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« Le Canard enchaîné » : 50 ans de dessins * (2009)

12.11
2010
« Que dit « le volatile » cette semaine ? »
est peut-être la réplique la plus connue évoquant le Canard enchaîné.
Mais il ne dit pas tout.
Il met en scène aussi.
Il montre, il dénonce, il se moque, il croque, en un raccourci comique, un personnage qui fait l’actualité politique. Pour en sourire, il faut déjà bien connaître, souvent, les éléments suggérés ou désignés sous la forme de symboles.

Voici réunis dans cet énorme livre rouge vif quelques 2 200 dessins de presse sur les 75 000 qui ont illustré les 2 600 exemplaires du Canard publiés entre 1958 et 2008.
Cette sélection est présentée par ordre chronologique, par mandat présidentiel durant la Ve République, et jalonnée par les biographiques des différents dessinateurs qui ont collaboré à l’hebdomadaire satirique.

Les positions du Canard y sont claires et sans ambiguïté : un dessin ne ment pas, il ne tergiverse pas non plus. Ainsi tous les dessins fustigent Charles de Gaulle, en particulier son pouvoir personnel et son autoritarisme, comme Bonaparte devenu empereur par un coup d’état puis légitimé par un vote aux urnes. Sont décriées aussi ses périphrases hypocrites d’ »opérations de pacification » ou d’ »événements d’Algérie ». Faut-il le regretter ? Ils ne sont pas tendres non plus avec les féministes, ni avec Arlette – « J’ai essayé le Gaullisme ringard, j’ai essayé la gauche caviar… je vais essayer la dictature du prolétariat ! » – ni avec la présence de Coluche aux présidentielles de 1981.

Mes dessins préférés ? Celui qui met en scène la visite de Charles de Gaulle et sa Cour à Moscou en 1966, pour signer des accords bilatéraux, et celui qui montre l’état de la Sorbonne en mai 1968, tous deux par Roland Moisan (1907-1987), lequel gratifia également les bureaux  du Canard de superbes fresques murales.
Moisan, toujours lui, avait fait preuve en 1970 de prémonition avec son dessin « Hair-Inter », conçu après le détournement d’avions américains par des terroristes : il y campe des voyageurs se présentant complètement nus à l’embarquement dans un aéroport.

Mes dessinateurs préférés ? Moisan donc, pour ses fresques très travaillées, Guiraud pour son trait extrêmement précis, Lap pour sa simplicité, Pétillon bien sûr, Escaro, les histoires de Cardon, et l’efficacité de Cabu enfin, qui frappe les esprits et semble si proche des gens.
652 pages, c’est beaucoup, voici un beau gros livre qu’on aura davantage plaisir à feuilleter plutôt qu’à consulter d’une traite.

« Le Canard enchaîné » [Texte imprimé] : 50 ans de dessins : la Ve République en 2000 dessins, 1958-2008 / direction de l’ouvrage, Jacques Lamalle ; textes, Laurent Martin, Patrice Lestrohan ; avec la collaboration de la rédaction du « Canard enchaîné », notamment Nicolas Brimo, Erik Emptaz, Alain Guédé… [et al.] ; biographies des dessinateurs, Frédéric Pagès ; préface, Michel Gaillard. - Paris : les Arènes, impr. 2009. - 652 p. : ill., couv. ill. ; 29 cm. - Index. – ISBN 978-2-35204-098-9 (br.) : 35 €.
Indice Dewey : 320.020 7
Emprunté au C.D.I..

Le vrai Canard * par Karl Laske et Laurent Valdiguié (2008)

08.09
2010

Les journalistes Karl Laske (Libération) et Laurent Valdiguié (Journal du dimanche) livrent en novembre les dessous de l’hebdomadaire satirique français le plus connu en France, et inégalé dans le monde, le fameux Canard enchaîné. Ils reprochent entre autres au Canard d’avoir choisi de publier l’affaire Papon entre les deux tours d’élections présidentielles, dont Mitterrand sortira du coup vainqueur. Selon eux, et contrairement à ce qui a pu être dit dans l’histoire officielle de Laurent Martin, le Canard aurait préféré se taire durant les mandats de Mitterrand, afin de ne pas lui nuire. D’ailleurs, l’épouse de Nicolas Brimo n’était-elle pas l’attachée de presse du président ? Nicolas Brimo et Claude Angeli en prennent pour leur grade ici. Suivent des accusations plus graves, avec la découverte de liens entre Mitterrand et Bousquet, passés sous silence au Canard, eux aussi. Et aujourd’hui, Carla Bruni ne lit-elle pas tous les mardis soirs à son époux les informations qui paraissent dans le Journal de Carla B., en Une de l’hebdomadaire, soufflées par Pierre Charon, conseiller à l’Elysée ? Brice Hortefeux n’est-il pas un informateur régulier de la Mare aux Canards ?

Les deux journalistes regrettent en somme  que Le Canard ne soit plus le même depuis les années 70. Selon eux, le Canard battrait de l’aile du mauvais côté en perdant quelque peu de son éthique, de son indépendance, de son mordant et de son impartialité. Il ne serait plus alors un modèle de contre-propagande.

En jouant d’un effet d’annonce, l’ouvrage des deux acolytes s’ouvre sur l’actualité, les coulisses du Canard avec l’Élysée, les relations cordiales que d’aucuns entretiendraient avec Carla Bruni et Brice Hortefeux, et sur le banquet annuel des plus sélects où le tout-Paris espère figurer dans le cahier des invités. Dans les chapitres suivants, rien n’égratigne vraiment le célèbre journal satirique : plus frileux pendant les mandats de Mitterrand, parfois soupçonné d’exploiter les sources des confrères, vérifiées ou non, commettant du coup quelques erreurs, accusé d’être en trop bonne santé financière (et alors ?), devenu nombriliste, parano aussi, avec la découverte des micros cachés, d’être depuis toujours un brin misogyne, avec ses trop rares  plumes féminines, et enfin un peu trop consensuel dans ses chroniques culturelles, qui sont bien loin d’être originales,… Rien de vraiment scandaleux, tous comptes faits, au point de ne plus lire notre cher volatile unique en son genre. Coin ! Coin !

A lire aussi Laurent Martin, Le Canard enchaîné : histoire d’un journal satirique (1915-2005), Nouveau Monde éditions, 2005.

Seuil, 2008. – 507 p.. – (Points ; P2339). – ISBN 978-2-7578-1673-8 : 8 €.
Acheté 4 € à la librairie La Manufacture à Montolieu.