes chers à Jirô Taniguchi, qu’ils partagent avec Miyazaki (Princesse Monoké, Nausicaa), occupent ici toute l’histoire, celle de l’homme non plus maître de la Nature mais de l’humain en symbiose avec la Nature, celle de la construction de l’enfant sur une transmission familiale.

Le format à l’italienne valorise les magnifiques dessins en pleine page à l’aquarelle, tout en nuances de vert, qui contribuent à générer un sentiment de paix et de sérénité chez le lecteur.

L’ouvrage est complété par un dossier « Les racines du projet » réalisé par Corinne Quentin et Motoyuki Oda, éditeur de Taniguchi au Japon, et un carnet de croquis.

 

La librairie Le Temps retrouvéAcheté à la librairie au temps retrouvé de Villard-de-Lans, seule librairie du Vercors.

et lu à Méaudre

 

 

 

La bande dessinée au tournant de Thierry Groensteen

29.12
2017
cop. éd. les impressions nouvelles

cop. éd. les impressions nouvelles

Dans le cadre des États généraux de la bande dessinée, lancés en janvier 2015, Thierry Groensteen brosse ici, dix ans après son premier point sur le statut de la bande dessinée, un état des lieux du neuvième art.

Sa situation semble à première vue s’être améliorée, en termes de visibilité, de reconnaissance culturelle et artistique, d’adaptation cinématographique, de parité auteurs/autrices, dessinateurs/dessinatrices, lecteurs/lectrices, de nombre d’éditeurs (de 60 en 1992 à 368 en 2015) et du nombre de titres publiés. Mais, à première vue seulement car désormais, la démultiplication des titres et des éditeurs rend l’exposition des BD en librairie plus éphémère, et son tirage chute. En outre, leurs marges baissent, entrainant avec elles les revenus des auteurs, qui se précarisent. Ainsi, les gros éditeurs, selon Thierry Groensteen, miseraient davantage sur les séries et les albums mainstream, que sur la créativité, produisant « des livres qui n’apportent rien mais qui encombrent les rayons et gonflent les catalogues. » (p. 14).

L’auteur s’interroge également sur les critères de sélection du comité de lecture du Festival d’Angoulême, même s’il se réfère sans cesse au blog du Neuvième Art, dont il se trouve être le rédacteur en chef.

Enfin, ce petit livre se félicite de l’essor de la non-fiction, sous la forme de BD-reportage dans la Revue dessinée par exemple, par le biais d’Etienne Davodeau ou sous la forme d’essais scientifiques, politiques, sociétaux, comme la collection la Petite Bédéthèque des savoirs du Lombard. Thierry Groensteen parle de la BD comme « investie d’une fonction didactique »(p. 35), mais cela n’a-t-il pas été le cas depuis toujours, en particulier dans les cathédrales ? Certes, il faut se réjouir de son décloisonnement dans toutes les disciplines, mais elle fait alors passer toute forme de créativité et d’expression artistique après l’efficacité de l’image.

Thierry Groensteen constate de même le succès des biopics, et l’évolution des supports, aussi bien dans la presse, que sous la forme de romans graphiques ou numérique, mais sans entrer dans le détail sur ce dernier point, hélas, mentionnant Thomas Cadène, Marc-Antoine Mathieu et Lewis Trondheim. Il est regrettable que le format planche reste dominant, même dans les créations numériques.

Il évoque aussi la lente et inexorable féminisation de la profession (21%), qui devrait inévitablement modifier les thèmes abordés par la BD et attirer un lectorat féminin intéressé par les sujets liés au corps, à la sexualité, à la vie intérieure, aux liens intergénérationnels, à la nature, au quotidien, en déconstruisant les stéréotypes.

Il défend les éditeurs alternatifs, confrontés au problème de la distribution/diffusion, souvent représentés par la société Belles Lettres Diffusion Distribution, et qui cherchent à s’affirmer parmi les arts visuels, tandis que les gros éditeurs misent sur la non-fiction.

La formation aussi évolue, multipliant les écoles privées et progressant jusqu’au doctorat à l’université, invitant de plus en plus les futurs auteurs à une véritable connaissance et réflexion sur la bande dessinée. En revanche, la bande dessinée s’invite encore peu dans les chroniques des magazines culturels. Thierry Groensteen signale tout de même le magazine spécialisé Kaboom.

Enfin une poignée de dessinateurs tirent leur épingle du jeu en proposant leurs planches originales dans les galeries et les ventes aux enchères, tel Joan Sfar.

A la fois Littérature et Art visuel, la bande dessinée se doit avant tout, pour s’affirmer, de rester exigeante.

 

Ballerina de Summer et Warin

28.12
2017

BallerinaFilm d’animation (France-Canada, 2016)

Scénario de Carol Noble, Eric Summer et Laurent Zeitun

A la fin des années 1880, en Bretagne, Félicie et Victor rêvent de s’enfuir de leur orphelinat pour accomplir leur destinée : lui veut être inventeur, et elle danseuse, à l’image de la ballerine de la boîte à musique avec laquelle elle a été retrouvée dans son berceau. Ils parviennent enfin à s’enfuir, au grand dam de M. Luteau, et se retrouvent séparés à Paris. Victor parvient à travailler dans les bureaux de Gustave Eiffel, tandis que Félicie usurpe l’identité d’une petite bourgeoise qui lui a cassé sa boîte à musique par pure méchanceté et rentre à l’Opéra concourir pour un rôle dans Casse-noisette

Saluons d’abord la prouesse technique de ce film d’animation qui nous offre des vues magnifiques du Paris de la fin du 19e siècle. Même si le scénario reste prévisible, ce film se regarde néanmoins avec plaisir, l’héroïne étant attachante, pleine d’énergie et de volonté, bien distincte avec sa chevelure rousse et sa voix grave des autres petites danseuses brunes interchangeables et de sa concurrente blonde. Le message est clair : attention jeunes filles de ne pas désobéir à sa mère, et d’aller voir les garçons au lieu de réviser avant un examen : à force de travail et de « coeur », on arrive à réaliser son rêve !

En revanche la bande originale du film est épouvantable, complètement anachronique et d’un mauvais goût absolu. De même, il n’était pas nécessaire d’inventer un personnage de « sorcière » aussi méchant que Cruella : la différence de classes sociales était une difficulté suffisante, sauf que… tout est faux ! En effet, à l’époque, ce sont les familles pauvres qui proposaient leurs filles à l’opéra pour faire de la figuration comme petits rats contre menue monnaie, lesquelles trouvaient un protecteur aux mains baladeuses…

Ce récit initiatique nous offre un bon moment malgré ces petites imperfections. Optimiste et galvanisant !

 

 

Sur les ailes du monde, Audubon de Grolleau & Royer

27.12
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

L’an dernier mon beau-frère m’avait offert ce biopic d’un grand ornithologue. Le sujet m’intéressant peu, je l’avais un peu oublié dans mon immense pile à lire jusqu’à la semaine dernière.

En ce début du XIXe siècle, John James Audubon voue une passion peu ordinaire pour les oiseaux, qu’il peint plus vrais que nature. Hélas, aux Etats-Unis, il est précédé par un confrère, Alexander Wilson, à qui on lui préfère les planches « plus scientifiques » et moins artistiques. Audubon ne désespère pas et poursuit ses expéditions toujours plus loin, délaissant femme et enfants pour satisfaire sa passion dévorante pour l’observation des oiseaux de tout le continent, la passion de toute une vie. Ce n’est qu’à Londres que ses planches connaissent enfin le succès qu’elles méritent.

Ignorant tout d’Audubon, l’un des rares Français pourtant célèbre dans son domaine et aux Etats-Unis, j’ai lu avec plaisir ce biopic particulièrement bien dessiné par Jérémie Royer, aux couleurs un peu rétro, et au scénario de Fabien Grolleau inspiré de ses récits d’explorateur. Le fait qu’il parte plusieurs années en laissant derrière lui sa famille peut choquer de nos jours, tout comme sa méthode de collectionneur qui consiste à tirer et à massacrer les espèces rares pour mieux les mettre en scène et les peindre : à l’évidence, il lui importait peu d’éteindre une espèce qu’il admirait et répertoriait. Alors qu’on décimait les dernières tribus d’Indiens d’Amérique, on était loin à l’époque de se préoccuper du problème de l’extinction des espèces !

 

Repères de Jochen Gerner

20.12
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

2000 dessins pour comprendre le monde

Chaque semaine, dans le magazine hebdomadaire le 1, Jochen Gerner explique synthétiquement un fait d’actualité en en retraçant l’historique à l’encre de Chine, avec force raccourcis, pictogrammes et une bonne dose d’humour.

Voici une anthologie chronologique de ses dessinsdu lancement du n°0 du 1er avril 2014 au 154 du 10 mai 2017, avec l’élection présidentielle. Tout comprendre de l’opposition entre sunnites et chiites, l’allègement du temps de travail, la place des parents à l’école, la vie de Donald Trump, la société collaborative,… chaque sujet a droit à sa double page. Un condensé didactique de tout ce qui a fait l’actualité ces trois dernières années. Une excellente idée cadeau ludique et pédagogique !

Jochen Gerner

Repères

Casterman

239 p. ; 14*20 cm.

EAN13 978-2-203-15377-6 : 15 €