Categorie ‘B.D. & mangas

Le choix d’Ivana de Tito

22.02
2012

cop. Casterman

Lorsqu’Ivana apprend en 2008, comme tout le monde à la télé, l’arrestation de Radovan Karadzic, elle semble être avec sa grand-mère la seule à accuser le coup, alors que tous se réjouissent de ce parfum de page enfin tournée sur la guerre et ses atrocités. Au contraire, elle part en quête d’informations mystérieuses, dussent-elles être obtenues en faisant le ménage dans des locaux d’une association la nuit, après son travail. Quand enfin elle les trouve, elle prend des congés et rassemble ses économies et celles de sa grand-mère pour partir à Milan…

On connaissait de Tito sa série Tendre banlieue, le voici revenu à la bande dessinée adulte, abordant toujours un drame au coeur de son histoire, mais cette fois prenant corps dans l’Histoire. Même si les dessins de Tito sont peu attirants, l’intrigue, qui semble s’inspirer, en bien moins tragique, du Choix de Sophie de William Styron, se révèle à la fois captivante et poignante.

TITO. – Le choix d’Ivan. – Casterman, 2012. – 64 p. : ill. en coul. ; 32 cm. – EAN13 9782203041189 : 15 €.

Triangle rose

15.02
2012

Le mercredi, c’est bande dessinée…

cop. Quadrants

Scénario de Michel Dufranne

Dessin de Milorad Vicanovic – Maza

Couleurs de Milorad Vicanovic – Maza et de Christian Lerolle

Le triangle rose, vous en avez déjà entendu parler ? Et le paragraphe 175 qu’on pouvait encore lire jusqu’en 1988 dans le code pénal allemand ? Peut-être pas, ou très peu.

cop. Quadrants p61

C’est justement pour révéler ce pan méconnu de l’Histoire, mais aussi pourquoi aujourd’hui encore il reste tu, que Michel Dufranne imagine l’histoire d’Andreas, le grand-père d’un lycéen, lequel vient l’interroger avec ses amis sur son passé d’ancien détenu des camps. Ce sont des souvenirs douloureux qui ressurgissent alors à sa mémoire, un passé que sa femme et lui ont toujours gardé pour eux. Car Andreas, dans le Berlin des années 30, était homosexuel. Dessinateur de publicité et professeur de dessin, il vivait en toute insouciance avec ses amis et sa mère, n’hésitant pas à avoir une liaison avec Hans, un jeune apollon sous l’uniforme nazi. Mais l’accession des Nazis au pouvoir provoque un durcissement de la répression. Ignorant les mises en garde de Dieter, son ex-petit ami qui préfère l’exil, Andreas fait le choix de rester. Hélas, le paragraphe 175 condamne l’homosexualité masculine : en refusant de se reproduire, ces hommes deviendraient inutiles, des nuisibles qui entraveraient l’expansion de la race aryenne. Or son subterfuge de s’afficher en compagnie d’Angela, qui est lesbienne, échoue. Dénoncé par sa concierge, Andreas fait l’expérience de la prison puis du camp de concentration…

 

A partir d’un fait historique, Michel Dufranne a imaginé cette histoire bouleversante d’un homme sensible et discret, qui, à partir du régime nazi, va devoir toute sa vie renier ce qu’il est fondamentalement, pour pouvoir vivre paisiblement : car l’homosexualité, si elle a été violemment stigmatisée durant le nazisme, au point de coûter la vie à bon nombre de détenus, continue bon an mal an à être difficilement acceptée dans notre société. Le changement des mentalités est lent et difficile, même s’il est rarement question de haine de nos jours, mais plutôt d’incompréhension. Difficile donc, et le scénariste le montre très bien dans la scène qui oppose le vieillard aux adolescents, de révéler au grand jour ce qu’on a dû taire toute sa vie, d’autant plus si la question de la filiation se pose. Tandis que la couleur du présent ouvre et ferme cet épisode sombre de la vie d’Andréas, ce dernier se traduit par un dessin en lavis impressionnant, montrant la métamorphose physique du personnage et celle, morale, de la société qui l’entoure.

Un coup de coeur pour cette bande dessinée didactique, qui révèle de manière particulièrement poignante la persécution dont les homosexuels ont fait l’objet durant le nazisme.

Beaucoup aimé

DUFRANNE, Michel, VICANOVIC, Milorad, LEROLLE, Christian. - Triangle rose. - Editions Quadrants, 2011. – 143 p. : ill. en coul. et lavis ; 24 cm. – EAN13 9782302017238 : 17 €.

Bjorn le Morphir : tome 3 de Thomas Gilbert

08.02
2012

cop. Casterman

 

Le jeune Bjorn, qui s’est découvert « Morphir », c’est-à-dire héros invincible, doit descendre aux enfers pour retrouver le prince Sven avant le prince Dar. D’étage en étage, avec l’aide de ses fidèles compagnons de route et parfois celle des infernautes avec lesquels il a sympathisé, il suit les traces de son ennemi qui l’a devancé : « Le prince Dar possède une avance que tu ne pourras pas rattraper, ou alors il faudrait que tu te mettes à voler comme un oiseau… »

Coédité par Casterman et L’école des loisirs, Björn le morphir constitue l’adaptation en bande dessinée par Thomas Gilbert de la série de romans jeunesse éponyme, écrite par un autre Thomas, Thomas Lavachery. Les péripéties, dépeintes de couleurs vives, s’enchaînent sans que l’on prenne le temps de s’attarder sur les personnages ou sur leur quête. De l’heroïc fantasy relativement divertissante, mais je suis sûrement injuste dans la mesure où il aurait fallu que je lise les deux premiers tomes pour m’en faire une idée peut-être meilleure.

Le ténébreux de Boulet

01.02
2012

Le mercredi, c’est bande dessinée !

 

Chaque année, à Angoulême, lors des 24h de la BD, le défi lancé aux auteurs consiste à réaliser une bande dessinée de 24 pages en 24 heures, avec une contrainte divulguée au dernier moment.

Boulet a diffusé la sienne sur son site, et le résultat est vraiment excellent !

C’est l’histoire d’un type qui se plaint à sa copine de son nouveau colocataire, tout bonnement parce qu’il est de façon intrinsèque LE beau ténébreux devant lequel se pâment toutes les filles. Bonjour la drague ! Entre justement le colocataire…

Etre capable en une journée d’imaginer et de dessiner cette histoire simple et drôle : chapeau !

 

 

L’Angélus de Homs et Giroud

25.01
2012

Beaucoup aimé

L’Angélus : tome 1

Année de parution : 2010

Un père de famille, apprenant que ses semaines sont comptées, décide sur un coup de tête de se rendre au musée d’Orsay. Lui, d’ordinaire discret, s’évanouit devant l’Angélus de Millet, sous le coup d’une émotion forte. Dès lors, Clovis ne cesse de s’intéresser à la toile et à ce qui a bien pu provoquer son trouble. Il découvre alors qu’avant lui, Dali fut lui aussi obsédé par cette toile. Dès lors, il ne cesse de fréquenter la librairie de sa petite ville, et la professeure d’arts plastiques de son fils… ce qui ne va pas manquer de faire jaser…

Dans cette série qui se propose d’aborder des secrets familiaux, L’Angélus a été conçu sur deux tomes. Nonobstant une impression de placage un peu abracadabrant de ce mystère autour de l‘Angélus sur le secret familial du héros, on lit cette histoire avec plaisir et beaucoup d’intérêt, mis en haleine par ce malentendu révoltant autour du changement d’attitude du protagoniste, et bien sûr par l’élucidation de ce grand mystère de l’histoire de l’art.

 

Apprécié

L’Angélus : tome 2

 

cop. Dupuis

Clovis vit désormais dans une caravane qu’il a repeinte, dans le camping vide de la ville en cette hors-saison. Alors que sa mère demeure injoignable, évitant ainsi les explications, la jeune et jolie professeur d’arts plastiques et le libraire continuent à lui rendre visite, de même que ses deux fils. Clovis Chaumel rencontre le conservateur du musée de Valence, qui va lui donner les clés pour comprendre l’obsession de Dali pour l’Angélus de Millet : aussitôt, il établit le lien avec sa propre réaction. Commence alors une enquête sur le secret qui entoure les circonstances de sa naissance…

Ce second tome dévoile, pour ceux qui ne le connaitraient pas, le secret de famille de Dali, qui, peut-être, l’aurait rendu si exceptionnel, si singulier, si génial. Le scénariste en déduit que le choc émotionnel ressenti par son personnage à la vue de l’Angélus traduit la similitude de leurs affects, du lourd secret de famille qui entoure sa naissance. Et tout rentre dans l’ordre finalement, avec tout de même un brin de folie, ce qui est un tout petit peu décevant, finalement.

 

 

Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

18.01
2012

cop. Naïve

Au cinéma, tout comme les adaptations de romans, les biographies semblent remporter un franc succès auprès d’un large public. Depuis quelques années, on observe le même phénomène dans la bande dessinée, rendant accessible au plus grand nombre le parcours de grands intellectuels et artistes. Le mois dernier, je vous parlais du Nietzsche campé par le philosophe Michel Onfray, cette fois ce sera de la vie de Virginia Woolf, racontée par l’écrivaine Michèle Gazier et illustrée par Bernard Ciccolini, figure emblématique de la littérature britannique du début du 20e siècle, écrivaine et féministe.

Boulimique en tout – gâteau, papier, encre, livres-, la jeune Virginia Woolf trouve injuste le traitement de faveur auquel ont droit ses frères, pouvant seuls par exemple tenir la barre du bateau de leur père et bénéficiant d’une éducation au collège, alors qu’elle doit se contenter pour s’instruire de la bibliothèque de son père. Mais le bonheur de sa famille est bien fragile. Marquée très tôt par le deuil de sa mère, qu’elle admirait beaucoup, violée par son demi-frère Georges, Virginia perd aussi sa soeur aînée lors de son accouchement, puis son père. Elle qui croquait la vie à pleines dents et écrivait beaucoup, la voilà devenue à l’âge de 22 ans rêveuse et mélancolique. Toujours célibataires, sa soeur Vanessa, qui peint avec un plaisir évident, et elle partagent alors la vie de bohème de leurs frères Thoby et Adrian et de leur bande d’intellectuels artistes…

Voici un parcours biographique qui peut paraître un peu rapide, mais qui nous donne un excellent aperçu de la personnalité de Virginia Woolf, à la fois si fragile dans sa crainte de ne pas devenir écrivain et si forte dans ses motivations.

Beaucoup aimé

Virginia Woolf /scénario, Michèle Gazier ; dessins, Bernard Ciccolini
Paris : Naïve, 2011. – 90 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. ; 23 cm .- (Grands destins de femmes)
Bibliogr., 1 p.. – EAN13 9782350212555 : 23 €.

La légende des nuées écarlates de Saverio Tenuta

04.01
2012

 

cop. Humanoïdes associés

 

Dans son théâtre de marionnettes, Meiki conte l’étrange légende d’un despote qui volait les membres de ses sujets, avant d’être tué par sa propre fille. Alors qu’elle est sur le point d’être appréhendée sur ordre de Fujiwara Ryin, dictatrice sans pitié, la jeune artiste est sauvée par un mystérieux samouraï, Raido San, car sa proximité immédiate fait taire les voix qui lui torturent l’esprit. Car, si l’avenir de Meiki semble compromis, le passé du guerrier semble plus tragique encore, passé dont ce dernier ne se souvient pas, si ce n’est qu’il lui a volé un bras, un oeil et la tranquillité de son esprit.

Tout à fait intriguant et inquiétant dès les premières pages, ce récit se révèle aussi poétique, voire onirique, avec en toile de fond  un Japon médiéval, son code de l’honneur et ses combats sanglants. On n’est pas très loin non plus de l’imaginaire de Princesse Mononoké, la Nature cherchant à reprendre ses droits à travers les loups Izunas. Mais surtout, les dessins à l’encre de Chine associés au blanc de la neige et au rouge sang sont somptueux, aussi bien dans les scènes contemplatives que dans les combats, dans les songes et souvenirs que dans les décors réels. Brutale et déroutante, malgré une intrigue somme toute classique, cette saga en quatre volets est un régal pour les yeux.

 

TENUTA, Saverio. - La légende des nuées écarlates : Intégrale / trad. de l’italien. - Paris  : les Humanöides associés , 2011.- 192 p.  : ill. en coul., couv. ill. en coul.  ; 32 cm. – EAN13 9782731622997 : 12,90 €.