Categorie ‘Littératures asiatiques

Chroniques de l’étrange * de Pu Songling (1766)

22.05
2011

cop. Picquier

Titre original : Liaozhai zhiyi

Il ne s’agit là que du premier volume, faisant plus de 500 pages, des Chroniques de l’étrange, ces mille et une histoires peuplées de renards et de fantômes.

Ayant rassemblé non pas comme Charles Perrault ou les frères Grimm des contes merveilleux, mais indubitablement des contes fantastiques à l’instar d’un Hoffmann, ce lettré du XVIIè siècle use d’un chinois littéraire pour planter une atmosphère étrange propre à faire surgir le surnaturel, l’inexpliqué. Il s’agit bien souvent d’histoires d’amours contrariées ou impossibles entre des hommes et des femmes-renardes, ou d’amitiés. Ainsi, dans Wang, l’ami d’un humble pécheur, Xu se lie d’amitié avec un fantôme. Et dans La Fresque, la contemplation d’une fresque conduit son spectateur à y entrer pour y vivre une aventure amoureuse. Un dessin en noir et blanc illustre chacun de ces contes relativement brefs, introduits par une donnée géographique, que clot une réflexion en italique ajoutée par le « chroniqueur de l’étrange ».

Ces chroniques donnent un bon aperçu du folklore fantastique de la civilisation chinoise, mais finissent par sembler se répéter tant leur grand nombre se prête mal à une lecture continue de l’ensemble. Mieux vaut picorer, çà et là, quelques contes, plutôt qu’entreprendre une lecture intégrale.

 

traduit du chinois et présenté par André Lévy.
Arles  : P. Picquier , 2011 . - 563 p.  : ill., couv. ill. en coul.  ; 17 cm .- (Picquier poche). - ISBN 978-2-8097-0240-8 : 10,5 €.

 

 

La mère *** de Maxime Gorki (1907)

01.05
2011

copyright Le Temps des cerises

RELECTURE :

Devenue veuve d’un mari alcoolique la violentant, Pélagie Vlaslov se tourne vers son fils, Paul, jeune ouvrier travaillant dans l’usine métallurgique de la petite ville, qu’elle découvre embrasser des idées socialistes révolutionnaires. D’abord effrayée, cette femme ordinaire se prend d’affection pour ses compagnons et, au fil de leurs débats, commence peu à peu à adhérer à leur vision de la société, prenant conscience de sa classe et condamnant à son tour l’exploitation capitaliste, jusqu’à devenir elle-même une ardente militante…

Un roman fort sur le militantisme socialiste dans une Russie tsariste, entrepris en 1906 par cet opposant au régime, pour encourager les milieux intellectuels désemparés à la suite de la défaite de la Révolution de 1905. Pour ce faire, Maxime Gorki brosse l’un des plus beaux portraits de la littérature, celui d’une prolétaire, mais surtotu celui d’une mère, d’une femme du peuple convertie aux idées révolutionnaires, qui inspirera le cinéaste Poudovkine, Bertolt Brecht puis Hanns Eisler.

Un classique incontournable.

 

GORKI, Maxime. – La Mère / trad. du russe par René Huntzbuler. – Le Temps des cerises, 2005. – 357 p.. – (Romans des libertés). – ISBN 2-84109-297-9 : 19 euros.

 

Le pousse-pousse ** de LAO She (1936)

17.04
2011

 

Copyright Picquier

Pour réussir dans la vie, Siang-tse n’a qu’un but, celui d’économiser suffisamment pour pouvoir posséder un jour son propre pousse-pousse. Alors que ce jour tant attendu arrive, Siang-tse commet l’erreur d’accepter une course qui l’emmène en-dehors de l’enceinte de Pékin, alors en pleine guerre, et se retrouve sans rien. A son retour dans la ville, tout est pour lui à recommencer, un peu de santé, d’assurance et de fierté en moins. Hélas, ce n’est qu’un début, et il tombera de désillusion en désillusion…

« Dans son lit, il n’arrivait pas à fermer l’oeil. Les idées lui entraient et lui sortaient de la tête, comme des abeilles qui venaient une à une le piquer de leur dard.

En songeant aux paroles de Tigresse, il eut l’impression de tomber dans un piège et d’avoir bras et jambes pris dans un étau. Il ne parvenait pas à trouver la moindre faille à ses propos : ils formaient un véritable filet ; le plus petit poisson ne pouvait s’en échapper. Tous les événements se ressemblaient en un bloc compact qui l’écrasait de tout son poids. Il comprit enfin que le destin d’un tireur se résumait en un seul mot : déveine ! » (p. 87)

Difficile de s’identifier à Siang-tse, tant cet humble tireur de pousse-pousse semble bien un peu naïf, obstiné et asocial. Nonobstant, son honnêteté et sa persévérance le rendent sympathique, et le lecteur peut compatir à ses mauvais coups du sort et à sa détresse. C’est aussi le Pékin des années 20-30 que Lao She nous fait découvrir, celui de ces petites gens qui vivotent d’un bol de riz, ces colporteurs, prostituées et tireurs de pousse-pousse demeurant chez le loueur. Un petit monde où un dur labeur les laisse dans la misère, les vouant à une mort certaine au moindre problème de santé voire au suicide.

Le Pousse-Pousse, le plus célèbre roman de Lao She, constitue un véritable tournant aussi bien dans la carrière littéraire que dans la vie privée de Lao She, qui, par l’invasion japonaise, a été contraint de fuir et de s’orienter vers une littérature de résistance.

Le pousse-pousse /  Lao She  ; roman traduit du chinois par François Cheng et Anne Cheng. - Arles  : Philippe Picquier , DL 1995.- 220 p.  : couv. ill. en coul.  ; 17 cm .- (Picquier poche  ; 21). - Trad. de : « Luotuo xiangzi » . - ISBN 978-2-87730-211-1 : 7.50 €.

Le bureau des chats de Kenji Miyazawa

07.08
2009

Futago no hoshi, Kumo to namejuji to tanuki, Neko no jimusho, Mekura budo to niji, Yodaka no hoshi.

Contes traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu

Imprégné du bouddhisme pratiqué par sa famille, la Vraie Secte de la Terre pure (Jôdôshinshû), Kenji Miyazawa met en scène, dans ces quatre contes écrits à partir de 1918,  des animaux, des insectes, des végétaux, et même des phénomènes climatiques et des étoiles, pour y traiter de la notion de bien et de mal. Le conte Les Jumeaux du ciel, trois histoires en une de l’arroseur arrosé avec L’araignée, la limace et le blaireau, la fable absurde si humaine du bureau des chats, le bref récit de La vigne sauvage et l’arc-en-ciel, et enfin le destin solitaire du Faucon de nuit devenu étoile : aucun n’est écrit pour les enfants, mais au contraire pour atteindre cet âge universel auquel seuls peuvent prétendre les contes. Aussi Miyazawa n’épargne en rien son lecteur ni ses personnages confrontés à la cruauté de la vie voire à son ironie. Mon préféré ? Celui qui a donné son titre au recueil, petite comédie humaine où l’injustice et l’envie régnant dans le microcosme bureaucratique éclatent sous l’absurdité de leur raison d’être.    

MIYAZAWA, Kenji. – Le bureau des chats / trad. du japonais par Elisabeth Suetsugu. – Arles : éditions Philippe Picquier, 2009. – 101 p.. ; 17*11 cm. – (Picquier poche). – ISBN 978-2-8097-0118-0 : 6 €.

Ikebukuro West Gate Park II d’Ira Ishida

21.06
2009

cop. Picquier

Le truc de Majima Makoto, c’est de se mêler des affaires des autres, en particulier quand ces derniers ont l’air seuls, perdus, ou dans leur bulle, dans ce quartier de Tôkyô où il vend des fruits avec sa mère. C’est ainsi qu’il va venir au secours de Hiroki, un môme obsédé par les nombres, qui va être enlevé, et puis de Kao, la fille d’une prostituée, Hiroko, menacée… 

De ce polar qui verse plus dans le roman social et psychologique, aux personnages attachants, ont été tirés un manga et une série TV du même nom.

 

ISHIDA, Ira. – Ikebukuro west gate park II / trad. du japonais par Anne Bayard-Sakai. – Editions Philippe Picquier, 2009. – 247 p.. – ISBN 978-2-8097-0114-2 : 19 €.

 

La chambre solitaire de Shin Kyong-suk

02.03
2009

cop. Picquier

Titre original :  OEttanbang (Corée, 1999)


 

Alors âgée de seize ans, Shin Kyong-suk désire devenir écrivain, et sa cousine photographe. Mais pour commencer, il faut aller travailler à l’usine pour que l’entreprise finance leurs cours du soir, et donc partir de la campagne rejoindre le frère aîné à Séoul, dans une chambre bien petite pour eux trois dans une grande maison qui en compte trente-sept. Dans cette fabrique d’électroménager, les deux adolescentes vont être exploitées comme tant d’autres, sous la menace et l’intimidation, malheureuses de ne pouvoir soutenir le syndicat naissant… 

Cette autobiographie poignante révèle le quotidien cruel des Coréens du sud, encore sous le joug de la dictature, brimés par les patrons, amaigris par les privations, et aussitôt sévèrement punis à la moindre révolte, qu’elle soit syndicale ou civile. De belles lignes décrivent également la relation que la narratrice noue avec l’écriture, et surtout, la souffrance de revenir enfin sur cette période traumatisante débouchant sur un drame. Une écriture simple mais affirmée, singulière, procédant souvent par reprise anaphorique de l’âge (s’agit-il d’une coutume ?) :

« Je trouve enfin mon style. Des phrases simples. Très simples. Le présent pour décrire le passé et le passé pour décrire l’immédiat. Comme si on prenait des photos. De façon nette. De façon à ce que la chambre solitaire ne se referme pas. Un style qui dit la solitude de mon frère aîné qui avançait ce jour-là vers le portail du Centre en fixant le sol. » (p. 35)

SHIN, Kyong-suk. – La Chambre solitaire / trad. du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot. – Picquier, 2008. – 399 p.. – ISBN 978-2-8097-0062-6 : 19,50 €. 



Au-delà des terres infinies de Sôkyû Genyû

28.05
2008

cop. Picquier

Titre original : Chuin no hana (Japon, 2001 – France, 2008)

Médium, Mme Ume a prédit sa propre mort, laquelle s’accompagne de phénomènes inhabituels qu’observe Sokudô, jeune bonze qui a la charge d’un petit temple dans les montagnes, sans en dire un mot, tandis que sa femme Keiko lui confie l’avoir consultée après sa fausse couche…

Sous-directeur du temple Fukujuji de la secte zen Rinzai-Myôshinji, Genyû Sôkyû a reçu en 2001 le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) pour cette histoire tirée de son expérience personnelle de bonze. Il n’en faut pas moins pour susciter l’intérêt, mais ce court « roman » le fait vite retomber, ne dégageant rien de vraiment intéressant, ni au niveau de l’intrigue, ni au niveau de la réflexion spirituelle.

« Il s’était bien dit que s’il gardait fortement la conscience qu’il était bonze, tout devrait aller bien : plus de cauchemars et pas question d’envoûtement.«  (p. 57)
GENYÛ, Sôkyû. – Au-delà des terres infinies / trad. du japonais par Corinne Quentin. – Picquier, 2008. – 117 p.. – ISBN 978-2-8097-0014-5 : 12,50 €.