Categorie ‘Essais sur la littérature

Lire la bande dessinée de Benoit Peeters

18.08
2016
cop. Champs Flammarion

cop. Champs Flammarion

Benoit Peeters propose ici une lecture initiatique de la bande dessinée, que l’on peut lire d’ailleurs de toutes les manières possibles (politique, sociologique, philosophique, psychanalytique,…) et dans tous les sens possibles. Selon lui, ce qui fait la spécificité de la BD, c’est « la case, le strip, la planche, les relations entre le texte et le dessin, entre le scénario et sa mise en images ». L’auteur de BD a pour seul impératif de devoir « partager la planche en un certain nombre de segments afin de séparer des actions qui dans le récit se succèdent« . Ensuite, « les possibilités d’intervention sur la taille de l’image, assez rares au cinéma, sont ici presque infinies ».

Néanmoins, il touche du doigt l’incomplétude de la case, qui en fait toute la richesse, car la case n’est, somme toute, qu’une « variable dans un ensemble« , un « instant dans une continuité ». En effet, aucune image ne fait bande à part : « la véritable magie de la bande dessinée, c’est entre les images qu’elle opère, dans la tension qui les relie. » Pour Benoit Peeters, les plus grands créateurs de bande dessinée ont toujours réussi à « mettre l’accent à la fois sur les paramètres internes à la case et sur les relations qui les unissent. »

Il critique ainsi l’utilisation conventionnelle de la BD (qui privilégie le récit, comme le gaufrier), ou décorative (BD qui privilégie l’image), et fait l’éloge de son utilisation rhétorique (la case et la planche servent le récit) ou productrice (c’est l’organisation de la planche qui semble dicter le récit).

Une bonne ouverture pédagogique sur le neuvième art.

 

 

Les contes de Perrault de Marc Soriano

22.04
2016
cop. Tel Gallimard

cop. Tel Gallimard

Normalien agrégé de philosophie, Marc Soriano (1918-1994) se spécialisa dans l’étude de Charles Perrault et de Jules Verne. Romancier et psychanalyste, professeur de littérature populaire et pour la jeunesse à Bordeaux III et professeur émérite à Paris VII, il publia en 1968 Les Contes de Perrault, culture savante et traditions populaires, où il se propose de répondre à des questions insolubles :

Oui ou non, ce fameux recueil est-il un livre pour enfants ? Si oui, à quel courant pédagogique se rattache-t-il ? Si non, qu’est-il exactement ?

De quelle manière se rattache-t-il à la mode des contes de fées ? Et à la querelle des Anciens et des Modernes ?

Pourquoi Perrault, chef de file des Modernes, se donne-t-il la peine de recueillir ces « contes de vieilles », venus d’un lointain passé ?

S’agit-il de contes réellement populaires ou d’une oeuvre de lettré ?

etc.

Pour analyser les contes en vers et les histoires ou contes du temps passé - Griselidis, Peau d’Ane, Les souhaits ridicules, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge, La Barbe bleue, La Chat botté, Les Fées, Cendrillon, Riquet à la houpe et Le Petit Poucet – Marc Soriano commence par se poser la question de la paternité de l’oeuvre et de ses sources d’inspiration, bien souvent empruntées à la littérature orale ou à la littérature napolitaine de Basile que Perrault adapte très librement (Peau d’Ane en particulier). Marqués par la mentalité d’une époque – le XVIIe siècle – et par la gémellité de l’écrivain, ces contes ne sont pas tant destinés aux enfants que des transmissions d’une mémoire collective. Aussi la misogynie ainsi que l’insuffisance éducative des parents transparaissent dans les textes, parfois grotesques (Les Trois souhaits), d’autres fois truffés d’erreurs et de contradictions. Seul Le Petit chaperon rouge se dégage du lot finalement, seul conte d’avertissement véritablement destiné aux enfants. D’ailleurs ce dernier meurt chez Perrault, et non dans la version des frères Grimm, qui lui substitue le dénouement du Loup et des 7 chevreaux. En outre, il permet des jeux de voix, des mimiques, des répétitions d’expressions importantes qu’hélas certains éditeurs suppriment actuellement : « le petit pot de beurre », « tire la chevillette, la bobinette cherra », « c’est pour te manger »,…. Soriano, abordant l’aspect psychanalytique du conte, assimile alors l’action de « dévorer » à « faire l’amour » (déshabillé de la grand-mère, petit Chaperon rouge dans le lit) et le personnage du loup au père, et donc au complexe d’Oedipe, le cauchemar absolu étant alors désiré, le petit Chaperon rouge souhaitant être mangé (les petites filles réclamant que leur père joue le rôle du loup pour les dévorer).

De quoi nous faire abandonner définitivement l’idée de lire à nos enfants la plupart des contes d’autrefois, notamment Peau d’Ane (l’inceste), Cendrillon (paumée sans les hommes) et La Belle au bois dormant (vierge accouchant de deux enfants durant son sommeil)…

L’histoire d’un monde truqué de Tardi & Legrand

11.11
2015

cop. Casterman

Dans une France des années 30 qui ne connaitrait encore ni le pétrole ni l’électricité, ses savants disparaissant mystérieusement, une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques, lesquels s’apprêtaient à faire une découverte majeure quand un assaut de policiers les en a empêchés.

Après avoir retracé l’histoire de sa rencontre avec Tardi et de leur travail en équipe, Benjamin Legrand nous rappelle ce qu’est une uchronie à la mode Steampunk, avant de nous exposer toutes les recherches inédites de personnages, de décors, et le début du story-board imaginés par Tardi pour leur premier long-métrage d’animation.

Tardi, Legrand

L’histoire d’un monde truqué

Casterman, 2015 (Univers d’auteurs)

134 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203099906 : 25 €

George Orwell de Stéphane Maltère

25.06
2015

cop. Folio Gallimard

 

Ceci exceptionnellement est un non-article.

Un non-article qui ne résume pas ni n’analyse la biographie que Stéphane Maltère a pu faire sur George Orwell.

Un non-article sur un ouvrage dont on peut lire sur la quatrième de couverture :

«À une époque de supercherie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.» « George Orwell (1903-1950), de son vrai nom Eric Arthur Blair, est l’auteur d’une œuvre très marquée par ses engagements politiques. Après avoir lutté contre l’Empire britannique en Birmanie, pour la justice sociale aux côtés des classes laborieuses de Londres et de Paris, puis participé à la guerre d’Espagne dans les rangs du P.O.U.M., il se consacre à une œuvre littéraire écrite, «directement ou indirectement, contre le totalitarisme et pour le socialisme démocratique». Témoin lucide de son temps, auteur notamment de La Ferme des animaux et de 1984, il meurt à quarante-six ans, et demande dans son testament qu’aucune biographie ne retrace sa vie. »

Cela ne vous choque pas, vous ?

Comment peut-on faire fi des dernières volontés d’un grand écrivain, soit-disant pour son bien et celui de ses lecteurs ?

Tout est dit.

Jean-Bark de Philippe Claudel

01.03
2015
cop. SL

cop. SL

Par ce petit ouvrage publié chez Stock, Philippe Claudel rend à sa façon un dernier hommage à son éditeur depuis 2001 et seul véritable ami, Jean-Marc Roberts, auteur et directeur des éditions Stock pendant 15 ans. Il s’était rebaptisé affectueusement Jean-Bark pour Philippe Claudel, d’après l’un des personnages fumeurs de sa Petite fille de Monsieur Linh. Décédé d’un cancer du poumon, ayant précisément abusé de cette cigarette qu’il tenait avec tant d’élégance, Jean-Marc Roberts était un éternel amoureux des auteurs, des livres et des femmes, parmi lesquelles les stockettes de sa maison.

A la suite du Jérôme Lindon d’Echenoz, Philippe Claudel écrit ici un beau témoignage d’amitié destiné à faire revivre les facettes connues d’un ami… et à faire son deuil aussi.

cop. Carnets de SeL

cop. Carnets de SeL

Le grand livre des casse-têtes… Logogriphes !

19.12
2014
cop. Larousse

cop. Larousse

Quel plaisir à feuilleter cet ouvrage mettant à mal notre conviction de tout savoir sur la langue française : faites donc un logogriphe en devinant un mot à partir d’une définition énigmatique des jeux d’esprit ; résolvez charades, devinettes, énigmes lexicales, rébus graphiques, textes à trous ; trouvez les intrus d’origine et de sens différents ou des anagrammes ; etc.

De quoi se creuser la tête avec des mots pour changer de votre sudoku habituel.

BERLION, Daniel, LAMY, Yves. – Le grand livre des casse-têtes… Logogriphes !… et chausse-trappes lexicaux. – Larousse, 2014. – 286 p.. – EAN13 978-2-03-590394-5 : 20,90 €.

Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain

12.10
2014
cop. Flammarion

cop. Flammarion

Du désir d’écrire à la parution du premier roman, ce livre révèle et décrypte tous les us et coutumes de la chose littéraire.

Cocasse et plein d’humour, ce bêtisier du parcours de l’aspirant écrivain va en séduire plus d’un… Même si je trouve  Jean-Baptiste Gendarme bien indulgent vis-à-vis des éditeurs…

Gendarme, Jean-Baptiste. Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain. PARIS CEDEX : Flammarion, 2014. 173 p.. . ISBN 978-2-0813-4240-8