Categorie ‘** J’ai beaucoup aimé

Les cent nuits de Héro

22.03
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Non, il ne s’agit pas des mille et une nuits de Shéhérazade, mais bien des cent nuits de Héro. Dans un monde où les dieux à tête d’aigle exigent qu’on les vénère, où les hommes condamnent à mort les femmes qui lisent, accusées de sorcellerie, deux hommes font un pari, celui que Manfred, qui a déjà tué sa femme pour l’avoir soupçonnée d’adultère, pourra ou non séduire la femme de son ami en son absence, qui durera cent nuits. Mais Héro, la bonne et l’amante de l’épouse, Cherry, a tout entendu. Elle décide alors de raconter à Manfred chaque nuit une histoire pour l’empêcher de violer Cherry…  

Isabel Greenberg revisite le récit fondateur en renouvelant la tradition du conte et en insistant fortement sur sa charge féministe. Le dessin noir et anguleux, presque naïf et assez déplaisant, assombrit encore le sort funeste que connaissent les femmes dans cette bande dessinée d’envergure, démontrant un immense talent de conteuse.

GREENBERG, Isabel

Les Cent nuits de Héro

Casterman, 2017

219 p. : ill. n.b. ; 22*31 cm

EAN13 9782203121959 : 29 €

Momo de Jonathan Garnier & Rony Hotin

15.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

 

Momo, drôle de nom pour une fillette élevée par sa mamy, le père, marin, parti en haute mer durant des semaines. Sa grand-mère s’inquiète, trouve qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Alors Momo décide de se faire des amis au village, et fait la connaissance d’un trio de garçons de son âge, férus de mangas. Mais c’est plutôt avec Françoise qu’elle aime traîner, la jeune Parisienne, en roller, qui fume et qui a affublé du sobriquet « banane » le chef d’un groupe de gars de son âge…

Issu du métissage entre le manga et la BD franco-belge, le dessin de Rony Hotin semble tout droit sorti d’un film d’animation de Miyazaki, comme le souligne cette magnifique couverture tout en jeux d’ombres et de lumières. Il sert admirablement bien le scénario simple, d’inspiration autobiographique, de Jonathan Garnier, qui renoue avec les rivalités d’enfance, les amitiés naissantes et les amours tus. Une vraie madeleine de Proust.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

80 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203095373 : 16 €

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon (2001)

14.03
2017

1000e critique de lecture sur Carnets de SeL !

Sur ce blog né en septembre 2005, voici le millième livre dont je vais parler :

cop. Seuil

cop. Seuil

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon

Enfant illégitime d’une fille-mère, élevée par des grands-parents portant à jamais le deuil de leur fils mort à la guerre, Marlène s’installe avec Laurent dans sa maison familiale du Cantal, dans les années 1970. Belle rousse flamboyante, grande lectrice, se promenant seule sans aucun prétexte, elle attire tous les regards sur elle, jusqu’à celui du vétérinaire…

Premier roman de l’autrice française Marie-Hélène Lafon, professeure de lettres classiques, publié en 2001 aux éditions Buchet-Chastel, Le Soir du chien a reçu le prix Renaudot 2001 des lycéens.

Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, Le Soir du chien n’est pas un roman choral, au sens de film choral, c’est-à-dire qu’il ne suit pas des histoires différentes de personnages qui s’entrecroisent. Non, il propose divers regards de narrateurs sur une tranche de vie d’un personnage fascinant, celui de Marlène. Si à un moment j’ai pu interrompre ma lecture, croyant que la trajectoire de Marlène lui serait funeste, j’ai bien vite réalisé qu’il ne s’agissait là que d’une désertion, d’un amour se substituant à un autre, qui parut tout à coup bien fragile et vulnérable. Mais voilà, c’est le Cantal, le lieu n’est pas anodin, ni l’époque, et ce qui peut nous paraitre ordinaire aujourd’hui tourne au drame dans le roman. D’ailleurs, ce n’est pas tant l’histoire, l’intimité, la solitude des personnages qui nous émeut ici, que son écriture à la fois poétique et tranchée. Un beau court roman dont Marlène la flamboyante fait l’effet d’une petite comète dans le monde rural, au passage fulgurant.

Demain je rencontre Marie-Hélène Lafon. Belle façon de souffler les bougies de cette millième lecture…

La banlieue du 20 heures de Jérôme Berthaut et de Helkarava

08.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

Connaissez-vous la collection « Sociorama » des éditions Casterman ? Commencée il y a tout juste un an, elle compte à présent 9 titres, transposant des enquêtes sociologiques dans un milieu donné en bandes dessinées.

A partir d’une enquête ethnographique du sociologue des médias Jérôme Berthaut, Helkarava a imaginé ce récit initiatique d’un jeune journaliste rédacteur, Jimmy Tendini, tout juste sorti de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), recruté en CDD au service informations générales du journal télévisé (JT) d’une grande chaîne nationale. Aussitôt envoyé sur le terrain, ici la banlieue, il est sommé de rentrer très vite avec des images véhiculant des clichés sur la délinquance et des interview mettant en exergue les tensions entre les communautés et les policiers, mais sur place, il doit tout inventer pour plaire à sa hiérarchie…
La banlieue du 20 heures révèle ainsi les coulisses des images télévisées sur la banlieue que diffuse le journal de 20 heures, images formatées qui conditionnent si bien ensuite tant certains discours politiques que la peur des gens qui n’y vivent pas, comme s’il s’agissait là-bas d’une espèce de loi de la jungle de criminels en devenir, faisant frémir dans les chaumières. D’un côté des journalistes tous formatés, issus d’un milieu social plutôt aisé, si l’on en croit les arrêts sur images faits à chaque entrée en scène d’un journaliste, relayant une certaine vision de la société, de l’autre une réalité déformée pour effrayer le bourgeois et faire de l’audimat. Pas de quoi améliorer la confiance dans les médias, en tout cas ! Avec une classe avec laquelle je faisais de l’éducation aux médias, j’avais déjà eu l’occasion d’entendre une conférence donnée sur ce sujet par Alexandre Borrell, doctorant en histoire contemporaine sur la médiatisation télévisée des banlieues (des années 1950 à aujourd’hui).
Une excellente lecture en est faite également ici :
Michael Perret, « Helkarava, La banlieue du 20 heures », Lectures [En ligne], Les comptes rendus, 2016, mis en ligne le 18 novembre 2016, consulté le 22 février 2017. URL : http://lectures.revues.org/21748
Helkarava, La banlieue du 20h, Paris, Casterman, coll. « Sociorama », 2016, 164 p. : ill. n.b. ; 16 x 19 cm, [adapté de l'ouvrage de Jérôme Berthaut, "La banlieue du 20 heures", Editions Agone, 2013], ISBN : 978-2-203-12006-8 : 12,00 €.

Otto, l’homme réécrit de Marc-Antoine Mathieu

08.02
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

« Les hommes se trompent en ce qu’ils se croient libres ; et cette opinion consiste en cela seul qu’ils ont conscience de leurs actions et sont ignorants des causes par où ils sont déterminés. »

Baruch Spinoza, Ethique, livre II.

Ainsi s’ouvre la nouvelle bande dessinée de Marc-Antoine Mathieu, MAM pour les initiés. Et cette histoire fait véritablement la démonstration de cette citation :

L’oeuvre d’Otto, artiste à la réputation internationale, est traversée depuis vingt ans par la thématique du double. Alors qu’il propose une énième performance au musée Guggenheim de Bilbao, il brise à la fin le miroir où se reflétait son double et ressent un vide insondable, qui lui souffle la vanité de son art. Quelques jours plus tard, il hérite de ses parents décédés une maison et, à l’intérieur, d’une malle. Or cette malle renferme l’enregistrement en temps réel des sept premières années de sa vie, durant lesquelles il a fait l’objet d’une surveillance continue, lors d’une expérience scientifique avortée. Il décide alors de suspendre sa vie au présent pour relire en temps réel ses sept premières années, ces années dont sa conscience n’avait gardé que des bribes de souvenirs et qui ont inconsciemment façonné toute sa personnalité, toute sa vie…

Marc-Antoine Mathieu nous livre là une oeuvre-somme, celle de ses questionnements métaphysiques : qui suis-je ? Pourquoi ?, remettant en question toute fausse impression de libre arbitre. En même temps, il s’interroge sur le mal-être que pourrait occasionner la connaissance exacte et réelle de notre vie, adoucie par le tri sélectif que fait d’ordinaire notre conscience. Cet album à l’italienne nous plonge dans un abime métaphysique vertigineux dont il est difficile de se remettre, pour nous aussi…

Son album le plus introspectif.

 

 

Revoir Paris : tome 2 de Schuiten et Peeters

25.01
2017

9782203097261Arrivée sur Terre, abandonnant ses congénères âgés, Kârinh taille sa route seule, pour rejoindre Paris. Soupçonnée d’être envoyée en mission cachée par l’Arche, Kârinh finit par être sauvée par Mathias Binger, qui lui ouvre les portes du vieux Paris, musée pour touristes fortunés protégé par un dôme de verre. Kârinh retrouve alors son père…

Ce deuxième et dernier tome de Revoir Paris pêche un peu au niveau du scénario, bien faible par rapport à ce à quoi Benoit Peeters nous avait habitués. On suit les désillusions de Kârinh et la curiosité amoureuse de Mathias, sans creuser ces deus ex machina de dissidents dans la sphère. Mais, heureusement, les dessins réalistes de François Schuiten restent éblouissants. Je ne bouderai pas le plaisir que j’ai tout de même eu à lire ces deux tomes, mais je reste sur ma faim, une fin ouverte d’ailleurs.

SCHUITEN, François, PEETERS, Benoit. – Revoir Paris : tome 2. – Casterman, 2016. – 63 p. : ill. et couv. en coul. ; 32 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 978-2-203-09726-1 : 17 €.

Groenland Vertigo de Tanquerelle (2017)

18.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Nouveauté

A paraître le 18 janvier 2017

Après avoir adapté Les racontars arctiques de Jørn Freuchen (alias Jørn Riel), Georges Benoît-Jean, dessinateur angoissé et maladroit, est invité à participer à une expédition danoise au Nord-Est du Groenland, en compagnie de scientifiques, d’artistes et de marins, financée par le grand plasticien Ulrich Kloster qui s’apprête à y laisser une installation. Mais ce dernier craint un complot pour l’en empêcher et confie à Georges un carnet de preuves rédigées en allemand de ce qu’il avance…

Eduqué à la bande dessinée par un jeu familial à partir des cases de Tintin, Tanquerelle affirme d’emblée son héritage tant par son dessin s’inspirant de la ligne claire que par les aventures rocambolesques qu’il tire d’une expérience autobiographique. De quoi nous faire passer un agréable moment.

Hervé Tanquerelle

Trad. du danois par Camilla Michel-Paludan, de l’all. par Volker Zimmermann

Mise en couleur : Isabelle Merlet

Groenland Vertigo

Casterman, 2017

100 p. : ill. en coul.

EAN13 : 978-2-203-10394-8 : 19 €