Categorie ‘** J’ai beaucoup aimé

Abécédaire de la propagande en temps de paix de Lucy Watts

20.11
2017
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

 

« La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature. » Noam Chomsky.

Inspiré par la lecture de Propaganda d’Edward Bernays, publié en 1928, qui évoque l’idée d’une manipulation mentale par une élite pour diriger les masses, cet abécédaire concerne tous les domaines qui désinforment l’opinion publique au quotidien. Lucy Watts choisit d’illustrer ainsi sur une double page, la belle page pour l’image, la page paire pour le commentaire, 25 exemples de manipulation pour faire accepter une guerre, rassurer sur la présence de radioactivité, écouter de faux experts, se laisser influencer par les instituts de sondage,…

Un petit documentaire -im-pertinent et concis pour forger notre esprit critique.

WATTS, Lucy
Abécédaire de la propagande en temps de paix
le passager clandestin, 2017
63 p. : ill. en coul.
EAN13 9782369350866 : 15 €

La dernière fois où j’ai eu un corps de Christophe Fourvel

03.11
2017
cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

« La dernière fois où j’ai eu un corps, c’était à Elbasan, sous le pont où l’oncle Sazan m’avait emmenée pêcher des écrevisses. » (incipit)

 La dernière fois où j’ai eu un corps est le récit d’une jeune Albanaise, d’abord violée par son oncle puis droguée et donnée à ses amis par son petit ami Marco, qui la vendra juste après, lui faisant passer les frontières en camion jusqu’aux trottoirs français. Jamais elle n’entre dans le détail scabreux, tout au plus elle mentionne cette fameuse nuit, dans cette chambre rouge garance, où elle a perdu le compte à partir du vingtième homme et où il semblerait que 79 lui soient passés sur le corps…

Ce monologue est terrible, terrible : « On n’apprend pas à empiler autant de mauvaises choses », dit-elle. Pour elle, c’est comme si elle était morte, son sexe le premier d’ailleurs. Seuls ses pieds aux ongles vernis, protégés par des cuissardes qu’elle ne quitte pas, survivent, dernier bastion de son intimité. Les bites, dans sa langue à elle, pas sa langue maternelle, sa « langue pourrie », sont des « charlatans », et le sourire de Saïda, c’est celui qu’elle offre systématiquement au client à la fin de son affaire. Christophe Fourvel nous livre là une poésie d’une noirceur sans fond, sans une étincelle d’espoir.

Le joueur d’échecs de David Sala (d’après Zweig)

27.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

New-York 1941 : embarquement à bord d’un paquebot pour Buenos Aires. Mirko Czentovic, champion du monde d’échecs, monte à bord. Dès son plus jeune âge, il a excellé exclusivement dans ce jeu. Le narrateur, piqué par la curiosité, fait en sorte que le richissime Mc Connor paie le champion pour jouer une partie contre eux. Mirko, bouffi d’orgueil, commence à les battre à plate couture jusqu’à ce qu’un homme intervienne, semblant connaitre toutes les configurations par coeur. Quand, à la fin de la partie, Mc Connor propose à l’inconnu de jouer seul contre le champion, ce dernier prend peur, disant que cela fait 25 ans qu’il n’a plus touché aux échecs, comme s’il se fût agi d’une drogue…

Un collègue scénariste envisageait lui aussi d’adapter Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig. On lui aura fauché l’herbe sous le pied ! Mais avec quel brio ! Je ne m’attarderai pas cette fois sur le scénario puisque l’adaptation de cette nouvelle de l’admirable Stefan Zweig me parait tout à fait bien vue, mais sur la mise en cases et en images de cette histoire. En effet, ses cases deviennent des tableaux, ses décors des illusions d’optique géométriques, ses vêtements des parures de Klimt et ses personnages des caractères de Schiele. Je suis sortie éblouie par cette mise en images toute en couleurs directes à l’aquarelle. Une vraie prouesse.

 

SALA, David

Le joueur d’échecs

Casterman, 2017

111 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203093478 : 20 €

Souterrains de Romain Baudy

04.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Lucien n’est pas comme son beau-frère Henri un révolté : il ne perd pas ton temps à faire la révolution au café mais à bêcher son jardin, et, pour obtenir une prime, il n’hésite pas à se porter volontaire pour tester la nouvelle machine achetée par l’exploitation minière. Mais, arrivée en bas, l’équipe de volontaires découvre qu’il s’agit en fait de machine d’un robot bien plus efficace que n’importe quel mineur. Lucien se sert alors de la dynamite que lui a donné Henri pour faire sauter le robot. Mais ce dernier choisit de leur sauver la vie et la sienne : le souterrain s’étant effondré, ils partent à l’aventure et découvre un monde souterrain où des nains font travailler d’étranges créatures…

J’avais déjà salué le premier opus de Romain Baudy, Pacifique. qui surfait déjà sur la vague du fantastique. Pour son second ouvrage, Romain Baudy choisit de tout faire, et le scénario et le dessin, en imaginant une histoire fantastique surprenante, en ce sens que le lecteur pense entamer une critique sociale sur le monde du travail et plus particulièrement dans le milieu des mineurs, puis soupçonne un brin d’anticipation avec l’arrivée du robot et finit par glisser dans un univers proche de l’héroïc fantasy. Voilà qui est périlleux mais audacieux ! Nonobstant une ou deux faiblesses du scénario, c’est plutôt réussi, et c’est même exactement le genre de récit que j’aime à lire et à écrire.

 

BAUDY, Romain

Souterrains

Casterman, 2017

134 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094482 : 20 €

Betty Boob de Cazot & Rocheleau

27.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Oui, vous avez bien lu : il s’agit de l’histoire de Betty Boob, et non de Betty Boop, l’héroïne du dessin animé américain, celle d’une fille à qui le cancer lui a volé un sein, un sein en moins qui suffit à détruire son couple et à l’éjecter de son poste de vendeuse dans un grand magasin. Voulant rattraper sa perruque qui s’est envolée, elle croise le chemin d’un petit groupe qui se produit sur scène en exhibant leur anatomie de « freaks » qui pourrait être une tare aux yeux des autres, et qu’il métamorphose en quelque chose de singulier, d’unique…

Une bande dessinée totalement muette, avec des cartons de textes façon film muet, qui aborde avec beaucoup d’originalité les séquelles d’un cancer du sein chez une femme et la question du droit à la différence. Le dessin vif, dynamique aux couleurs acidulées, colle parfaitement au ton donné. Très chouette !

 

CAZOT, Véro, ROCHELEAU, Julie

Betty Boob

Casterman, 2017

179 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203112407 : 25 €

Nerval l’inconsolé de Vandermeulen & Casanave

20.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Gérard de Nerval acquiert très jeune une renommée internationale pour sa traduction du Faust de Goethe. Mais sa célébrité ne lui attire pas pour autant l’intérêt des dames : aucune jamais, même l’actrice Jenny Colon, à laquelle il dédie une revue qui le ruine, ne semble vouloir de ce petit homme, qui en reste inconsolé. Peu à peu la folie le gagne, au grand dam de ses amis parmi lesquels Théophile Gautier…

Quel portrait pathétique est brossé là de ce célèbre romantique, dont je ne connaissais pas la triste biographie. Quelques citations tirées de ses oeuvres, de sa correspondance ou celles de ses amis émaillent le haut des pages, au dessin à l’ancienne rappelant un peu le style des Pieds nickelés. Une bande dessinée portée par la mode des biopics.

CASANAVE, Daniel, VANDERMEULEN, David

Nerval l’inconsolé

Casterman, 2017

155 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203153523 : 22,50 €

Momo : tome 2 de Jonathan Garnier & Rony Hotin

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Plutôt que de la placer en famille d’accueil, c’est le poissonnier, qui se révèle être un vieil ami de son père, qui prend Momo sous son aile, en attendant le retour de son père. Mais Momo fugue : elle a besoin de revoir la maison vide de sa grand-mère, et surtout son père. Françoise et « banane » vont la rattraper et l’accompagner…

La suite du premier tome continue à ressembler à une petite bulle de tendresse salée sucrée, avec cette petite boule de nerfs, qui réagit plutôt bien au deuil de sa grand-mère.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

83 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203124301 : 16 €