Categorie ‘Documentaires

Turbulences de Virot & Lambert

19.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Marion, 32 ans, chercheuse, phobique de l’avion, appréhende de devoir embarquer le lendemain matin. Sylvie, hôtesse de l’air divorcée, qui a la garde de ses enfants, éteint son réveil à 4h15, tout comme Martin, pilote. C’est Sylvie qui briefe l’équipage, 1h45 avant le départ…

D’après son enquête, la sociologue Anne Lambert a imaginé ce scénario mis en dessin par Baptiste Virot. Elle présente à l’aide de petites fiches signalétiques chacun des personnages principaux, qui ont chacun un rôle durant le voyage. Dans ce milieu, elle insiste tant sur les différents comportements à risque d’usagers que sur le sexisme chez les pilotes (1 femme sur 9) et leur toute-puissance vis-à-vis du personnel navigant (2/3 de femmes).

Certes, il est bien difficile de concilier voyages long-courrier et vie familiale, et il est interdit de se plaindre de ses faiblesses physiques, mais la compensation financière pour leurs responsabilités et la sécurité des passagers reste on ne peut plus raisonnable par rapport à d’autres métiers ayant les mêmes contraintes horaires !

Encaisser ! d’Anne Simon

12.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

D’après l’ouvrage de la sociologue Marlène Cenquet, Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2013), Anne Simon a imaginé une mère célibataire embauchée comme hôtesse de caisse dans une zone commerciale, qui commence à lire un fascicule sur l’histoire du groupe Batax, dont fait partie le supermarché. Le PDG s’y représente comme celui qui a permis de faire se côtoyer toutes les denrées en libre-service, sans avoir à courir à droite et à gauche. La cheffe de caisse insiste sur sa présentation convenable, sa formatrice sur le planning qui change chaque semaine, avec des coupures dans la journée de plusieurs heures, la déléguée syndicale Fo ménage les patrons et la CGTiste organise une grève…

Comme toujours dans cette collection, on sort de la lecture de cette BD moins bête qu’avant : vous ne passerez plus en caisse sans savoir ce qu’encaisse votre hôtesse au quotidien !

Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders

12.06
2017
cop. Actes sud

cop. Actes sud

Je me souviens très bien de ce que m’avait dit le médecin de famille quand j’étais toute jeune : « Vous avez un intestin de grand-mère de 80 ans », ni mes problèmes intestinaux à l’âge de 13 ans qui m’avaient valu quelques visites à l’hôpital. Et, depuis, j’ai ce qu’on appelle le syndrôme du côlon irritable, avec des ballonnements me faisant ressembler à une femme enceinte de 6 mois ! Du coup, forcément, un best-seller qui s’intitule Le charme discret de l’intestin et qui prétend tout nous apprendre de cet organe méconnu ne pouvait que m’intéresser.

Alors, effectivement, on découvre carrément un organe vital qui conditionne nos humeurs et notre longévité, un organe qui abrite un tas de bactéries bonnes ou mauvaises pour notre santé, selon nos habitudes alimentaires. On comprend un peu mieux pourquoi on peut nous retirer les amygdales ou l’appendice. On revoit sa manière de s’assoir pour faire caca, et autres joyeusetés scatologiques. On sait maintenant que les gargouillis après manger, c’est notre fée du logis qui nettoie l’intestin grêle, propre comme un sou neuf. Et surtout, surtout, on révise ses habitudes alimentaires : moins de fructose, moins de produits laitiers, moins de blé, plus de fibres, préférer la viande, les oeufs et le tofu cuits, et au contraire l’huile d’olive crue. A la fin d’un repas, Giulia Anders préconise de mâcher du chewing-gum (soit l’exact contraire de ce que me disait mon prof de SVT au collège, qui interdisait son usage sauf pour saliver, se mettre en appétit) ou de boire du thé. Contre le mal des transports, c’est le gingembre ou le point P6 de pression en acupuncture les plus efficaces, etc. etc.

Bref tout ceci se lit comme un roman, d’une traite, c’est passionnant et plein d’humour, et en plus, si on applique un peu ce qu’on y apprend, on peut espérer avoir un peu plus la pêche, en faisant amis amis avec nos microscopiques compagnons de vie, les bactéries, vivant dans notre intestin depuis notre naissance mais pouvant être modifiées par notre alimentation. Vivent les pré- et probiotiques !

Danse contemporaine et littérature

30.05
2017
cop. Centre national de la danse

cop. Centre national de la danse

 

Entre fictions et performances écrites

Partant du constat que « les scènes de la danse contemporaine composent de plus en plus leurs partitions à partir de textes de différentes natures, textes philosophiques, chansons et histoires personnelles« , Magali Nachtergael et Lucille Toth ont voulu cet ouvrage collaboratif qui traite de littérature et de danse contemporaine. Beaucoup de chorégraphes lisent en amont, écrivent eux-mêmes, laissent derrière eux des carnets ou invitent des écrivains sur scène, comme Carlotta Ikeda et Pascal Quignard.

A priori, il existerait trois manières de croiser les deux disciplines artistiques :

- le « danseur parlant », avec une mise en voix des textes : essoufflé par le texte, encombré par lui, le danseur danse quand même, malgré tout.

- les « danseurs versus récitants » : sur scène les comédiens côtoient les danseurs sans se mêler à eux.

- « l’absence de texte » : le texte, écrit en amont, est réécrit par la danse, absent de la scène, digéré et restitué autrement,  comme Maguy Marin transposant Beckett dans May B..

Trois options distinguant le corps et l’esprit, la danse et la littérature, comme capables d’interactions mais irréductiblement opposées. L’art littéraire s’apparenterait ainsi à « l’art du geste de la trace« , et l’art chorégraphique à « l’art du geste sans la trace« . Ainsi, sur scène ce qui est dit n’est pas ce qui est montré, et ce que l’on peu comprendre, on ne peut pas le voir. Et  la danse montre l’indicible. Etrange dichotomie entre ces deux arts, comme s’il y avait une collision entre l’écoute intérieure du corps et l’assujettissement du corps à la musique envahissante. Notons au passage l’existence du Festival Concordanses, qui favorise précisément « une aventure singulière où un écrivain rencontre un chorégraphe ».

Une lecture qui invite à découvrir les différents spectacles chorégraphiques mettant en exergue la littérature.

 

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

Il était une fois dans l’est : tome 1 de Julie Birmant et Clément Oubrerie

24.05
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

« Il était une fois dans l’est » : non, il ne s’agit pas d’un western spaghetti, mais du biopic d’Isadora Duncan, célèbre danseuse contemporaine, à travers sa relation avec de Serge Essenine, poète russe. J’étais donc complètement passée à côté de ce nouveau biopic d’une femme célèbre, et qui plus est d’une danseuse dont j’avais commencé à écrire le scénario, tant sa vie fut à la fois passionnante et tragique !

Ce premier tome commence par la fin tragique d’Isadora pour ensuite directement passer à l’été 1923 avec Serge Essenine et revenir sur les débuts de leur relation, soudaine et passionnée. Ayant lu l’autobiographie d’Isadora Duncan et de nombreux témoignages sur elle, j’avoue être passablement déçue par cette entrée en matière. Je veux bien croire que l’éditeur ait pensé, à tort ou à raison, que les noms d’Isadora Duncan et de Serge Essenine étaient inconnus du grand public, et qu’il fallait attirer le chaland en le faisant rêver d’exotisme venu du Nord et de passion, mais tout de même, je reconnais là bien mal l’image que je m’étais faite d’Isadora Duncan, danseuse inspirée des déesses grecques ! La mise en double page, hors cases, de sa danse, aérienne, rend seule hommage à sa danse, pour l’instant. Quel dommage !

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Montessori à la maison : 0-3 ans de Nathalie Petit

12.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

La pédagogie Montessori est devenue tellement à la mode, plus d’un siècle après sa première école dans un quartier défavorisé à Rome, qu’elle est brandie comme un étendard dans de nombreuses écoles privées, s’invite dans les classes d’écoles publiques, popularisée par Céline Alvarez, et se décline à présent en d’innombrables jeux et manuels à la vente. Mais en quoi consiste donc cette méthode, en particulier pour les très jeunes enfants ?

  »La pédagogie Montessori est fondée sur le respect (des) rythmes naturels et des besoins de l’enfant. Elle repose sur trois piliers : la liberté de choisir, la possibilité pour l’enfant d’être autonome afin d’agir par lui-même, l’apprentissage par l’expérience. » (p. 10)

« Entre 0 et 3 ans, laisser à un enfant le choix entre deux choses et lui confier des tâches simples participe à la construction de son individualité. Dès lors, la phase d’opposition systématique autour des 2 ans, connue sous le nom de « terrible two », s’en trouve fortement atténuée. De plus, en étant libre de ses mouvements, en interagissant de ses mains avec le monde réel, l’enfant apprend à se concentrer et gagne en confiance. » (p. 11)

Ainsi, l’enfant, entre 0 et 3 ans, adore faire ce que nous faisons : la cuisine, le ménage, le jardin. Il s’agit alors de le laisser participer ces activités quotidiennes, et d’avoir avec lui une attitude bienveillante, empathique, sans jugement, au lieu de tendre vers des propos blessants, humiliants, proférer des menaces de punitions ou promettre des récompenses.

Il s’agit alors de lui proposer, en particulier dans sa chambre, un environnement sécurisé et à son échelle : cela signifie entre autres d’oublier le lit à barreaux, et de lui proposer un matelas au sol jouxtant un tapis moëlleux, un grand miroir horizontal pour aider à l’identification de soi, avec une grande rampe de danse à 45 cm au-dessus du sol (une tringle à rideaux en bois fait l’affaire) fixée au mur devant, pour l’aider dans ses premiers pas, trois jouets d’éveil à faire tourner tous les deux jours avec d’autres, des cadres représentant des visages, des animaux ou la nature à sa hauteur, etc.

Nul besoin de se ruiner en jouets : rien de tel pour l’éveiller que de classer les casseroles par ordre de grandeur pour qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres, à l’instar de poupées russes ou de cubes de toutes les tailles. Ou de fabriquer vous-mêmes son imagier à partir d’objets, d’animaux, de végétaux nommés ensemble. Ou encore son « panier à trésors » d’où il peut sortir des objets du quotidien pouvant être manipulés. Ou un bac sensoriel. Ou de fabriquer avec lui du slime.

Un petit ouvrage clair et facile à suivre, pour les activités d’éveil en tout cas, car pour le reste, les relations entre parents et enfants, on a beau savoir ce qu’il faudrait faire, ce n’est pas toujours facile à appliquer !

Philosophie de la danse de Paul Valéry

12.05
2017
cop. Allia

cop. Allia

 

Paul Valéry prévient aussitôt son lecteur :

« il faut vous résigner à entendre quelques propositions que va, devant vous, risquer sur la Danse un homme qui ne danse pas. »

Car, selon lui,

« Toute époque qui a compris le corps humain, ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment de mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la Danse. » (p. 10), ce qui explique son intérêt pour la danse et l’essai qui va suivre.

Il amorce alors une première définition :

« C’est que la Danse est un art déduit de la vie même, puisqu’elle n’est que l’action de l’ensemble du corps humain ; mais action transposée dans un monde, dans une sorte d’espace-temps qui n’est plus tout à fait le même que celui de la vie pratique. » (p. 10-11).

Après avoir passé en revue quelques occupations ou mouvements d’animaux qui ne peuvent pas passer pour de la danse, il revient sur la relative oisiveté de l’être humain, qui s’attache à des passe-temps inutiles, comme l’art de danser :

« L’homme est cet animal singulier qui se regarde vivre, qui se donne une valeur, et qui place toute cette valeur qu’il lui plaît de se donner dans l’importance qu’il attache à des perceptions inutiles et à des actes sans conséquence physique vitale. » (p. 16).

Pour mieux le définir ensuite, Paul Valéry finit par décrire l’état du danseur :

« Il observe que ce corps qui danse semble ignorer ce qui l’entoure. Il semble bien qu’il n’ait affaire qu’à soi-même et à un autre objet, un objet capital, duquel il se détache ou se délivre, auquel il revient, mais seulement pour y reprendre de quoi le fuir encore… «  (p. 27)

Cet objet capital, c’est le sol, vers lequel il revient toujours, gouverné par les lois de la pesanteur dont il essaie de s’arracher.

Et l’esprit dans ce corps qui danse ne voit rien de ce qui l’entoure, il n’est attentif qu’à ce qui se passe à l’intérieur.

Aussi, pour Paul Valéry, la danse constitue « une poésie générale de l’action des êtres vivants ».

Dans ce si joli petit livre, Paul Valéry nous livre une tentative de définition de la danse avec laquelle je suis en accord, dans la mesure où il la caractérise tout à la fois en lien avec la vie intérieure, le sol et la poésie. Inutile au processus vital comme tout autre art, la danse s’apparente au mouvement poétique, comme elle peut provoquer une sorte de transe (techno, danse africaine, les derviches tourneurs) jusqu’à l’épuisement des forces.

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL