Categorie ‘Documentaires

Il était une fois dans l’est : tome 1 de Julie Birmant et Clément Oubrerie

24.05
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

« Il était une fois dans l’est » : non, il ne s’agit pas d’un western spaghetti, mais du biopic d’Isadora Duncan, célèbre danseuse contemporaine, à travers sa relation avec de Serge Essenine, poète russe. J’étais donc complètement passée à côté de ce nouveau biopic d’une femme célèbre, et qui plus est d’une danseuse dont j’avais commencé à écrire le scénario, tant sa vie fut à la fois passionnante et tragique !

Ce premier tome commence par la fin tragique d’Isadora pour ensuite directement passer à l’été 1923 avec Serge Essenine et revenir sur les débuts de leur relation, soudaine et passionnée. Ayant lu l’autobiographie d’Isadora Duncan et de nombreux témoignages sur elle, j’avoue être passablement déçue par cette entrée en matière. Je veux bien croire que l’éditeur ait pensé, à tort ou à raison, que les noms d’Isadora Duncan et de Serge Essenine étaient inconnus du grand public, et qu’il fallait attirer le chaland en le faisant rêver d’exotisme venu du Nord et de passion, mais tout de même, je reconnais là bien mal l’image que je m’étais faite d’Isadora Duncan, danseuse inspirée des déesses grecques ! La mise en double page, hors cases, de sa danse, aérienne, rend seule hommage à sa danse, pour l’instant. Quel dommage !

Montessori à la maison : 0-3 ans de Nathalie Petit

12.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

La pédagogie Montessori est devenue tellement à la mode, plus d’un siècle après sa première école dans un quartier défavorisé à Rome, qu’elle est brandie comme un étendard dans de nombreuses écoles privées, s’invite dans les classes d’écoles publiques, popularisée par Céline Alvarez, et se décline à présent en d’innombrables jeux et manuels à la vente. Mais en quoi consiste donc cette méthode, en particulier pour les très jeunes enfants ?

  »La pédagogie Montessori est fondée sur le respect (des) rythmes naturels et des besoins de l’enfant. Elle repose sur trois piliers : la liberté de choisir, la possibilité pour l’enfant d’être autonome afin d’agir par lui-même, l’apprentissage par l’expérience. » (p. 10)

« Entre 0 et 3 ans, laisser à un enfant le choix entre deux choses et lui confier des tâches simples participe à la construction de son individualité. Dès lors, la phase d’opposition systématique autour des 2 ans, connue sous le nom de « terrible two », s’en trouve fortement atténuée. De plus, en étant libre de ses mouvements, en interagissant de ses mains avec le monde réel, l’enfant apprend à se concentrer et gagne en confiance. » (p. 11)

Ainsi, l’enfant, entre 0 et 3 ans, adore faire ce que nous faisons : la cuisine, le ménage, le jardin. Il s’agit alors de le laisser participer ces activités quotidiennes, et d’avoir avec lui une attitude bienveillante, empathique, sans jugement, au lieu de tendre vers des propos blessants, humiliants, proférer des menaces de punitions ou promettre des récompenses.

Il s’agit alors de lui proposer, en particulier dans sa chambre, un environnement sécurisé et à son échelle : cela signifie entre autres d’oublier le lit à barreaux, et de lui proposer un matelas au sol jouxtant un tapis moëlleux, un grand miroir horizontal pour aider à l’identification de soi, avec une grande rampe de danse à 45 cm au-dessus du sol (une tringle à rideaux en bois fait l’affaire) fixée au mur devant, pour l’aider dans ses premiers pas, trois jouets d’éveil à faire tourner tous les deux jours avec d’autres, des cadres représentant des visages, des animaux ou la nature à sa hauteur, etc.

Nul besoin de se ruiner en jouets : rien de tel pour l’éveiller que de classer les casseroles par ordre de grandeur pour qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres, à l’instar de poupées russes ou de cubes de toutes les tailles. Ou de fabriquer vous-mêmes son imagier à partir d’objets, d’animaux, de végétaux nommés ensemble. Ou encore son « panier à trésors » d’où il peut sortir des objets du quotidien pouvant être manipulés. Ou un bac sensoriel. Ou de fabriquer avec lui du slime.

Un petit ouvrage clair et facile à suivre, pour les activités d’éveil en tout cas, car pour le reste, les relations entre parents et enfants, on a beau savoir ce qu’il faudrait faire, ce n’est pas toujours facile à appliquer !

Philosophie de la danse de Paul Valéry

12.05
2017
cop. Allia

cop. Allia

 

Paul Valéry prévient aussitôt son lecteur :

« il faut vous résigner à entendre quelques propositions que va, devant vous, risquer sur la Danse un homme qui ne danse pas. »

Car, selon lui,

« Toute époque qui a compris le corps humain, ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment de mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la Danse. » (p. 10), ce qui explique son intérêt pour la danse et l’essai qui va suivre.

Il amorce alors une première définition :

« C’est que la Danse est un art déduit de la vie même, puisqu’elle n’est que l’action de l’ensemble du corps humain ; mais action transposée dans un monde, dans une sorte d’espace-temps qui n’est plus tout à fait le même que celui de la vie pratique. » (p. 10-11).

Après avoir passé en revue quelques occupations ou mouvements d’animaux qui ne peuvent pas passer pour de la danse, il revient sur la relative oisiveté de l’être humain, qui s’attache à des passe-temps inutiles, comme l’art de danser :

« L’homme est cet animal singulier qui se regarde vivre, qui se donne une valeur, et qui place toute cette valeur qu’il lui plaît de se donner dans l’importance qu’il attache à des perceptions inutiles et à des actes sans conséquence physique vitale. » (p. 16).

Pour mieux le définir ensuite, Paul Valéry finit par décrire l’état du danseur :

« Il observe que ce corps qui danse semble ignorer ce qui l’entoure. Il semble bien qu’il n’ait affaire qu’à soi-même et à un autre objet, un objet capital, duquel il se détache ou se délivre, auquel il revient, mais seulement pour y reprendre de quoi le fuir encore… «  (p. 27)

Cet objet capital, c’est le sol, vers lequel il revient toujours, gouverné par les lois de la pesanteur dont il essaie de s’arracher.

Et l’esprit dans ce corps qui danse ne voit rien de ce qui l’entoure, il n’est attentif qu’à ce qui se passe à l’intérieur.

Aussi, pour Paul Valéry, la danse constitue « une poésie générale de l’action des êtres vivants ».

Dans ce si joli petit livre, Paul Valéry nous livre une tentative de définition de la danse avec laquelle je suis en accord, dans la mesure où il la caractérise tout à la fois en lien avec la vie intérieure, le sol et la poésie. Inutile au processus vital comme tout autre art, la danse s’apparente au mouvement poétique, comme elle peut provoquer une sorte de transe (techno, danse africaine, les derviches tourneurs) jusqu’à l’épuisement des forces.

Réinventer la bande dessinée de Scott Mc Cloud

01.04
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Dans cette suite (et fin ?) de sa série pédagogique sur la bande dessinée, après L’Art Invisible et Faire de la Bande dessinée, Scott McCloud fait le point sur l’état actuel de la bande dessinée, aussi bien au niveau de l’innovation et de son renouvellement, que des enjeux économiques et des difficultés des auteurs. Il établit ainsi 12 points à partir desquels la bande dessinée peut encore croître et révéler tout son potentiel.

Quelle déception par rapport aux deux opus précédents : déjà au niveau de l’inscription de son analyse dans l’espace-temps, qui se résume beaucoup aux Etats-Unis et à une situation qui date déjà d’une quinzaine d’années ; ensuite, au niveau des 12 points qu’il mentionne, déjà pas mal exploités en France. Et puis, on sent bien qu’il rumine des réflexions amères contre les gros éditeurs américains, ce qui le fait se répéter dans son discours. Malgré tout, ses interrogations restent pleinement d’actualité : quelles pistes n’ont-elles pas encore été suffisamment explorées ? Comment vivre de son crayon lorsqu’on est auteur ? Sous quelle forme la bande dessinée peut-elle se métamorphoser sur le net ?

Une bande dessinée qui réfléchit sur la bande dessinée, pour les amateurs et les pros !

 

A relire les pages :

- 60 : c’est ce que nous faisons avec le Cacograph

- 89 : où il conseille d’ouvrir les BD pour donner envie de les lire

- bas de la p. 127 : placements de la caméra,

- 150-151 : le potentiel du dessin sur ordinateur,

- 187-189, 191, 195 : les enjeux économiques de la BD sur le web,

- 225-227 et 231 : la métamorphose de la BD sur le web.

 

 

 

Nouvelles graphiques d’Afrique de Laurent Bonneau

30.12
2016
cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

C’est au festival BDBoum de Blois que je dois ma rencontre avec Laurent Bonneau, jeune, le sourire intimidé, les yeux limpides, que semblaient s’arracher quelques éditeurs le vendredi soir. Le lendemain, je le retrouvai sur le stand de la maison d’édition Des ronds dans l’O, derrière quelques exemplaires de cet album.

Il suffisait alors de feuilleter un exemplaire pour que son talent me saute aux yeux. Voici la belle dédicace qu’il a faite pour ce cadeau de Noël :

cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

Je n’ai bien sûr pas résisté à la curiosité de le découvrir moi-même avant de l’offrir, et j’aurais eu tort de bouder ce plaisir…

Rentré de plusieurs voyages avec ses carnets de croquis et ses court-métrages, Laurent Bonneau nous invite là à un voyage tant géographique, humain, introspectif que graphique.

En effet, pour chacun de ces onze récits en focalisation interne, onze ressentis en Afrique subsaharienne, tantôt sous forme de pensées poétiques ou de monologues intérieurs, tantôt sous forme journalistique, Laurent Bonneau a choisi une forme graphique différente : car on ne raconte pas la même chose avec un crayon charbonneux, des couleurs pastel ou des coups de stylo bic. Difficile de ne pas être soufflé par la virtuosité de cet artiste plasticien, passant de l’une à l’autre technique avec aisance. Nombreuses sont les pages qui forcent l’admiration.

Un album magnifique.

Paroles sans papiers

21.12
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Vous vous souvenez peut-être de l’évacuation médiatisée des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, soutenus par Emmanuelle Béart.

Plus de dix ans après, en 2007, Alfred, Michaël Le Galli et David Chauvel, offrent la parole à ces « sans papier ». Ce sont ainsi neuf tranches de vie différentes qu’ils nous donnent à voir et à lire, anxiogènes, humiliantes, autant de drames où les droits humains les plus élémentaires sont reniés, pour ne pas dire piétinés. Neuf destins mis en scène par neuf illustrateurs reconnus pour bien démarquer chacune de ces situations emblématiques : marches dans le désert, pluies de coups et de balles, traumatisme des enfants, prostitution, esclavage, survie sans papiers et sans possibilité d’avenir professionnel, expulsions,…

Un album terrible et tellement beau à la fois, porté par des dessinateurs aussi talentueux que Mattotti, Gipi, Frederik Peeters, Cyril Pedrosa,…

Idées reçues sur l’égalité entre les femmes et les hommes de Thierry Benoit

19.12
2016
cop. Le Cavalier bleu

cop. Le Cavalier bleu

 J’entends d’ici certains s’exclamer : « Ah, elle nous barbe avec son féminisme. Les femmes ont tous les droits, maintenant, faut arrêter d’en parler, les hommes n’arrivent même plus à se positionner. » Oui, mais non, l’égalité n’est pas gagnée, loin de là, ses prémisses pourraient même être menacées, ne serait-ce qu’en constatant à quel point la « théorie du genre » compte d’opposants qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, ou que des radicaux, qui souhaitent restreindre la liberté de choix des autres, menacent le droit à l’avortement.

Eh bien ce petit ouvrage passe en revue 43 idées reçues sur les femmes dans la sphère privée, dans leur vie professionnelle et dans la vie publique, que voici :

Vie privée
– « Le genre est une théorie qui ne fait pas la différence entre les femmes et les hommes. »
– « A la préhistoire, les hommes étaient des chasseurs et les femmes cueillaient. »
– « Les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. »
– « Les femmes et les hommes n’ont pas le même cerveau. »
– « Les hommes ont des besoins sexuels plus importants que les femmes. »
– « Sans les hommes, il n’y a pas d’enfants ! »
– « Le prochain, ce sera un garçon ! »
– « Avec la maternité, les femmes développent un instinct maternel. »
– « C’est quand même bien les femmes qui éduquent les enfants. »
– « Le rose, c’est pour les filles… et le bleu, pour les garçons. »
– « Les garçons préfèrent jouer avec des camions et des ballons. »
– « 80 % des gardes d’enfants sont confiées aux mères. »
– « Il y a de plus en plus d’hommes qui participent aux travaux domestiques. »
– « Il y a aussi des hommes battus. »
– « Si elles sont battues… elles n’ont qu’à partir. »

Vie professionnelle
– « Maintenant, elles font des études supérieures comme les hommes ! »
– « Tous les métiers ne sont pas mixtes. »
– « Les femmes ont des compétences naturelles. »
– « Si elles font des métiers d’hommes, elles vont perdre leur féminité. »
– « Elles peuvent déstabiliser s’il n’y a que des hommes dans une équipe. »
– « Les femmes sont souvent absentes. »
– « Entre la crise et les obligations légales, l’égalité ce n’est pas la priorité. »
– « Les femmes demandent moins qu’un homme en termes de salaire et d’avantages. »
– « Si elles n’occupent pas certaines responsabilités, c’est qu’elles le veulent bien. »
– « Ce n’est pas le sexe qui compte, ce sont les compétences. Ce serait dévalorisant pour les femmes que de les promouvoir parce qu’elles sont femmes. »
– « Les hommes ont plus d’autorité que les femmes. »
– « Elles sont encore plus terribles entre elles que les hommes. »
– « La promotion canapé ça n’existe plus. »

Vie publique
– « Tous les hommes sont des machos. »
– « Seuls les hommes ont des idées reçues envers les femmes. »
– « Il n’y en a plus que pour les femmes. On parle d’inégalités mais ce sont elles qui ont le vrai pouvoir. »
– « Elles rendent les hommes fragiles. Il faudrait arrêter de culpabiliser les hommes. »
– « Elles veulent tout et son contraire. »
– « Il y a déjà égalité entre les femmes et les hommes. »
– « Le féminisme, c’est un combat d’arrière-garde. »
– « Féminiser à tout prix le langage est ridicule. »
– « Vous avez vu ce que ça donne lorsqu’elles sont au pouvoir. »
– « Elles manquent souvent d’humour. »
– « Si elle s’habille sexy, c’est bien pour plaire, non ? »
– « C’est quand même aux hommes de faire des avances ! Alors, il ne faut plus être galant ? Il faut savoir ce que l’on veut. »
– « Il y a des sports de garçons et des sports de filles. »
– « Les femmes ne savent pas conduire. »
– « Le peu de femmes artistes peintres ou sculptrices connues montre bien que les hommes sont plus créatifs. »

A ces clichés sexistes l’auteur oppose des réponses synthétiques faites en une à trois pages. Si je connaissais certaines réponses et pourrais même en faire d’autres, j’en ignorais quelques-unes, comme celle de la soit-disante répartition des tâches à la préhistoire.

Un petit ouvrage à posséder dans les CDI de collège et de lycée, pour empêcher, par l’éducation, la pérennisation des préjugés sexistes.