Categorie ‘Littératures nord-américaines

Dead zone de Stephen King

03.08
2014

dead zoneCela faisait très longtemps que je n’avais pas acheté ni lu un Stephen King… Depuis le lycée où je les avalais, fascinée. Mais jamais encore je n’en avais lu un après avoir vu son adaptation au grand écran, ce que j’évite toujours de faire afin de ne pas brider l’imaginaire encore rendu possible par la lecture.

Tout petit, John Smith a eu un accident qui a failli lui coûter la vie, ignoré des parents, mais qui devait lui donner des cauchemars de « glace noire ». Devenu un enseignant très apprécié de ses élèves, John Smith entame une relation amoureuse avec l’une de ses collègues.
Greg Stillson, lui, est alors un voyageur de commerce de bibles, sans aucune morale, qui a violé une fille et tué un chien.
Un soir, après avoir gagné à tous les coups à la loterie foraine, John Smith a un terrible accident qui le laisse dans le coma durant 4 ans 1/2. A son réveil, sa fiancée s’est mariée avec un autre dont elle a eu un enfant. Mais surtout, son pouvoir, déjà latent au moment de la loterie, s’est intensifié. Rien qu’en touchant quelqu’un ou quelque chose, John Smith voit ce qu’il a vécu ou ce qu’il va vivre. Son médecin a peur qu’il ne devienne une attraction de music-hall dans le cirque médiatique. Pour sa mère, devenue avec son accident une mystique hystérique, il est un Elu, chargé d’une Mission. Chaque jour, des anonymes lui envoient lettres et colis. Mais « quel bien pourrait-il faire…. ? » et « En quoi cela l’aiderait-il à mieux vivre ? ». Lorsqu’il renvoie un journaliste, les médias se retournent contre lui : les anonymes cessent de le harceler, mais son établissement scolaire refuse de le reprendre. Un jour, le shérif lui demande de l’aider sur le serial killer qui vient de tuer la camarade de sa petite fille. John Smith sait très vite de qui il s’agit, au grand dam du shérif… Car, remarque John Smith, les gens même bien, même très gentils et amicaux, deviennent distants, méfiants lorsqu’ils ont la preuve de son pouvoir : « les gens se méfient de ceux qui peuvent tout connaître d’eux rien qu’en les touchant. » Il n’en est pas quitte de ses questionnements lorsque son destin croise celui de Greg Stillson, devenu un candidat politique très en vogue : « si vous pouviez utiliser la machine à remonter le temps et revenir en 1932, assassineriez-vous Hitler ? »

Terriblement efficace, ce roman de Stephen King est l’un de ceux qui utilisent le moins d’artifices imaginaires, ce qui ne le rend pas moins angoissant : comment vivre lorsqu’on est doté d’un pouvoir nous conférant de si grandes responsabilités ? Comment bien s’en servir ?

Vent d’est, vent d’ouest de Franck M. Robinson

20.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Dans un futur relativement proche, l’air est devenu quasi irrespirable. Jim Morrison, jeune employé attaché à l’organisme Air Central, est chargé d’une mission importante par son patron : retrouver le criminel qui fait encore rouler une voiture particulière signalée dans une partie de la ville…

Publiée en 1972, Vent d’est, vent d’ouest prend la forme d’un petit polar qui condamne l’aveuglement de lobbies pollueurs, lesquels se voilent la face et continuent à faire des profits, faisant porter le poids de la culpabilité aux particuliers, jusqu’au point de non retour pour l’Humanité.

ROBINSON, Franck M.. – Vent d’est, vent d’ouest / trad. de l’américain par Jean-Marie Dessaux. – Le Passager clandestin, 2014. – 75 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-36935-010-1 : 5 €.

La vague montante de Marion Zimmer Bradley

13.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Après 130 ans, les descendants de l’équipage naufragé du « Starward », premier vaisseau stellaire, atterrissent enfin sur la planète-mère, la Terre. Le commandant Kearns ne cache pas sa déception : alors qu’il s’attendait à être émerveillé par la technologie surdéveloppée des Terriens, il est accueilli sans aucune pompe par des villageois complètement désintéressés par tout exploit spatial, vivant d’agriculture et de troc. Alors que tout l’équipage s’intègre à cette nouvelle vie simple en apparence, il persiste à ne pas vouloir quitter son vaisseau…

Cette nouvelle écrite en 1955 prône une écologie libertaire avant l’heure, qui rejette l’idée selon laquelle les innovations technologiques et la croissance économique seraient forcément synonymes de progrès. Marion Zimmer Bradley remet les pendules à l’heure en replaçant l’humain au centre et non pas le tout technologique : c’est le degré d’épanouissement de l’être humain, respectueux de son environnement, qui devrait constituer le seul critère déterminant de l’intelligence d’une grande civilisation.

Petit coup de coeur dans cette collection toujours très intéressante.

ZIMMER BRADLEY, Marion. – La vague montante / trad. de l’américain par Elisabeth Vonarburg. – Le Passager clandestin, 2013. – 137 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-916952-97-0 : 8 €.

Continent perdu de Norman Spinrad

06.07
2014
cop. Le Passager clandestin

cop. Le Passager clandestin

 

États-Unis, XXIIe siècle. 200 ans après « La grande panique ». Les Etats-Unis ne sont plus qu’un champ de ruines, qu’un groupe de riches touristes d’Afrique subsaharienne visite à bord d’un hélicoptère piloté par un descendant Américain indigène. Malgré eux, ils sont éblouis par la démesure de cette civilisation du tout technologique disparue, anéantie par la pollution qu’elle a engendrée. Leur guide et pilote Mike Ryan les amène voir les derniers survivants, dans le monde souterrain du métro…

Publiée aux États-Unis en 1970 dans le recueil Science Against Man (« La science contre l’homme »), cette nouvelle tire certes la sonnette d’alarme sur l’ambition exponentielle des Etats-Unis sur Terre et dans l’Espace avec sa démesure technologique dévastatrice en moyens de transports ruinant l’équilibre écologique, mais elle opère surtout un retournement de situation radical en inversant la discrimination raciale, le Blanc Américain étant au service des Noirs d’Afrique. Et tiens, prends ça comme avertissement !

SPINRAD, Norman. – Continent perdu / trad. de l’américain par Michel Deutsch. – Le Passager clandestin, 2013. – 115 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-916952-98-7 : 7 €.

La main tendue de Poul Anderson

08.06
2014

 

cop. Le Passager clandestin

Dans un futur très lointain s’achève une guerre entre les habitants de deux planètes, Cundaloa et Skontar. Les Terriens ont invité leurs deux ambassadeurs pour décider lequel des deux peuples ils vont « aider » à se reconstruire. Bienveillants envers la beauté, la culture et la langue du peuple Cundaloa, qu’ils admirent, les Terriens rejettent rapidement l’autre émissaire, irrespectueux. Banni par les siens, l’ambassadeur a pourtant cru bien faire en faisant en sorte de ne pas recevoir l’aide des Terriens. Plusieurs décennies plus tard, l’émissaire emmène Thordin sur Cundaloa pour constater à quel point il avait eu raison…

Publiée en 1950, Poul Anderson imagine les ravages d’un impérialisme  intergalactique, s’inspirant tout à la fois de l’antagonisme des deux blocs pendant la guerre froide, et de la forme moderne d’un colonialisme économique et culturel : les Terriens, en échange de leur aide, imposent aux plus faibles économiquement leur religion, leur langue, leur culture, leur tourisme de masse même, au point de réduire à néant cette différence culturelle qu’ils admiraient auparavant. Une petite bombe à retardement dans un court roman criant de vérité.

ANDERSON, Poul. – La main tendue / trad. de l’américain par Maxime Barrière. – Le passager clandestin, 2014. – 71 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782369350040 : 6 €.

Le pense-bête de Fritz Leiber

01.06
2014

cop. Le Passager clandestin

 

L’humanité toute entière s’est réfugiée sous terre, dans les abris, depuis l’apocalypse. Ou presque : Fay rend régulièrement visite à Gussy, un inventeur de génie, à la pêche d’une nouvelle innovation à commercialiser. Gussy refuse de quitter sa tour abandonnée avec sa femme, Daisy, et ses enfants, pour le confort étriqué des sous-sols. Ce jour-là, Gussy suggère à Fay de fabriquer une sorte de secrétaire miniaturisée, d’aide-mémoire automatique qui rappellerait à l’homme son planning et sa liste de tâches. Fay repart, à demi-convaincu par l’originalité de sa proposition. Mais quand le mémoriseur est commercialisé, son succès dépasse toutes les attentes : bientôt plus personne sous terre ne peut plus s’en passer, à tel point que l’on ne sait plus qui commande à qui…

Publiée en 1962, cette nouvelle préfigure l’arrivée fracassante du smartphone dans le quotidien d’humains obsédés par le progrès technologique et esclaves de la société de  consommation. Seulement, Fritz Leiber pousse plus loin en mettant en garde l’humanité contre les dangers de laisser une machine s’incorporer en elle, tel un parasite cronembergien, pour lui rappeler son agenda et ses résolutions. Cinquante ans après, cette nouvelle d’anticipation parait de plus en plus visionnaire…

LEIBER, Fritz. – Le pense-bête / trad. de l’américain par Bernadette Jouenne. – Le passager clandestin, 2014. – 106 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782369350118 : 7 €.

Un logique nommé Joe de Murray Leinster

26.05
2013

 

cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Et si votre ordinateur individuel se mettait en réseau et vous proposait de répondre à absolument toutes vos questions, quitte à divulguer la vie privée des autres ?
Vous allez me répondre, que lorsque vous interrogez Google, c’est exactement ce qui se passe. Sauf que nous sommes en 2013, actuellement tous connectés au Web et potentiellement identifiables, et que cette nouvelle a été imaginée par Murray Leinster en 1946 : quel visionnaire !
Ici les ordinateurs sont des « logiques », genre de minitels, et Joe, l’un d’entre eux, par un défaut de fabrication, devient un peu trop entreprenant, cherchant à rendre service à tout un chacun, en puisant ses réponses dans toutes les données mondiales, confidentielles ou non.  Sans aucune morale, forcément, il répond ainsi aux questions de tout un chacun, cherchant qui à dévaliser une banque, qui à assassiner sa femme sans être inquiété…
«C’est le 3 août que Joe est sorti de la chaîne de fabrication et c’est le 5 que Laurine est arrivée en ville ; ce jour-là, j’ai sauvé la civilisation. » (incipit)

Leinster imagine ainsi avec beaucoup d’humour une société où il suffirait d’interroger son ordinateur pour obtenir la réponse (fabriquer une bombe, obtenir une arme, …), et où tout droit à la vie privée finirait par disparaître. Si le lecteur de 1946 pouvait franchement en rire, celui de 2013 rit un peu jaune, puisque la science-fiction est devenue sa réalité, et reste bluffé par autant de perspicacité.
Une petite nouvelle à glisser dans la poche de vos amis.

LEINSTER, Murray. – Un logique nommé Joe / ill. par Xavier Sébillote. – Le Passager clandestin, 2013. – 43 p.. – (coll. Dyschroniques). – EAN13 9782916952826 : 4 euros.