Categorie ‘Fictions

Momo de Jonathan Garnier & Rony Hotin

15.03
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

 

Momo, drôle de nom pour une fillette élevée par sa mamy, le père, marin, parti en haute mer durant des semaines. Sa grand-mère s’inquiète, trouve qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Alors Momo décide de se faire des amis au village, et fait la connaissance d’un trio de garçons de son âge, férus de mangas. Mais c’est plutôt avec Françoise qu’elle aime traîner, la jeune Parisienne, en roller, qui fume et qui a affublé du sobriquet « banane » le chef d’un groupe de gars de son âge…

Issu du métissage entre le manga et la BD franco-belge, le dessin de Rony Hotin semble tout droit sorti d’un film d’animation de Miyazaki, comme le souligne cette magnifique couverture tout en jeux d’ombres et de lumières. Il sert admirablement bien le scénario simple, d’inspiration autobiographique, de Jonathan Garnier, qui renoue avec les rivalités d’enfance, les amitiés naissantes et les amours tus. Une vraie madeleine de Proust.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

80 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203095373 : 16 €

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon (2001)

14.03
2017

1000e critique de lecture sur Carnets de SeL !

Sur ce blog né en septembre 2005, voici le millième livre dont je vais parler :

cop. Seuil

cop. Seuil

 

Le soir du chien de Marie-Hélène Lafon

Enfant illégitime d’une fille-mère, élevée par des grands-parents portant à jamais le deuil de leur fils mort à la guerre, Marlène s’installe avec Laurent dans sa maison familiale du Cantal, dans les années 1970. Belle rousse flamboyante, grande lectrice, se promenant seule sans aucun prétexte, elle attire tous les regards sur elle, jusqu’à celui du vétérinaire…

Premier roman de l’autrice française Marie-Hélène Lafon, professeure de lettres classiques, publié en 2001 aux éditions Buchet-Chastel, Le Soir du chien a reçu le prix Renaudot 2001 des lycéens.

Contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, Le Soir du chien n’est pas un roman choral, au sens de film choral, c’est-à-dire qu’il ne suit pas des histoires différentes de personnages qui s’entrecroisent. Non, il propose divers regards de narrateurs sur une tranche de vie d’un personnage fascinant, celui de Marlène. Si à un moment j’ai pu interrompre ma lecture, croyant que la trajectoire de Marlène lui serait funeste, j’ai bien vite réalisé qu’il ne s’agissait là que d’une désertion, d’un amour se substituant à un autre, qui parut tout à coup bien fragile et vulnérable. Mais voilà, c’est le Cantal, le lieu n’est pas anodin, ni l’époque, et ce qui peut nous paraitre ordinaire aujourd’hui tourne au drame dans le roman. D’ailleurs, ce n’est pas tant l’histoire, l’intimité, la solitude des personnages qui nous émeut ici, que son écriture à la fois poétique et tranchée. Un beau court roman dont Marlène la flamboyante fait l’effet d’une petite comète dans le monde rural, au passage fulgurant.

Demain je rencontre Marie-Hélène Lafon. Belle façon de souffler les bougies de cette millième lecture…

C.R.A.S.H. de Poipoi et Hervé Bourhis

01.03
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Tome 2 : Iceberg tropical

Édouard Kemicol, fils d’un riche industriel, s’est créé un clone pour rester auprès de son père, tandis qu’il gère tant bien que mal le C.R.A.S.H., le Collège Réservé Aux Super-Héros, qu’il a fondé. Mais voilà que son père découvre la supercherie et s’empare de toutes ses inventions pour les utiliser pour son propre compte, en grand mégalo qu’il est…

Pas de doute, ces deux-là, Poipoi et Hervé Bourhis, font bien de l’animation : tant le graphisme que le scénario de super-héros destroy et le rythme effréné de cette bande dessinée donnent l’impression d’être plongé dans l’un de ces dessins animés pleins d’humour que l’on propose à la télévision depuis quelques années. Sûrement distrayant pour les jeunes lecteurs, mais l’intérêt me semble limité, et c’est le genre de BD que je n’achèterai pas pour mes filles. Cela doit être la vieille schnock qui parle. ;-)

POIPOI ; BOURHIS, Hervé

Mise en couleur : Élise Dupeyrat, Isabelle Merlet, Poipoi

C.R.A.S.H., 2. Iceberg tropical

Casterman (2017)

46 p. : ill. en coul. ; 32 cm

EAN13 9782203098534 : 10,95 €

Hilda et la forêt de pierres de Luke Pearson (2017)

16.01
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Dans la ville de Trollbourg, Hilda passe son temps à mentir à sa mère pour ne pas l’inquiéter, alors qu’elle enfreint toujours les interdits. Mais cette fois-ci, elle va entraîner sa mère malgré elle dans ses aventures et se retrouver dans un repaire de trolls….

Ce cinquième tome des aventures de Hilda, à l’imaginaire toujours aussi foisonnant et au superbe graphisme, invite à une suite qu’on a bien hâte de lire ! Une série à offrir aux enfants à partir de 8 ans.

A lire du même auteur dans la série : Hilda et la parade des oiseauxHilda et le trollHilda et le géant de minuit et Hilda et le chien noir.

PEARSON, Luke. - Hilda et la forêt de pierres / trad. par Basile Béguerie. – Casterman, 2017. – n.p. : ill. en coul. ; 31 cm. – EAN13 978-2-203-09756-8 : 16 €.

 

Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux

15.01
2017

 

cop. raconterlavie.fr

cop. raconterlavie.f

Raconter la vie, les vies qui se croisent dans un hypermarché, tel est le défi que s’est fixé pendant un an Annie Ernaux qui, quand elle n’écrit pas, prend plaisir à se mêler aux autres en se rendant à l’hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines à Cergy. Car elle part du principe que loin d’être un sujet trivial, ce lieu consiste en  un kaléidoscope des différentes classes sociales, exceptées les plus aisées, et de tous les âges.

Un petit livre bien à part du reste de l’oeuvre d’Annie Ernaux, tant son écriture y est du coup terriblement factuelle, sans fard, comme les néons qui plongent les clients dans un jour éternel et constant. Le concept ne manque pas d’intérêt mais il ne nous apprend rien ici que l’on ne sache déjà si ce n’est que contrairement à d’autres écrivains peut-être, elle n’a pas honte de concéder aimer aller dans les hypermarchés, et même passer aux caisses automatiques tout en sachant que les caissières creusent la tombe de leur métier en incitant les clients à y passer. Et, après l’ère de la caissière qui n’allait pas assez vite ou faisait des erreurs, à devenir à leur tour de potentiels fautifs, lents ou voleurs, que les clients suivants, la machine ou le magasin peut réprimander. Ou comment les hypermarchés retournent la situation tout en faisant des économies sur le dos des clients. Pire est encore la tentative avortée de vouloir armer chaque client d’une douchette pour scanner leurs achats au fur et à mesure. Une curieuse lecture, qui confirme mon désir de fuir ce lieu de perdition !:;)

Petit pays de Gaël Faye

09.01
2017
cop. Grasset

cop. Grasset

Prix Goncourt des Lycéens 2016

Âgé d’une dizaine d’années, Gabriel, dit Gaby, est avec sa soeur Ana un enfant métis, nés d’un père Français, et d’une réfugiée rwandaise. En ce début des années 1990, il grandit dans l’impasse paisible d’un quartier résidentiel de Bujumbura, au Burundi, s’occupant à voler les mangues des jardins voisins avec sa bande de copains issus aussi de familles aisées. Un jour, alors qu’ils sont en visite chez Jacques, le meilleur ami de son père, un Belge qui parle et se comporte comme un colon raciste, ses parents se disputent violemment : à sa mère qui souhaite voir toute sa famille partir en France, son père répond qu’ »Ici, nous sommes des privilégiés. Là-bas, nous ne serons personne« . Lui ne voit que son confort matériel immédiat. Elle au contraire, qui a déjà dû fuir le Rwanda, est consciente d’une menace : « Quand tu vois la douceur des collines, je sais la misère de ceux qui les peuplent. Quand tu t’émerveilles de la beauté des lacs, je respire déjà le méthane qui dort sous les eaux« . Le père de Gaby a alors une parole malheureuse et raciste envers sa mère qui précipite leur séparation : sa mère quitte le domicile, et ses enfants. Plus rien dès lors ne sera jamais comme avant pour Gaby. Et, en effet, le lendemain de l’ivresse des élections présidentielles, un coup d’état de l’armée Tutsi renverse le nouveau président Hutu, élu pour la première fois démocratiquement. Aussitôt, la peur et la violence gagnent du chemin, les haines s’attisent, d’autant plus qu’au Rwanda, les massacres ont commencé…

Comme il y a un « avant » et un « après » la séparation de ses parents puis le massacre d’une partie de sa famille maternelle au Rwanda, il y a un « avant » et un « après » au Burundi, ce « petit pays » qui plonge aussi dans la guerre civile après l’assassinat de son président légitime 24h après son élection. Petite histoire dans la grande Histoire, ce récit autobiographique nous fait humer les saveurs de l’Afrique, la vraie, avant de nous plonger dans la bêtise humaine poussée à son paroxysme, jusqu’à la haine, jusqu’au génocide d’êtres humains vivant dans le même pays et ayant la même religion. Au courant, l’Occident détourne pudiquement les yeux, tandis que des gens sont brûlés vifs dans des voitures, des enfants éliminés comme des cafards dans les maisons. De tout ceci, Gaby aimerait se ternir à l’écart : ce n’est pas sa guerre, il ne la comprend pas, il ne veut pas y participer. Et pourtant, jusque dans son impasse où il se croyait à l’abri, elle va le rattraper.

C’est en partant de cette idée que Gaël Faye a voulu écrire ce premier roman, à la suite des attentats en France, évoquant par là notre naïveté de croire que la violence du monde autour ne parvient pas jusqu’à l’impasse, jusqu’à chez soi.

Un roman puissant.

Les spectateurs de Victor Hussenot

04.01
2017
cop. Gallimard Bande dessinée

cop. Gallimard Bande dessinée

 

« En ville, chacun observe autour de soi, avec sa sensibilité.

De la faille entre le sommeil et l’éveil jaillit une lumière.

Le regard de l’esprit se libère…

L’invisible se révèle. » (Prologue)

Victor Hussenot nous offre ici quinze promenades différentes dont les marcheurs semblent être une seule et même personne qui change d’apparence. Ces spectateurs urbains nous entraînent alors dans un voyage onirique et poétique…

Quel OVNI graphique et narratif que cette bande dessinée, que les amateurs de BD boudent quelque peu : en effet, cette histoire, qui n’en est pas vraiment une, semble prôner une promenade urbaine introspective. Les apparences importent peu : le monde est comme une vaste pièce de théâtre dont nous ne sommes que les ombres. Cette idée d’apparences et de rêveries de promeneurs solitaires fait se rapprocher Victor Hussenot davantage de préoccupations poétiques et philosophiques, que d’une volonté de raconter une histoire. Ses aquarelles s’étalent comme autant de visions différentes de la ville. Cet album semble être un aboutissement de ses recherches et travaux précédents, qu’il nous livre sur son site : http://victorhussenot.com

Un auteur inclassable à suivre !