Categorie ‘Société

Montessori à la maison : 0-3 ans de Nathalie Petit

12.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

La pédagogie Montessori est devenue tellement à la mode, plus d’un siècle après sa première école dans un quartier défavorisé à Rome, qu’elle est brandie comme un étendard dans de nombreuses écoles privées, s’invite dans les classes d’écoles publiques, popularisée par Céline Alvarez, et se décline à présent en d’innombrables jeux et manuels à la vente. Mais en quoi consiste donc cette méthode, en particulier pour les très jeunes enfants ?

  »La pédagogie Montessori est fondée sur le respect (des) rythmes naturels et des besoins de l’enfant. Elle repose sur trois piliers : la liberté de choisir, la possibilité pour l’enfant d’être autonome afin d’agir par lui-même, l’apprentissage par l’expérience. » (p. 10)

« Entre 0 et 3 ans, laisser à un enfant le choix entre deux choses et lui confier des tâches simples participe à la construction de son individualité. Dès lors, la phase d’opposition systématique autour des 2 ans, connue sous le nom de « terrible two », s’en trouve fortement atténuée. De plus, en étant libre de ses mouvements, en interagissant de ses mains avec le monde réel, l’enfant apprend à se concentrer et gagne en confiance. » (p. 11)

Ainsi, l’enfant, entre 0 et 3 ans, adore faire ce que nous faisons : la cuisine, le ménage, le jardin. Il s’agit alors de le laisser participer ces activités quotidiennes, et d’avoir avec lui une attitude bienveillante, empathique, sans jugement, au lieu de tendre vers des propos blessants, humiliants, proférer des menaces de punitions ou promettre des récompenses.

Il s’agit alors de lui proposer, en particulier dans sa chambre, un environnement sécurisé et à son échelle : cela signifie entre autres d’oublier le lit à barreaux, et de lui proposer un matelas au sol jouxtant un tapis moëlleux, un grand miroir horizontal pour aider à l’identification de soi, avec une grande rampe de danse à 45 cm au-dessus du sol (une tringle à rideaux en bois fait l’affaire) fixée au mur devant, pour l’aider dans ses premiers pas, trois jouets d’éveil à faire tourner tous les deux jours avec d’autres, des cadres représentant des visages, des animaux ou la nature à sa hauteur, etc.

Nul besoin de se ruiner en jouets : rien de tel pour l’éveiller que de classer les casseroles par ordre de grandeur pour qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres, à l’instar de poupées russes ou de cubes de toutes les tailles. Ou de fabriquer vous-mêmes son imagier à partir d’objets, d’animaux, de végétaux nommés ensemble. Ou encore son « panier à trésors » d’où il peut sortir des objets du quotidien pouvant être manipulés. Ou un bac sensoriel. Ou de fabriquer avec lui du slime.

Un petit ouvrage clair et facile à suivre, pour les activités d’éveil en tout cas, car pour le reste, les relations entre parents et enfants, on a beau savoir ce qu’il faudrait faire, ce n’est pas toujours facile à appliquer !

Idées reçues sur l’égalité entre les femmes et les hommes de Thierry Benoit

19.12
2016
cop. Le Cavalier bleu

cop. Le Cavalier bleu

 J’entends d’ici certains s’exclamer : « Ah, elle nous barbe avec son féminisme. Les femmes ont tous les droits, maintenant, faut arrêter d’en parler, les hommes n’arrivent même plus à se positionner. » Oui, mais non, l’égalité n’est pas gagnée, loin de là, ses prémisses pourraient même être menacées, ne serait-ce qu’en constatant à quel point la « théorie du genre » compte d’opposants qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, ou que des radicaux, qui souhaitent restreindre la liberté de choix des autres, menacent le droit à l’avortement.

Eh bien ce petit ouvrage passe en revue 43 idées reçues sur les femmes dans la sphère privée, dans leur vie professionnelle et dans la vie publique, que voici :

Vie privée
– « Le genre est une théorie qui ne fait pas la différence entre les femmes et les hommes. »
– « A la préhistoire, les hommes étaient des chasseurs et les femmes cueillaient. »
– « Les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. »
– « Les femmes et les hommes n’ont pas le même cerveau. »
– « Les hommes ont des besoins sexuels plus importants que les femmes. »
– « Sans les hommes, il n’y a pas d’enfants ! »
– « Le prochain, ce sera un garçon ! »
– « Avec la maternité, les femmes développent un instinct maternel. »
– « C’est quand même bien les femmes qui éduquent les enfants. »
– « Le rose, c’est pour les filles… et le bleu, pour les garçons. »
– « Les garçons préfèrent jouer avec des camions et des ballons. »
– « 80 % des gardes d’enfants sont confiées aux mères. »
– « Il y a de plus en plus d’hommes qui participent aux travaux domestiques. »
– « Il y a aussi des hommes battus. »
– « Si elles sont battues… elles n’ont qu’à partir. »

Vie professionnelle
– « Maintenant, elles font des études supérieures comme les hommes ! »
– « Tous les métiers ne sont pas mixtes. »
– « Les femmes ont des compétences naturelles. »
– « Si elles font des métiers d’hommes, elles vont perdre leur féminité. »
– « Elles peuvent déstabiliser s’il n’y a que des hommes dans une équipe. »
– « Les femmes sont souvent absentes. »
– « Entre la crise et les obligations légales, l’égalité ce n’est pas la priorité. »
– « Les femmes demandent moins qu’un homme en termes de salaire et d’avantages. »
– « Si elles n’occupent pas certaines responsabilités, c’est qu’elles le veulent bien. »
– « Ce n’est pas le sexe qui compte, ce sont les compétences. Ce serait dévalorisant pour les femmes que de les promouvoir parce qu’elles sont femmes. »
– « Les hommes ont plus d’autorité que les femmes. »
– « Elles sont encore plus terribles entre elles que les hommes. »
– « La promotion canapé ça n’existe plus. »

Vie publique
– « Tous les hommes sont des machos. »
– « Seuls les hommes ont des idées reçues envers les femmes. »
– « Il n’y en a plus que pour les femmes. On parle d’inégalités mais ce sont elles qui ont le vrai pouvoir. »
– « Elles rendent les hommes fragiles. Il faudrait arrêter de culpabiliser les hommes. »
– « Elles veulent tout et son contraire. »
– « Il y a déjà égalité entre les femmes et les hommes. »
– « Le féminisme, c’est un combat d’arrière-garde. »
– « Féminiser à tout prix le langage est ridicule. »
– « Vous avez vu ce que ça donne lorsqu’elles sont au pouvoir. »
– « Elles manquent souvent d’humour. »
– « Si elle s’habille sexy, c’est bien pour plaire, non ? »
– « C’est quand même aux hommes de faire des avances ! Alors, il ne faut plus être galant ? Il faut savoir ce que l’on veut. »
– « Il y a des sports de garçons et des sports de filles. »
– « Les femmes ne savent pas conduire. »
– « Le peu de femmes artistes peintres ou sculptrices connues montre bien que les hommes sont plus créatifs. »

A ces clichés sexistes l’auteur oppose des réponses synthétiques faites en une à trois pages. Si je connaissais certaines réponses et pourrais même en faire d’autres, j’en ignorais quelques-unes, comme celle de la soit-disante répartition des tâches à la préhistoire.

Un petit ouvrage à posséder dans les CDI de collège et de lycée, pour empêcher, par l’éducation, la pérennisation des préjugés sexistes.

La mythologie en BD : les Métamorphoses d’Ovide

07.09
2016
cop. Casterman

cop. Casterman

En deux à six planches, Béatrice Bottet nous propose là une sélection de mythes connus comme celui de Persée ou d’Orphée et Eurydice, et moins connus comme celui de Pygmalion.

Au premier regard, le dessin ne m’attirait pas, mais finalement, l’album se lit très bien, tant le récit des innombrables aventures des Dieux et des humains est captivant. Qui plus est, les Métamorphoses d’Ovide sont au programme de 6e.

Bottet, Béatrice, Pinet, Ariane

Les Métamorphoses d’Ovide

Casterman (La mythologie en BD ; 7)

EAN 13 9782203109681 : 13,95 €

Le cordon de soie de Frédérique Deghelt

30.07
2016
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

« Ta naissance accélère le Temps. Nos neuf mois gigognes ont disparu pour te laisser là. Chaque jour qui passe voit ton visage changer. Et cette course enclenchée donne à ma contemplation des allures d’urgence. » (p. 19)

« Bruit et fureur, ta bouche immense éclipse ton visage, tout entier dans la colère. Rouge, raideur des membres, yeux fermés sans larme, tu n’es qu’un cri jeté au ciel pour m’impressionner. J’en oublie la raison, fascinée par le spectacle offert de ton corps déchaîné dans une souffrance insoutenable. Quand je songe à me défaire, tu es plus défait que moi, râles et trembles. Ta bouche enfin me trouve, tu t’étrangles. Un dieu semble d’un geste bannir l’ouragan. Dans ta succion encore, l’exaspération d’une attente, puis le contentement te gagnent. Ta gueule de vieux furieux fait place au visage d’un ange, lisse, calme. » (p. 24)

Un beau présent que cet écrin d’images poétiques, virevoltant entre les impressions d’une mère découvrant son enfant le long des premières semaines, et les photographies en noir et blanc et couleurs de Sylvie Singer Kergall. Trois mois déjà…

Offert par Manou

 

 

 

 

Voyage en tête de gondole de Timothée Ostermann

20.04
2016
cop. Fluide glacial

cop. Fluide glacial

 

A seulement 24 ans, Timothée Ostermann publie déjà chez Fluide Glacial son premier roman graphique, Voyage en tête de gondole, une plongée dans les coulisses d’un hypermarché E. Leclerc où, étudiant, il a travaillé quatre étés. D’abord chargé de compacter les cartons, il finit par faire des remplacements dans différents secteurs du magasin, découvrant les soucis de ses collègues, leurs rêves déçus d’exercer un « vrai » métier, ou leur sens de la débrouille, les astuces de marketing et les lubies de certains clients.

Un bon miroir de cette entreprise perçue de l’intérieur, où l’on est aussi payé pour jeter les invendus, même du champagne, et où les bénéfices arrivent peu jusqu’en bas de l’échelle…

LAP ! Un roman d’apprentissage d’Aurélia Aurita

29.12
2015
cop. Les Impressions Nouvelles

cop. Les Impressions Nouvelles

Hantée par l’examen du baccalauréat, Aurélia Aurita, auteur BD chez  Fluide glacial, décide de s’immerger un an dans un lycée très singulier, sans proviseur, sans  administration,  sans intendance,  sans CPE ni surveillants, le LAP, Lycée Autogéré de Paris… par les professeurs et les élèves. Car ici deux principes animent l’établissement : l’autogestion et la  libre fréquentation. Pour valider son année, il faut juste au minimum 12 à 15 U.V. dont au moins une dans chaque domaine : U.V. de cours, semaines de stage, U.V. de gestion, projets et ateliers.

Notre jeune dessinatrice s’attache vite aux différentes individualités qui fréquentent le bahut, lapiens et lapiennes, certains en révolte au fond du jardin, ce qui rend son reportage profondément humain. Cette pédagogie alternative proche de l’anarchisme, intéressante, mais qui me laisse dubitative, ne colle pas tout à fait à mes attentes d’une autre façon d’enseigner.

Les impressions nouvelles (coll. For intérieur), janvier 2014.
144 p.
ISBN 978-2-87449-185-6 : 15 euros.

Olympe de Gouges de Catel & Bocquet

28.12
2015
cop. Casterman écritures

cop. Casterman écritures

 

Fruit de l’amour défendu entre « un noble et une roturière », Marie Gouzes aime lire et écrire, et, libérée des liens d’un mariage de raison par un veuvage précoce, elle décide d’élever seule son fils et de se faire appeler Olympe de Gouges. Côtoyant quelques grands noms de la littérature et de la révolution, grande amie de Louis-Sébastien Mercier, amante de Jacques Biétric de Rozières, Olympe de Gouges commence par défendre les droits des noirs, notamment à travers une pièce de théâtre, avant de rédiger la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, en 1791. Ses attaques virulentes par voie d’affichage du nouveau régime de la Terreur l’amènent droit à la guillotine.

Connaissant la biographie d’Olympe de Gouges dans ses grandes lignes, j’étais curieuse de voir de quelle manière elle serait traitée… De façon linéaire, chronologique, très (trop) détaillée sûrement (plus de 400 pages) avec chronologie et galerie de portraits célèbres en fin d’ouvrage. Un travail très sérieux donc, mais un récit qui aurait pu gagner en densité et en intensité en se concentrant sur les étapes majeures de son parcours de citoyenne soucieuse des droits de chacun.