Categorie ‘Littérature « américaine »

Martin Eden de Jack London (EU, 1909)

01.10
2017
cop. Libretto

cop. Libretto

 

Voici un roman longtemps resté sur ma PAL, dont Didier Daeninckx a pu dire qu’il avait changé sa vie, et fait devenir écrivain.

« Si je suis devenu écrivain, c’est que j’étais lecteur, enfant. Lecteur de romans. C’est avant tout Martin Eden, de Jack London. Pour une part, c’est grâce à ce bouquin, à cet écrivain, que j’écris. » (Daeninckx par Daeninckx de Thierry Maricourt, p. 56)

Eh bien… il y a de quoi, en effet. L’histoire d’abord :

La vie du simple marin Martin Eden bascule le jour où il est introduit un soir dans une famille bourgeoise, pour avoir sauvé le fils, Arthur, d’une rixe. Il tombe amoureux de la jeune femme, Ruth, bientôt licenciée en lettres, qui lui apparait comme éthérée, et jure de s’élever de son milieu en améliorant son éducation et en corrigeant sa mise. Intelligent et déjà lecteur, il décide alors de se cultiver de manière autodidacte, aimablement épaulé par Ruth, pleine de sollicitude, mais aussi de préjugés, qui souhaiterait le voir embrasser une carrière au lieu de prétendre vouloir vivre de sa plume…

La quête initiatique du héros, guidé par l’amour, son talent d’écrivain et son esprit critique aiguisé, c’est un peu le conte de fées que j’aurais aimé, comme tant d’autres, pouvoir vivre. Pas étonnant, du reste, qu’il se soit réalisé pour Didier Daeninckx. Ajoutez à cela cette impression de poète incompris, d’albatros individualiste échoué entre un milieu populaire se noyant sous le travail et dans l’alcool, et une société bourgeoise s’inclinant devant le veau d’or, et vous aurez l’un des romans les plus réussis sur la vocation littéraire.

Brins d’herbe de Carolyn Carlson

14.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

Dans sa préface, Carolyn Carlson (née le 7 mars 1943), chorégraphe, danseuse, poète et calligraphe, explique que peu de mots suffisent à exprimer l’essentiel, et que le haïku constitue l’un des moyens, comme la danse, d’appréhender notre « être ici-et-maintenant ».

Des haïkus qui sonnent comme des définitions de danseuse et chorégraphe :

« L’intention c’est l’action de mon corps

la mémoire c’est la demeure de mon âme

la création c’est mon coeur agrandi. »

comme une transmission :

« Si tu ne devais laisser ni parole

ni rien de ce qui se possède

ta vie à elle seule aura été témoignage

respirer pour s’approprier un lieu. »

ou comme un message d’amour :

« Longtemps j’ai porté avec moi

ce livre vide

aujourd’hui je le remplis de toi. »

Même si j’ai été peu sensible à ses textes, j’avoue que ce recueil bilingue qui alterne l’écriture manuscrite de Carolyn Carlson avec la traduction de ses haïkus en français et de la calligraphie, a de quoi séduire. 

 

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Les éléphants d’Hannibal de Robert Silverberg

24.04
2016
cop. Folio SF

cop. Folio SF

Un recueil de huit nouvelles de Robert Silverberg autour d’une même thématique : les invasions extraterrestres. Quelle forme auraient-ils ? Quelles seraient leurs intentions ? Quelles seraient nos relations ?
Dans Les éléphants d’Hannibal, les ET établissent leur quartier général dans Central Park, ce qui ne lasse pas d’attirer quelques curieux imprudents…
Dans Martel en tête, un ET s’est malencontreusement retrouvé à bord d’un vaisseau, et cherche désespérément à communiquer avec les humains pour pouvoir repartir sur sa planète.
Hardware propose une forme de « vie » informatique qui connait le moyen de faire sauter les planètes.
Échanges touristiques commence par un long prologue, dans lequel l’auteur raconte sa genèse et le dialogue avec son éditeur, avant d’aborder le thème du désir sexuel entre humain et extraterrestre, tout comme dans La Route de Spectre City.
Longue nuit de veille au temple remet en question la « Bible » d’une religion supposant le retour de trois sauveurs extraterrestres. 
Passagers dérange par l’impuissance d’hôtes humains comme possédés par la volonté d’extraterrestres qui disposent de leur corps et de leur esprit quand bon leur semble, et comme bon leur semble.
Le recueil s’achève sur une nouvelle écrite par Henry James, assistant à l’invasion martienne avec H.G. Wells.
Un vrai régal, avec quelques pépites vraiment originales, comme Martel en têteLa Route de Spectre City, Longue nuit de veille au temple et Passagers.

Les gaspilleurs de Mack Reynolds

29.03
2015

cop. Le Passager clandestin

Réputé comme étant l’un des meilleurs agents secrets au service des Etats-Unis, Paul Kosloff dérange lorsqu’un rapprochement entre les deux superpuissances est au goût du jour. Il est insidieusement mis au placard en étant chargé d’infiltrer un groupuscule de révolutionnaires d’extrême-gauche. Ce faisant, il est confronté à une vision de la société radicale qui va lui ouvrir les yeux…

Ce récit d’anticipation datant de 1967 n’a hélas pas pris une ride : ses dialogues, comme l’intrigue, permettent au narrateur/lecteur de découvrir une nouvelle lecture du monde, dépouillée du capitalisme, plus respectueuse du genre humain et des ressources naturelles. Une éthique politique au vernis fictif, vers laquelle il serait bon de se tourner, en ces années de repli sur soi.

 

REYNOLDS, Mack

Les gaspilleurs

trad. de l’amér. par J. de Tersac

Le Passager clandestin (2015).

106 p. ; 17*11 cm.

EAN13 9782369350293 : 7 €.

Le fantôme locataire d’Henry James

22.02
2015

cop. Folio

Dans Histoire singulière de quelques vieux habits, une jeune femme, Perdita, est demandée en mariage par un beau jeune homme riche, aux dépens de sa sœur Viola qui en conçoit une extrême jalousie. Alors que Perdita meurt des suites de ses couches, elle fait promettre à son époux de conserver au grenier ses habits pour que leur fille puisse seule en hériter plus tard…

Dans Le fantôme locataire, un jeune étudiant en théologie découvre une maison hantée dans lequel pénètre chaque trimestre un vieillard, qui vient y récupérer son loyer à sa fille défunte…

Sous le vernis fantastique, Henry James critique ouvertement le sort réservé aux femmes dans sa société et crée un bel effet de surprise dans la chute de ces deux nouvelles motivées par la vengeance d’une sœur et d’une fille.

JAMES, Henry

Le fantôme locataire précédé de Histoire singulière de quelques vieux habits

Trad. De l’américain par Pierre Fontaney, annoté par Annick Duperray et Pierre Fontaney

Gallimard, 2015 (Folio 2€, 5900)

116 p.

EAN13 9782070462636 : 2 €.

Frank Merriwell à la maison blanche de Ward Moore

25.01
2015

cop. Le passager clandestin

Magnat politique amoureux fou de la fille d’un savant fou, Stevenson Woolsey propose à ce dernier de bien vouloir lui confier sa dernière invention, un androïde, pour qu’il se porte candidat aux prochaines élections. C’est l’androïde qui accepte contre son gré. A son premier meeting, l’androïde Frank Merriwell commence ainsi : « Electeurs, je suis opposé à tout progrès. Merci. » Contre toute attente, ses arguments plaisent…

Alors âgé de 70 ans, Ward Moore en 1973 bouscule avec beaucoup d’humour les discours de campagne attendus, qui emportent malgré tout l’adhésion par l’aplomb et la logique imparable de son orateur. Il évoque avant l’heure la décroissance synonyme d’un monde où il fait bon vivre. Finalement, un petit roman fleurant bon l’utopie.

MOORE, Ward. – Frank Merriwell à la maison blanche / trad. de l’amér. par A. Duffaud. – Le passager clandestin, 2014. – 78 p. ; 11*17 cm. – (dyschroniques). – EAN13 978-2-36935-021-7 : 6 €.

Nous mourons nus de James Blish

16.11
2014

cop. Le Passager clandestin

La veille, Alex avait haussé les épaules lorsque Fantasia lui avait prédit la fin du monde. Mais, le lendemain, Alex apprend de la bouche d’un haut fonctionnaire que l’effet de serre va d’ici peu provoquer des réactions en chaîne qui vont détruire toute trace d’humanité. En sa qualité de chef d’un syndicat étroitement soumis au contrôle gouvernemental, il a le droit d’être évacué sur la Lune, accompagné de dix personnes de son choix…

En 1969, Arthur C. Clarke, l’auteur entre autres de 2001 : l’odyssée de l’espace, propose à trois de ses confrères, d’imaginer le futur de l’humanité mis en danger par le progrès technologique. James Blish (1921-1975) met en lumière ici le concept d’anthropocène, une quinzaine d’années avant qu’il ne fasse débat chez les scientifiques et qu’il soit énoncé par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie. En effet, Blish montre dans son histoire l’influence néfaste et surtout irréversible de l’action humaine sur le système terrestre. De quoi donner froid dans le dos, car la fiction rejoint ici indiscutablement la réalité…

BLISH, James. – Nous mourons nus / trad. de l’américain par Bruno Martin. – Le passager clandestin, 2014. – 90 p.. – (Dyschroniques). – EAN13 978-2-36935-020-0 : 7 €.