Categorie ‘Fictions

Momo : tome 2 de Jonathan Garnier & Rony Hotin

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Plutôt que de la placer en famille d’accueil, c’est le poissonnier, qui se révèle être un vieil ami de son père, qui prend Momo sous son aile, en attendant le retour de son père. Mais Momo fugue : elle a besoin de revoir la maison vide de sa grand-mère, et surtout son père. Françoise et « banane » vont la rattraper et l’accompagner…

La suite du premier tome continue à ressembler à une petite bulle de tendresse salée sucrée, avec cette petite boule de nerfs, qui réagit plutôt bien au deuil de sa grand-mère.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

83 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203124301 : 16 €

L’été des noyés de John Burnside

10.09
2017
cop. Métailié

cop. Métailié

J’ai un faible pour cet auteur écossais que je suis depuis sa terrible Maison muetteL’été des noyés ne déroge ni à ses personnages fétiches, souvent des adolescents au seuil de la vie, toujours un peu à l’écart des autres, ni à ses thèmes de prédilection, une inquiétante étrangeté jaillissant dans le monde réel pour assassiner des personnages.

Cette fois, l’histoire se déroule dans une île tout au nord de la Norvège, l’île de Kvalaya, là où, comme en Islande, le soleil ne se couche pas l’été. La vie, la lumière, l’atmosphère y sont différentes. Dès l’incipit, la protagoniste, Liv, qui vient d’achever le lycée et doit décider de son avenir, se montre choquée par une vérité qu’elle est seule à connaitre sur les trois noyades de l’été, une vérité tellement difficile à croire qu’elle ne l’a confiée à personne, même pas à sa mère. Cette mère, peintre de renommée internationale, a choisi de vivre retirée sur cette île, isolée avec sa fille et sa petite cour de prétendants qu’elle reçoit une fois par semaine. Liv avait une confiance absolue en sa mère qui ne lui a jamais parlé de son père, jusqu’à la fin de cet été et de ces trois noyades…

Il y a tant de choses qui m’ont chagrinée dans ce dernier roman de John Burnside que j’en oublierai presque la beauté poétique de ses décors, de ses atmosphères et de la fantasmatique Angelika. Mais c’est surtout le sentiment de s’être sentie flouée qui prédomine : dès le début, on sait plus ou moins qui va mourir et comment, qui est la coupable, quelle est la part de surnaturel là-dedans, et on attend d’en savoir plus durant tout le roman, qui n’est qu’une énorme digression, parenthèse explicative dressant le portrait de cette adolescente ayant grandi à l’ombre de sa mère, et semblant bien trop lucide pour son âge. Cela reste néanmoins un bon roman, gâché par un sentiment de publicité mensongère !

Du même auteur, vous pouvez lire :

- La Maison muette

- Une vie nulle part

- Les empreintes du diable

- Un mensonge sur mon père

- Scintillation

Légendes de la mer de Bernard Clavel

03.09
2017
cop. Livre de poche

cop. Livre de poche

Bernard Clavel s’est inspiré de mythes et contes régionaux, de Bretagne comme des quatre coins du monde, pour imaginer ces légendes de la mer et des fleuves.

On est loin de la petite sirène, prête à tout sacrifier pour son beau prince : ici les sirènes se montrent redoutables pour les pêcheurs. Les intentions des hommes, suivant qu’elles soient bonnes ou mauvaises, se trouvent récompensées ou sévèrement punies. Ainsi sont louées leurs bonnes actions envers les animaux de la mer, et aux plus méritants sont offerts des objets magiques.

Un recueil que j’ai retrouvé de mon enfance, que j’ai dû lire maintes fois alors. Les histoires non édulcorées ne m’ont pas forcément séduites, toutes finalement ou naïves ou cruelles.

Danse avec la vie de Zoé Valdés

01.09
2017
cop. Folio

cop. Folio

 

 

Comment dire ?… Je n’ai pas trouvé d’intérêt à ce roman, que je n’ai d’ailleurs, pour le coup, pas terminé… Ni au niveau de l’intrigue, qui se veut érotique, ni au niveau de l’écriture… Pour une fois je passe mon tour…

Le rapport de Brodeck de Larcenet

09.08
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

 

Lors de sa venue à la bibliothèque de Fleury, Philippe Claudel nous avait parlé de l’adaptation en cours de son roman Le rapport de Brodeck, couronné par le prix Goncourt des lycéens.

Le récit n’a pas changé :

Dans un village isolé, peut-être en Alsace, vient d’être assassiné l’Anderer, l’autre, celui qui est arrivé un jour tout sourire sans jamais dire son nom. Alors les hommes du village, comme pour se disculper, chargent Brodeck, le seul à ne pas être coupable, d’une mission, celle de raconter comment tout cela s’est passé, depuis le début, dans un rapport. Mais en rappelant ses souvenirs à lui, Brodeck fait ressurgir aussi, malgré lui, tout un passé qui date de bien au-delà de l’arrivée de cet homme doux mais étrange, un passé ancré dans l’Histoire, dans ce qu’elle a connu de plus inhumain, et dans celle du village, qu’il ne faut surtout pas déterrer…

Larcenet a choisi de faire des nazis des monstres réels, en contraste avec la jeune épouse du commandant, son bébé dans les bras, venant assister à chaque pendaison. Pourquoi cette singularité ? Pourquoi les avoir fait monstres si la plus monstrueuse a ce visage si ordinaire ? Pourquoi ne pas leur avoir laissé figure humaine ? Ainsi, les villageois détruisent leur propre image peinte, si vraie et donc si introspective, si monstrueuse pour eux, oeuvre de l’Anderer. N’importe qui d’extérieur au village aurait salué le talent du peintre, eux n’ont vu que le fait d’avoir été démasqués, percés à jour. Et il est des secrets qu’il ne vaut mieux pas déterrer. Ainsi c’est Brodeck que les villageois chargent sous la menace d’établir le rapport sur un meurtre qu’il n’a pas commis et dont il n’a pas été témoin, lui qui fut aussi la victime du village, revenu des camps, où il était devenu le chien Brodeck, et dont la femme fut à son tour donnée en pâture aux Nazis, pour étancher leur soif de vengeance, avec l’amertume de la défaite. Et, cette fois, quand le maire lui fera comprendre que le village va tout faire pour oublier ses crimes, Brodeck, cette fois, comprend que sa famille doit partir avant d’être massacrée à son tour, comme leur rappelant à chaque fois leurs crimes envers elle.

Larcenet nous offre ici des planches muettes d’un noir et blanc remarquable, distillant le non-dit, le secret, la monstruosité de la délation, de la xénophobie et de la lâcheté. Hélas, sans doute qu’un certain nombre de villages en France pourrait se reconnaitre dans cette ambiance délétère. Il n’y a qu’à voir le résultat des élections pour constater combien l’isolement rural attise la peur et la haine. Cette fois, du coup, si l’histoire est triste et révoltante, elle n’est pas aussi glauque que peut l’être Blast.

 

 

Soumission de Michel Houellebecq

18.07
2017

 

cop. J'ai lu

cop. J’ai lu

On se souvient du vacarme que fit la sortie du roman Soumission, à la campagne de publicité savamment orchestrée par les éditions Flammarion – il fut même piraté !-, et qui tomba le jour-même de l’attentat au siège de Charlie-hebdo le 7 janvier 2015. Michel Houellebecq chercha alors à se faire oublier durant plusieurs mois, mis sous protection policière et probablement dépassé par la violence de cette réalité terroriste qui donnait un écho terrifiant à sa fiction.

De quoi son sixième roman parle-t-il ?

François, professeur d’université, spécialiste de Huysmans, vivote entre ses heures de cours avec ses étudiants, son suivi laborieux des doctorants, la cuisson au micro-ondes de ses repas tout prêts, industriels ou achetés chez le traiteur, et sa relation sexuelle avec Myriam, jeune étudiante juive en lettres modernes. La solitude lui pèse. En toile de fond, les élections présidentielles de 2022 et des attentats dans Paris étouffés par les médias et le gouvernement, commis soit par des identitaires, soit par des salafistes. Le pays se trouve au bord de la guerre civile. Au premier tour, la droite est éradiquée, la gauche dépassée, et c’est le jeune parti de « La Fraternité musulmane » qui va affronter le FN de Marine Le Pen, qui a remporté le plus de voix. Autant les électeurs de droite se tournent vers le FN, autant ceux de gauche s’allient alors au chef charismatique musulman. François, comme tous les Français, a peur du déclenchement d’une guerre civile et prend la fuite vers le sud, près de Rocamadour. Mais après le second tour, et l’arrivée au pouvoir du parti musulman, tout semble apaisé, les problèmes résolus, le chômage éradiqué par le retrait des femmes de la vie active : chacun y trouve son compte, ou presque…

Inutile de s’attarder sur l’écriture de Michel Houellebecq, ce qui compte, chez lui, c’est sa lucidité visionnaire. Il réussit à donner une image fidèle de ce que pourrait devenir la société française dans un futur proche. Moins extrême parce que moins lointaine que le 2084 de Boualem Sansal, cette dystopie n’en est pas moins angoissante. En effet, Macron a été élu car une certaine partie de la population en a eu assez de ce va-et-vient entre deux partis vieillissants et a voté pour un emballage rajeuni, propulsé par les médias et les multinationales, porteur des mêmes idées ultra-libérales qui tentaient de tirer les ficelles des deux partis, mais pas assez vite à leur goût. Houellebecq a donc vu juste à ce propos, et aussi sur bien des aspects, notamment sur le fait que dénoncer le port du voile peut être perçu comme raciste, sinon islamophobe, si bien qu’un parti musulman pourrait séduire certains électeurs de gauche. Et enfin, surtout, le personnage principal, qui se voyait déjà vieillir seul dans son appartement dans le 13e, va jusqu’à se convertir, non pas par foi ou par peur, mais par opportunisme  : contrairement à Huysmans, on lui offre une deuxième vie, et la possibilité de trouver son bonheur – égocentrique – dans un confort bourgeois, dans une maison cossue, avec une femme de son âge qui lui fait la popote et une adolescente qui comble ses désirs sexuels. What else ? Et si la soumission de la femme à l’homme et de l’homme à Dieu rendait tout le monde heureux, pourquoi tenter de résister à cette vague religieuse ? Voilà le message de cette politique-fiction satirique, qui brosse un portrait extrêmement individualiste des Français, même parmi les intellectuels, ici les universitaires, qui brillent davantage pour leur intérêt pour des écrivains passés à la postérité depuis plus d’un siècle – sans aucune prise de risque – et pour leur propre personne, que pour leur altruisme, leur intelligence et leur vision globale et instruite de l’actualité sociale et politique…

La danseuse d’Izu de Kawabata

16.07
2017
cop. Biblio

cop. Biblio

 

La danseuse d’Izu entame ce recueil de cinq nouvelles,qui est une oeuvre de jeunesse de ce lauréat du prix Nobel de littérature en 1968 : un étudiant, séduit par la danseuse qui se produit dans une troupe de forains, choisit de faire route avec eux, malgré l’opprobre sur les « gens de cette espèce« .

Elégie fait l’éloge, à l’annonce de la mort de celui que l’amante a aimé et qui est parti avec une autre, du « sentiment de l’analogie du destin des plantes et de celui des hommes« , et donc des textes sacrés du bouddhisme à l’inverse des autres religions qui croient que l’homme survit « en conservant, dans un monde à venir, la forme qui fut déjà sienne dans un monde antérieur ».

Bestiaire raconte l’amour d’un homme pour une danseuse écervelée qu’il s’apprête à revoir après plusieurs années, qui lui fait pensée aux oiseaux dont il s’entoure, à défaut d’aimer la compagnie des hommes, et qu’il laisse cruellement mourir par négligence ou par accident.

Retrouvailles conte celles de Yuzo, après la défaite de la seconde guerre mondiale, avec Fujiko, son ancienne maîtresse.

Et enfin La lune dans l’eau raconte les souvenirs d’une épouse qui a eu l’idée de confier à son mari, alité et mourant, sa glace à main pour qu’il puisse voir leur potager, le ciel et les nuages…

Tout est ici d’une cruauté sans nom, enrobée de subtilité, de raffinement, d’élégance toute japonaise. A la finesse psychologique de Kawabata, je continue néanmoins à préférer la tension d’un Fusil de chasse de Yasushi Inoué.