Categorie ‘Fictions

Le loup qui voulait changer de couleur d’Orianne Lallemand et Eléonore Thuillier

12.12
2017
cop. Auzou

cop. Auzou

 

« Il était une fois un gros loup noir qui n’aimait pas sa couleur.

Il trouvait le noir trop triste.

Lundi, le loup essaya le vert.

Il plongea sa patte dans un pot de peinture verte et s’en barbouilla le corps.

Quand il fut bien sec, il se regarda dans son miroir et s’exclama :

« Quelle horreur ! On dirait une grosse grenouille. Cela ne va pas du tout !« 

(incipit)

Cet album jeunesse peut être lu à partir de 24 mois, mais attention à ce que le loup n’y laisse pas quelques plumes – roses – le mercredi ! Chaque double page permet à l’enfant de toucher des textures différentes ou de se regarder, de se repérer dans la semaine ou dans les couleurs. L’histoire permet à l’enfant de comprendre qu’il est inutile de vouloir être ce qu’on n’est pas, et qu’il vaut mieux s’aimer tel qu’on est.

C’était déjà le livre préféré de mon aînée, Romane, avant d’entrer à l’école maternelle, et il a l’air d’être bien apprécié des maitresses aussi ;-)

Qui m’a fait ce bisou ? de Kimiko

11.12
2017
cop. L'école des loisirs

cop. L’école des loisirs

Oh ! Quelqu’un a fait un bisou au petit chien pendant son sommeil. Le voilà parti enquêter : il interroge Kiki la grenouille, Gaston le caneton, Elia la souris, Romain le cochon, Emile le putois,….

Une belle occasion de faire des baisers à son enfant, des chatouilles, de gros câlins,… au fur et à mesure qu’il découvre les divers animaux soupçonnés d’avoir fait un bisou au petit chien.

L’un des livres préférés de ma cadette, qui anticipe le plaisir des guilis guilis et des bisoutis, entre 15 et 24 mois.

La dernière fois où j’ai eu un corps de Christophe Fourvel

03.11
2017
cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

cop. Natalie Lamotte / les éditions du chemin de fer

« La dernière fois où j’ai eu un corps, c’était à Elbasan, sous le pont où l’oncle Sazan m’avait emmenée pêcher des écrevisses. » (incipit)

 La dernière fois où j’ai eu un corps est le récit d’une jeune Albanaise, d’abord violée par son oncle puis droguée et donnée à ses amis par son petit ami Marco, qui la vendra juste après, lui faisant passer les frontières en camion jusqu’aux trottoirs français. Jamais elle n’entre dans le détail scabreux, tout au plus elle mentionne cette fameuse nuit, dans cette chambre rouge garance, où elle a perdu le compte à partir du vingtième homme et où il semblerait que 79 lui soient passés sur le corps…

Ce monologue est terrible, terrible : « On n’apprend pas à empiler autant de mauvaises choses », dit-elle. Pour elle, c’est comme si elle était morte, son sexe le premier d’ailleurs. Seuls ses pieds aux ongles vernis, protégés par des cuissardes qu’elle ne quitte pas, survivent, dernier bastion de son intimité. Les bites, dans sa langue à elle, pas sa langue maternelle, sa « langue pourrie », sont des « charlatans », et le sourire de Saïda, c’est celui qu’elle offre systématiquement au client à la fin de son affaire. Christophe Fourvel nous livre là une poésie d’une noirceur sans fond, sans une étincelle d’espoir.

Balthazar au pays blême de Corteggiani & Domecq

18.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Dans un orphelinat de Saint-Pétersbourg, au début du siècle dernier, Balthazar se réveille d’un cauchemar, certain qu’on va venir le chercher. Guidé par une voix, il décide de s’enfuir. Au même moment, des soldats viennent le chercher et son meilleur ami se fait passer pour lui. Balthazar trouve alors refuge dans la roulotte de Maroussia…

Le dessin est rond, entre le manga et l’album pour enfants, le découpage bien rythmé, les atmosphères de couleurs bleues, vertes et rouges alternées ; le scénario mêle les personnages emblématiques du folklore russe au conte merveilleux, laissant malgré tout de nombreuses zones d’ombre nuisant à la vraisemblance de l’ensemble.

CORTEGGIANI, François, DOMECQ, Mathilde

Balthazar au pays blême

Casterman, 2017

120 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094390 : 18 €

Metro châtelet direction Cassiopée & suite de Mezieres & Christin

11.10
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

La sortie au cinéma du film de Luc Besson, Valérian et la Cité des mille planètes, m’a donné envie de lire cette aventure de Valérian agent spatio-temporel, écrite par Pierre Christin et dessinée par Jean-Claude Mézières, composée de Métro Châtelet direction Cassiopée et de Brooklyn station terminus cosmos.

Valérian se retrouve dans le Paris des années 80, à picoler en attendant son contact, Monsieur Albert, un bon vivant flegmatique, ou à se laisser tenter par les avances d’une Américaine à la solde d’une multinationale. Pendant ce temps, Laureline affronte les pires dangers sur Zomuk et ailleurs…

Cette série pourrait sembler à première vue un peu has been pour les lecteurs adolescents d’aujourd’hui, mais c’est surtout le dessin qui pêche : le scénario n’a rien perdu de son intérêt, avec un Valérian presque agaçant, qui subit plus qu’il n’affronte les éléments et une Laureline perspicace et combattive. Une lecture divertissante, sans être haletante.

 

cop. Dargaud

cop. Dargaud

Souterrains de Romain Baudy

04.10
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Lucien n’est pas comme son beau-frère Henri un révolté : il ne perd pas ton temps à faire la révolution au café mais à bêcher son jardin, et, pour obtenir une prime, il n’hésite pas à se porter volontaire pour tester la nouvelle machine achetée par l’exploitation minière. Mais, arrivée en bas, l’équipe de volontaires découvre qu’il s’agit en fait de machine d’un robot bien plus efficace que n’importe quel mineur. Lucien se sert alors de la dynamite que lui a donné Henri pour faire sauter le robot. Mais ce dernier choisit de leur sauver la vie et la sienne : le souterrain s’étant effondré, ils partent à l’aventure et découvre un monde souterrain où des nains font travailler d’étranges créatures…

J’avais déjà salué le premier opus de Romain Baudy, Pacifique. qui surfait déjà sur la vague du fantastique. Pour son second ouvrage, Romain Baudy choisit de tout faire, et le scénario et le dessin, en imaginant une histoire fantastique surprenante, en ce sens que le lecteur pense entamer une critique sociale sur le monde du travail et plus particulièrement dans le milieu des mineurs, puis soupçonne un brin d’anticipation avec l’arrivée du robot et finit par glisser dans un univers proche de l’héroïc fantasy. Voilà qui est périlleux mais audacieux ! Nonobstant une ou deux faiblesses du scénario, c’est plutôt réussi, et c’est même exactement le genre de récit que j’aime à lire et à écrire.

 

BAUDY, Romain

Souterrains

Casterman, 2017

134 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203094482 : 20 €

Martin Eden de Jack London (EU, 1909)

01.10
2017
cop. Libretto

cop. Libretto

 

Voici un roman longtemps resté sur ma PAL, dont Didier Daeninckx a pu dire qu’il avait changé sa vie, et fait devenir écrivain.

« Si je suis devenu écrivain, c’est que j’étais lecteur, enfant. Lecteur de romans. C’est avant tout Martin Eden, de Jack London. Pour une part, c’est grâce à ce bouquin, à cet écrivain, que j’écris. » (Daeninckx par Daeninckx de Thierry Maricourt, p. 56)

Eh bien… il y a de quoi, en effet. L’histoire d’abord :

La vie du simple marin Martin Eden bascule le jour où il est introduit un soir dans une famille bourgeoise, pour avoir sauvé le fils, Arthur, d’une rixe. Il tombe amoureux de la jeune femme, Ruth, bientôt licenciée en lettres, qui lui apparait comme éthérée, et jure de s’élever de son milieu en améliorant son éducation et en corrigeant sa mise. Intelligent et déjà lecteur, il décide alors de se cultiver de manière autodidacte, aimablement épaulé par Ruth, pleine de sollicitude, mais aussi de préjugés, qui souhaiterait le voir embrasser une carrière au lieu de prétendre vouloir vivre de sa plume…

La quête initiatique du héros, guidé par l’amour, son talent d’écrivain et son esprit critique aiguisé, c’est un peu le conte de fées que j’aurais aimé, comme tant d’autres, pouvoir vivre. Pas étonnant, du reste, qu’il se soit réalisé pour Didier Daeninckx. Ajoutez à cela cette impression de poète incompris, d’albatros individualiste échoué entre un milieu populaire se noyant sous le travail et dans l’alcool, et une société bourgeoise s’inclinant devant le veau d’or, et vous aurez l’un des romans les plus réussis sur la vocation littéraire.