Categorie ‘B.D. & mangas

Egon Schiele de Xavier Coste

23.05
2012

cop. Casterman

Claquant avec insolence la porte de l’académie des Beaux-Arts de Vienne, Egon Schiele ne daigne écouter les conseils que d’un seul, et non des moindres : Gustav Klimt. Nonobstant, alors que son penchant immodéré pour la gente féminine se reflète sur ses toiles, jugées pornographiques, il passe outre son avis et fait poser une mineure nue…

Brèves furent la vie tout comme la carrière de ce grand peintre de la Sécession viennoise, Egon Schiele (1890-1929). Autant féru de bande dessinée que de peinture, Xavier Coste a choisi de brosser le portrait biographique de cet artiste égoïste, ombrageux et sulfureux pour son premier album. Le choix des couleurs ocres et les traits anguleux de ses personnages semblent on ne peut plus appropriés au destin du peintre et à ses toiles qui choquèrent à l’époque non seulement pour leur caractère pornographique mais aussi pour l’absence relative de la notion de beau dans les nus perçus par cet écorché vif.

Un auteur à suivre…

COSTE, Xavier. – Egon Schiele. – Casterman, 2012. – 66 p. : ill. en coul. ; 24*32 cm. – (coll. Univers d’auteurs). – EAN13 9782203047785 : 18 euros.

 

Le mystère de la grande pyramide d’Edgar P. Jacobs

09.05
2012

Les aventures de Blake et Mortimer

Pré-publié en 1950 dans le Journal de Tintin, publié en deux tomes en 1954-1955.

Invité par son ami l’égyptologue égyptien Ahmed Rassim Bey à déchiffrer ses dernières trouvailles, Philip Mortimer, secondé par Nasir, débarque au Caire. Rassim Bey et son assistant Abdul Ben Zaim lui montrent alors un papyrus parlant d’une chambre d’Horus et du trésor d’Aton. Il n’en faut pas moins pour éveiller la curiosité mais surtout la cupidité de criminels, pour lesquels Ben Zaim espionne et subtilise le précieux document…

Les aventures de Blake et Mortimer, une série devenue culte, manquaient à ma culture générale. A première vue, la place du texte dans les bulles s’avère prépondérante, dense, tandis que les traits des personnages, quoique simples (à tel point que ces derniers semblent interchangeables et méconnaissables dans cette intrigue !), sont réalistes. Il y a beaucoup d’informations dans cette série, nourrie de mystères qui n’ont pas encore vraiment été élucidés.

Tout part ici de l’hypothèse de la chambre d’Horus, située sous le plateau de Gizeh, qui abriterait le trésor d’Akhenaton. En découle tout un historique nous rappelant en quoi ce pharaon se distingua de ces prédécesseurs et successeurs, érigeant un dieu unique en lieu et place d’une religion alors polythéiste. L’Histoire devient alors le prétexte d’une histoire pleine d’aventures et de magie, semée d’embûches, où la mort frôle les protagonistes à plusieurs reprises, avec des adversaires bien identifiés. Un bon moment de détente, qui plus est instructif.

Les Geeks : dans le doute, reboote ! de Gang, Labourot, Lerolle

02.05
2012

 

cop. Soleil

 

 

Des Geeks : dans le doute, reboote !, on pourrait dire dans le doute, revois ton choix de BD !

Vous l’aurez compris : ici, ce sont des gags à gogo sur un geek, sa petite amie et ses potes. Passer des Idées noires de Franquin à ça, c’était forcément risquer le grand écart. Ici c’est de l’amour potache, pas toujours très fin ni très recherché. Bref j’aurais tendance à estampiller cette BD « à réserver aux geeks ados ». Cela m’apprendra à lire tout ce qui traîne. R.A.S.

Idées noires de Franquin

25.04
2012


« Il ne faut pas confondre… » : ainsi débute chacun des gags qu’André Franquin imagine sur les 65 planches qui composent ses Idées noires, publiées en deux tomes, après avoir paru en 1977 dans le supplément du Journal de Spirou, Le Trombone Illustré, puis dans le magazine Fluide Glacial. Franquin y assassine milliardaires, chasseurs et militaires, fait tomber quelques marchands et industriels en leur faisant essayer leurs produits de mauvaise facture, mais aussi des pauvres types croyant sauver leur peau. Il y attaque le nucléaire, les religions, la bêtise humaine.

Ce n’est finalement que du malheur des autres dont on rit à chaque planche. Pour chacune, en effet, une idée noire pour un humour noir, qui débouche le plus souvent sur la mort du personnage principal. Au demeurant les thèmes et réflexions abordés, voire les retournements de situation, n’ont rien perdu de leur acuité, et font rire le lecteur tout en le faisant s’interroger sur l’absurdité du monde dans lequel il vit.

Une bande dessinée culte, excellentissime. Dépressifs, s’abstenir !

Allez jeter un coup d’oeil au site sur les Idées noires ici ou sur le site consacré à Franquin.

FRANQUIN, René. – Idées noires / préface de Gotlib. – Editions A.U.D.I.E., 1981. - (Les albums Fluide Glacial ; tome 1).

 

Octobre noir de Daeninckx et Mako

18.04
2012

Vincent chante dans un groupe de rock, Les Gold Star. De retour chez lui, en banlieue parisienne, Vincent redevient Mohand, le fils d’une famille immigrée algérienne qui subit en France les nombreuses stigmatisations dues à la guerre d’Algérie. Mais il semble vouloir garder ses distances avec toute cette agitation politique, et même lorsque se déroule sous ses yeux le meurtre d’un innocent par la police, il n’en parle à personne. Aussi, en ce soir du 17 octobre 1961, lorsque son père l’oblige à participer avec lui à la manifestation pacifique, appelée par le FLN, pour protester contre le couvre-feu discriminatoire instauré par le Préfet de police Maurice Papon, il préfère s’esquiver au milieu de la foule dans le métro pour rejoindre son groupe qui participe ce soir-là à un tremplin rock donnant accès au gagnant à la scène réputée de l’Olympia. En sortant du Golfe Drouot il découvre un Paris baignant dans le sang…

 

Vingt-sept ans après la publication de son roman Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx évoque de nouveau ce grand massacre, longtemps occulté, de centaines de manifestants pacifistes dans la Seine et dans les rues de Paris, cette sorte de Saint-Barthélémy des immigrés algériens, qui s’éleva à deux morts et soixante-quatre blessés selon la police à l’époque, et que les historiens ont estimé depuis à deux cents morts, plus de deux mille blessés et onze mille arrestations. Mais cette fois, il choisit aux côtés de son vieux complice Mako le support de la bande dessinée, qui l’oblige à se faire plus concis et plus suggestif, mais qui présente l’avantage d’être plus largement lu par un public jeune. Tout comme dans son roman où il avait suivi le destin de quelques manifestants, et intitulé ses premiers chapitres de leurs noms, pour les sauver de l’oubli, Didier Daeninckx a donc fait un choix, celui de rendre hommage à travers cette nouvelle histoire à Fatima Bédar, une jeune algérienne de quinze ans, sous les traits de Khelloudja, la soeur de Vincent-Mohand.

Le trait légèrement grossier et les couleurs sombres de Mako et la simplicité du découpage des cases servent bien le scénario dénonçant les heures sombres de la France, préfacé par Benjamin Stora, historien grand spécialiste de la guerre d’Algérie. Car si Didier Daeninckx a contribué en 1984 à lever le voile sur les exactions de Maurice Papon, alors préfet de police, bien avant son procès en 1998 pour son rôle sous l’Occupation, ce massacre est longtemps resté occulté, la honte de ce qui s’est joué cette nuit-là, les policiers français devenant alors des assassins, le condamnant au silence.

Voilà pourquoi c’est une bande dessinée qui mérite sa place dans les bibliothèques et  dans les centres de documentation et d’information de lycées : pour que l’on n’oublie pas, mais aussi pour que les nouvelles générations découvrent jusqu’où un gouvernement pouvait aller, lorsqu’il stigmatisait une partie des citoyens français, six ans seulement après la fin de l’organisation de la déportation des Juifs sur son territoire.

 

Adlibris, 64 p., 13,50 euros

Kwaïdan de Jung

28.03
2012

cop. Delcourt

Le mercredi, c’est bande dessinée !

Tome 1. L’esprit du lac

Tome 2. Setsuko

Tome 3. Métamorphose

Au XIIe siècle, dans le nord du Japon, la princesse du château du clan Okada attend le retour de son amant parti à la guerre. Mais elle a une rivale en la personne de sa propre soeur Akane qui, jalouse, la défigure. Désespérée, la princesse se jette alors dans le lac. A son retour, le guerrier, en apprenant le sort de sa bien-aimée, se crève alors les yeux et la rejoint dans ce lac que leur amour dote d’un pouvoir magique accordant l’immortalité à Arkane. Deux siècles plus tard naît une petite fille défigurée…

Cette légende orientale, largement empreinte de folklore japonais, nous plonge dans un univers fantastique et onirique servi par un graphisme de toute beauté. Tout comme les êtres humains, les fantômes accompagnent, parfois avec sagesse et humour, le destin des personnages principaux, ou, lorsqu’ils sont bornés ou manipulés, les assassinent. Cette violence est constamment adoucie par la nature des sentiments qui agitent les personnages principaux, mais aussi et surtout par les traits des personnages, la chaleur et la douceur des couleurs. Une série à l’esthétisme envoûtant.

 

 

Serge de Régis Loisel & Tripp

21.03
2012

cop. Casterman

La veuve Marie Ducharme emmène chez elle Serge Brouillet, en panne à moto. Impossible de repartir avec toute cette neige. Au village de Notre Dame des Lacs, cela fait jaser. Alors Serge part dormir dans le cabanon qui jouxte la maison. Fin cuisinier, il propose un repas de Noël qui restera à jamais gravé dans la mémoire de ses convives. Lui vient alors une idée…

On commence à bien connaître la personnalité de tous ces habitants du village québécois, et même l’histoire des trois vieilles bigotes, dans cette intrigue qui prend son temps, se déploie au rythme de la vie des villageois, servie par un graphisme plein de chaleur et de tendresse. Serait-ce les prémisses d’une histoire d’amour ? Pas sûr. Le nouvel arrivant, serviable et bourré de qualités, remplit les yeux de Marie de rêves, et son estomac de mets délicieux inspirés de chez Maxim’s, mais ne répond pas à ses voeux pour l’instant…

Toujours un vrai régal cette série !

Retrouvez dans Carnets de SeL les chroniques de :

1. Marie

4. Confessions