Categorie ‘Littérature japonaise

Le pied de Fumiko de Junichirô Tanizaki

15.02
2015

cop. Gallimard

 

« Il était une fois, aux temps de la dynastie des Qing, au faîte de son éclat, brillait encore de mille feux comme une pivoine à l’acmé de sa splendeur, un jeune et beau prince du nom de Meng Shidao qui résidait dans une grande ville chinoise de Nankin. » (incipit)

Dans La complainte de la sirène de Junichirô Tanizaki (1886-1965), un prince beau et intelligent s’ennuie. Il a beau pouvoir goûter aux plus belles femmes et aux meilleurs vins, plus rien ne l’émerveille, jusqu’au jour où un étranger lui amène une sirène…

Cette première nouvelle fait songer à l’un de ces contes des mille et une nuits, où tout rivalise de perfection (le prince, son harem, la sirène,…) et où finalement chacun est renvoyé à sa solitude, quelles que soient ses qualités.

Dans Le pied de Fumiko, un étudiant aux Beaux-Arts doit exécuter le tableau de la courtisane d’un parent retraité volage, brouillé avec sa famille. Si Fumiko est belle, ses pieds le sont plus encore, au point d’obséder les deux hommes…

Cette nouvelle est l’occasion de très longues descriptions du corps féminin, de blasons évoquant le fétichisme platonique de ces deux Japonais pour le pied féminin, fétichisme culturel s’il en est, qui permet de contourner dans cette relation entre un mourant et une très jeune femme les écueils de la vieillesse et de l’impuissance.

Deux nouvelles très descriptives, faisant l’apologie d’une beauté idéale, avec une intrigue très mince, dont ne ressort finalement que peu d’émotion.

 

TANIZAKI, Junichirô.

Le pied de Fumiko précédé de La complainte de la sirène

Gallimard (Folio 2€, 5902 ; 2015)

110 p.

EAN13 9782070462643 : 2 €.

Le bureau des chats de Kenji Miyazawa

07.08
2009

Futago no hoshi, Kumo to namejuji to tanuki, Neko no jimusho, Mekura budo to niji, Yodaka no hoshi.

Contes traduits du japonais par Elisabeth Suetsugu

Imprégné du bouddhisme pratiqué par sa famille, la Vraie Secte de la Terre pure (Jôdôshinshû), Kenji Miyazawa met en scène, dans ces quatre contes écrits à partir de 1918,  des animaux, des insectes, des végétaux, et même des phénomènes climatiques et des étoiles, pour y traiter de la notion de bien et de mal. Le conte Les Jumeaux du ciel, trois histoires en une de l’arroseur arrosé avec L’araignée, la limace et le blaireau, la fable absurde si humaine du bureau des chats, le bref récit de La vigne sauvage et l’arc-en-ciel, et enfin le destin solitaire du Faucon de nuit devenu étoile : aucun n’est écrit pour les enfants, mais au contraire pour atteindre cet âge universel auquel seuls peuvent prétendre les contes. Aussi Miyazawa n’épargne en rien son lecteur ni ses personnages confrontés à la cruauté de la vie voire à son ironie. Mon préféré ? Celui qui a donné son titre au recueil, petite comédie humaine où l’injustice et l’envie régnant dans le microcosme bureaucratique éclatent sous l’absurdité de leur raison d’être.    

MIYAZAWA, Kenji. – Le bureau des chats / trad. du japonais par Elisabeth Suetsugu. – Arles : éditions Philippe Picquier, 2009. – 101 p.. ; 17*11 cm. – (Picquier poche). – ISBN 978-2-8097-0118-0 : 6 €.

Ikebukuro West Gate Park II d’Ira Ishida

21.06
2009

cop. Picquier

Le truc de Majima Makoto, c’est de se mêler des affaires des autres, en particulier quand ces derniers ont l’air seuls, perdus, ou dans leur bulle, dans ce quartier de Tôkyô où il vend des fruits avec sa mère. C’est ainsi qu’il va venir au secours de Hiroki, un môme obsédé par les nombres, qui va être enlevé, et puis de Kao, la fille d’une prostituée, Hiroko, menacée… 

De ce polar qui verse plus dans le roman social et psychologique, aux personnages attachants, ont été tirés un manga et une série TV du même nom.

 

ISHIDA, Ira. – Ikebukuro west gate park II / trad. du japonais par Anne Bayard-Sakai. – Editions Philippe Picquier, 2009. – 247 p.. – ISBN 978-2-8097-0114-2 : 19 €.

 

Au-delà des terres infinies de Sôkyû Genyû

28.05
2008

cop. Picquier

Titre original : Chuin no hana (Japon, 2001 – France, 2008)

Médium, Mme Ume a prédit sa propre mort, laquelle s’accompagne de phénomènes inhabituels qu’observe Sokudô, jeune bonze qui a la charge d’un petit temple dans les montagnes, sans en dire un mot, tandis que sa femme Keiko lui confie l’avoir consultée après sa fausse couche…

Sous-directeur du temple Fukujuji de la secte zen Rinzai-Myôshinji, Genyû Sôkyû a reçu en 2001 le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) pour cette histoire tirée de son expérience personnelle de bonze. Il n’en faut pas moins pour susciter l’intérêt, mais ce court « roman » le fait vite retomber, ne dégageant rien de vraiment intéressant, ni au niveau de l’intrigue, ni au niveau de la réflexion spirituelle.

« Il s’était bien dit que s’il gardait fortement la conscience qu’il était bonze, tout devrait aller bien : plus de cauchemars et pas question d’envoûtement.«  (p. 57)
GENYÛ, Sôkyû. – Au-delà des terres infinies / trad. du japonais par Corinne Quentin. – Picquier, 2008. – 117 p.. – ISBN 978-2-8097-0014-5 : 12,50 €.

Le Jour de la Gratitude au Travail de Akiko Itoyama

29.04
2008

cop. Picquier

Titre original :  Oki de matsu (Japon, 2004 – traduit et publié en France en 2008)

Pour avoir molesté son patron alors qu’il tripotait sa mère – elle, passe encore-, Kyôko se voit contrainte de démissionner et se retrouve à pointer au chômage et à rester vivre seule à 36 ans chez sa mère. Une voisine lui propose alors une rencontre arrangée avec un homme fou de son entreprise… Au travail, de solides liens d’amitié se tissent entre Oikawa et Futo, tous deux sortis de la même promotion et recrutés dans la même entreprise d’équipement sanitaire et la même ville. A tel point qu’un pacte les lie : si l’un d’eux meurt, l’autre devra détruire le disque dur de son ordinateur pour emporter avec lui ses secrets. Or Futo meurt accidentellement…

 

Conçue en diptyque, cette vision du monde du travail au Japon s’ouvre sur le regard désabusé d’une jeune femme lucide, en proie au chômage et au sexisme, et se referme sur une amitié entre collègues au travail si solide qu’elle va bien au-delà de l’amour et de la mort. Comme l’endroit et l’envers d’un décor quotidien. Mais l’impertinence du premier l’emporte sur l’affection du second :


« Chose bizarre, les femmes qui aiment les enfants ont l’air douces et celles qui disent les détester ont l’air méchantes. Bien sûr, tout le monde sait que les enfants ne sont pas des anges. Ils sont sales, ils mentent, ils font des caprices, ils sont niais et enquiquinants au possible. » (p. 19)

 

Apprécié

 

ITOYAMA, Akiko. – Le Jour de la Gratitude au Travail / trad. du japonais par Marie-Noëlle Ouvray. – Picquier, 2008. – 100 p.. – ISBN 978-2-87730-990-5 : 13 €.

 

Appel du pied de Risa Wataya

13.04
2008

cop. Picquier

 

Titre original :  Keritai senaka (Japon, 2003)

Traduit et publié en France en 2005

 

Depuis son entrée au lycée, Hasegawa regarde sa meilleure amie, Kinuyo, s’éloigner d’elle pour se fondre dans un autre groupe, sans un mouvement pour la rejoindre et feindre leur bonne humeur. Elle se retrouve ainsi confinée à l’intérieur de cette solitude qu’elle a tissée autour d’elle, comme un cocon qui la protègerait des autres et du monde extérieur. Dans sa classe, il y a pourtant encore plus solitaire qu’elle, un garçon, Ninagawa, qui s’intéresse brusquement à elle quand elle lui apprend avoir rencontré un jour un top model dont il est fan jusqu’à l’obsession…

Alors âgée de 19 ans, Wataya Risa est la plus jeune lauréate jamais couronnée du prix Akutagawa (le Goncourt japonais). Nul doute qu’elle se soit inspiré de sa propre adolescence pour imaginer ce journal d’une jeune fille tiraillée entre l’envie de sortir de cette solitude dans laquelle elle s’est elle-même murée et le refus de se livrer à la mascarade des groupes constitués. Son personnage va ainsi se sentir irrésistiblement attiré par l’autre « rebut » de la classe, encore plus replié sur lui-même qu’elle, partagée là encore entre le désir de le voir souffrir une bonne fois pour toutes en se sentant rejeté par ce mannequin vedette et celui de poser les lèvres sur les siennes, sans bien savoir qu’il s’agit là des premiers tourments de l’amour :

« Je veux que quelqu’un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur comme on détache un à un les cheveux pris dans un peigne, et les jette à la corbeille. » (p. 105)

Beaucoup aimé

Un petit roman d’apprentissage charmant, oscillant entre la lucidité acerbe jusqu’au malaise de l’adolescence et la sensibilité de cet âge innocent qui se découvre petit à petit.


WATAYA, Risa – Appel du pied / trad. du japonais par Patrick Honnoré. – Picquier, 2008. – 163 p.. – (Picquier poche). – ISBN 978-2-8097-0016-9 : 6 €.

Park life de Shuichi Yoshida

09.09
2007

cop. Picquier

Roman traduit du japonais (publié en 2002) par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary (2007)

Park Life ! Oui, c’est bien un titre de Blur, mais aussi celui d’un petit roman japonais qui a été couronné par le prix Akutagawa en 2002. Il s’agit du parc de Hibiya à Tôkyô, où l’on s’assoit sur le banc préféré d’un employé de l’un des buildings environnants, qui chaque jour y vient déjeuner, se détendre, se vider l’esprit, comme « soulagé ». A la suite d’une bévue dans le métro, le jeune homme entre en contact avec une autre habituée du parc, qui aimerait bien aussi faire la connaissance de ce vieil homme qui s’exerce à faire voler un aérostat rouge…Même si, à travers ce court roman, ce genre de parc urbain est comparé à une sorte de parenthèse calme et oisive dans la vie trépidante des habitants de Tokyo, c’est plutôt l’immense solitude de chacun de ces milliers de citadins qui m’a touchée, aucun d’entre eux n’osant franchir l’interdit, le tabou, celui d’adresser la parole à un inconnu, comme le prouve le passage dans le métro, si ce n’est au cours de cette histoire, vécue alors comme une exception à la règle, comme un brin de folie. Mais n’est-ce pas vers quoi nous nous acheminons ? 

YOSHIDA, Schuichi. – Park life / trad. du japonais par Gérard Siary et Mieko Nakajima-Siary. – Picquier, 2007. – 95 p.. – ISBN : 978-2-87730-962-2 : 12,50 €.