Categorie ‘Documentaires

Nouvelles graphiques d’Afrique de Laurent Bonneau

30.12
2016
cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

C’est au festival BDBoum de Blois que je dois ma rencontre avec Laurent Bonneau, jeune, le sourire intimidé, les yeux limpides, que semblaient s’arracher quelques éditeurs le vendredi soir. Le lendemain, je le retrouvai sur le stand de la maison d’édition Des ronds dans l’O, derrière quelques exemplaires de cet album.

Il suffisait alors de feuilleter un exemplaire pour que son talent me saute aux yeux. Voici la belle dédicace qu’il a faite pour ce cadeau de Noël :

cop. Des ronds dans l'O

cop. Des ronds dans l’O

Je n’ai bien sûr pas résisté à la curiosité de le découvrir moi-même avant de l’offrir, et j’aurais eu tort de bouder ce plaisir…

Rentré de plusieurs voyages avec ses carnets de croquis et ses court-métrages, Laurent Bonneau nous invite là à un voyage tant géographique, humain, introspectif que graphique.

En effet, pour chacun de ces onze récits en focalisation interne, onze ressentis en Afrique subsaharienne, tantôt sous forme de pensées poétiques ou de monologues intérieurs, tantôt sous forme journalistique, Laurent Bonneau a choisi une forme graphique différente : car on ne raconte pas la même chose avec un crayon charbonneux, des couleurs pastel ou des coups de stylo bic. Difficile de ne pas être soufflé par la virtuosité de cet artiste plasticien, passant de l’une à l’autre technique avec aisance. Nombreuses sont les pages qui forcent l’admiration.

Un album magnifique.

Paroles sans papiers

21.12
2016
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Vous vous souvenez peut-être de l’évacuation médiatisée des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, soutenus par Emmanuelle Béart.

Plus de dix ans après, en 2007, Alfred, Michaël Le Galli et David Chauvel, offrent la parole à ces « sans papier ». Ce sont ainsi neuf tranches de vie différentes qu’ils nous donnent à voir et à lire, anxiogènes, humiliantes, autant de drames où les droits humains les plus élémentaires sont reniés, pour ne pas dire piétinés. Neuf destins mis en scène par neuf illustrateurs reconnus pour bien démarquer chacune de ces situations emblématiques : marches dans le désert, pluies de coups et de balles, traumatisme des enfants, prostitution, esclavage, survie sans papiers et sans possibilité d’avenir professionnel, expulsions,…

Un album terrible et tellement beau à la fois, porté par des dessinateurs aussi talentueux que Mattotti, Gipi, Frederik Peeters, Cyril Pedrosa,…

Idées reçues sur l’égalité entre les femmes et les hommes de Thierry Benoit

19.12
2016
cop. Le Cavalier bleu

cop. Le Cavalier bleu

 J’entends d’ici certains s’exclamer : « Ah, elle nous barbe avec son féminisme. Les femmes ont tous les droits, maintenant, faut arrêter d’en parler, les hommes n’arrivent même plus à se positionner. » Oui, mais non, l’égalité n’est pas gagnée, loin de là, ses prémisses pourraient même être menacées, ne serait-ce qu’en constatant à quel point la « théorie du genre » compte d’opposants qui ne savent pas vraiment de quoi il retourne, ou que des radicaux, qui souhaitent restreindre la liberté de choix des autres, menacent le droit à l’avortement.

Eh bien ce petit ouvrage passe en revue 43 idées reçues sur les femmes dans la sphère privée, dans leur vie professionnelle et dans la vie publique, que voici :

Vie privée
– « Le genre est une théorie qui ne fait pas la différence entre les femmes et les hommes. »
– « A la préhistoire, les hommes étaient des chasseurs et les femmes cueillaient. »
– « Les femmes n’ont pas le sens de l’orientation. »
– « Les femmes et les hommes n’ont pas le même cerveau. »
– « Les hommes ont des besoins sexuels plus importants que les femmes. »
– « Sans les hommes, il n’y a pas d’enfants ! »
– « Le prochain, ce sera un garçon ! »
– « Avec la maternité, les femmes développent un instinct maternel. »
– « C’est quand même bien les femmes qui éduquent les enfants. »
– « Le rose, c’est pour les filles… et le bleu, pour les garçons. »
– « Les garçons préfèrent jouer avec des camions et des ballons. »
– « 80 % des gardes d’enfants sont confiées aux mères. »
– « Il y a de plus en plus d’hommes qui participent aux travaux domestiques. »
– « Il y a aussi des hommes battus. »
– « Si elles sont battues… elles n’ont qu’à partir. »

Vie professionnelle
– « Maintenant, elles font des études supérieures comme les hommes ! »
– « Tous les métiers ne sont pas mixtes. »
– « Les femmes ont des compétences naturelles. »
– « Si elles font des métiers d’hommes, elles vont perdre leur féminité. »
– « Elles peuvent déstabiliser s’il n’y a que des hommes dans une équipe. »
– « Les femmes sont souvent absentes. »
– « Entre la crise et les obligations légales, l’égalité ce n’est pas la priorité. »
– « Les femmes demandent moins qu’un homme en termes de salaire et d’avantages. »
– « Si elles n’occupent pas certaines responsabilités, c’est qu’elles le veulent bien. »
– « Ce n’est pas le sexe qui compte, ce sont les compétences. Ce serait dévalorisant pour les femmes que de les promouvoir parce qu’elles sont femmes. »
– « Les hommes ont plus d’autorité que les femmes. »
– « Elles sont encore plus terribles entre elles que les hommes. »
– « La promotion canapé ça n’existe plus. »

Vie publique
– « Tous les hommes sont des machos. »
– « Seuls les hommes ont des idées reçues envers les femmes. »
– « Il n’y en a plus que pour les femmes. On parle d’inégalités mais ce sont elles qui ont le vrai pouvoir. »
– « Elles rendent les hommes fragiles. Il faudrait arrêter de culpabiliser les hommes. »
– « Elles veulent tout et son contraire. »
– « Il y a déjà égalité entre les femmes et les hommes. »
– « Le féminisme, c’est un combat d’arrière-garde. »
– « Féminiser à tout prix le langage est ridicule. »
– « Vous avez vu ce que ça donne lorsqu’elles sont au pouvoir. »
– « Elles manquent souvent d’humour. »
– « Si elle s’habille sexy, c’est bien pour plaire, non ? »
– « C’est quand même aux hommes de faire des avances ! Alors, il ne faut plus être galant ? Il faut savoir ce que l’on veut. »
– « Il y a des sports de garçons et des sports de filles. »
– « Les femmes ne savent pas conduire. »
– « Le peu de femmes artistes peintres ou sculptrices connues montre bien que les hommes sont plus créatifs. »

A ces clichés sexistes l’auteur oppose des réponses synthétiques faites en une à trois pages. Si je connaissais certaines réponses et pourrais même en faire d’autres, j’en ignorais quelques-unes, comme celle de la soit-disante répartition des tâches à la préhistoire.

Un petit ouvrage à posséder dans les CDI de collège et de lycée, pour empêcher, par l’éducation, la pérennisation des préjugés sexistes.

Mémé d’Arménie de Farid Boudjellal

14.12
2016
cop. Futuropolis

cop. Futuropolis

 

1960. Un jour, les parents de Mahmoud reçoivent un télégramme : son grand-père vient de mourir. Son père décide aussitôt d’aller chercher sa grand-mère pour qu’elle vienne vivre avec eux à Toulon. Mahmoud va de surprise en surprise : sa grand-mère porte la croix, fête Noël, elle est chrétienne, alors que lui, musulman de père en fils, va bientôt être circoncis. Et le chirurgien qui va l’opérer cherche à tout prix, en vain, à la faire parler du génocide arménien…

Le dessin, tout en douceur et rondeur, me plaisait bien, mais quelle déception de pas en savoir davantage sur le génocide arménien ! Finalement cette histoire pourrait être transposée à toute famille sur plusieurs générations ayant vécu un traumatisme. Ici il est davantage question du silence autour de souvenirs tragiques que de la biographie de cette vieille dame. Bref on n’apprend rien de plus.

Haytham : une jeunesse syrienne de N. Hénin & K. Park

07.12
2016
cop. Dargaud

cop. Dargaud

 

À Deraa, en Syrie, Haytham, âgé de 14 ans, veut accompagner son père dans les manifestations. Mais bientôt ce dernier, devenu l’un des leaders de la jeune révolution, est activement recherché. Il quitte sa famille pour se cacher avant de passer la frontière. Pendant ce temps, à Deraa, un couvre-feu est instauré et les opposants torturés ou exécutés. Finalement sa famille décide de fuir le pays, à son tour, pour rejoindre la France.

Nicolas Hénin, s’inspirant de la biographie de Haytam, ne nous présente pas ici la même image de la Syrie d’avant Daesh que Ryad Sattouf. Haytam évolue dans un milieu urbain, côtoie les amis de son père, dans l’opposition politique, gagne des tournois d’échecs, passe le brevet : on est bien loin de la caricature de la population syrienne faite dans l’Arabe du futur. Le parcours de Haytam est d’ailleurs exemplaire, lui qui n’a « pas démérité » comme il le souligne en conclusion en remerciant la France de les avoir accueillis. Le dessin au crayon, presque réaliste, est bien rythmé.

Une BD dans la vague des récits de vie sur les migrants, pour faire connaître au grand public leur parcours.

Un printemps à Tchernobyl d’Emmanuel Lepage

30.11
2016

Un printemps à TchernobylDans le train qui le mène à Tchernobyl, le narrateur lit La supplication de Svetlana Alexievitch, l’une des survivantes à la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle, qui perdit et son mari et son bébé. Deux vies rappelées parmi les dizaines de milliers de victimes. A l’époque, Alain Madelin annonçait au journal qu’ »il n’y a aucun problème de sécurité en France » et que le nuage radioactif s’était arrêté à la frontière. C’est sur l’invitation de l’association les Dessin’acteurs qu’Emmanuel Lepage a décidé de se rendre sur place pour pouvoir raconter ce qu’il reste 22 ans après…

On est saisi tant par l’originalité du récit-témoignage que par la beauté du dessin, parfois glaçante, glissant du noir et blanc vers des couleurs éclatantes, mystérieuses, presque plus inquiétantes. L’un d’ailleurs, forcément, ne va pas sans l’autre : parti plein de préjugés sur ce qu’il va trouver à Tchernobyl, le narrateur est surpris par la vie foisonnante qu’il y découvre, tant dans les zones interdites où faune et végétation ont repris leurs droits, que dans les villages proches où les habitants rient, dansent et jouent, à la frontière de cette menace invisible. On sort subjugué par l’authenticité de ce témoignage du narrateur qui ne cherche pas à tout prix comme tant d’autres à montrer ce qu’il est parti trouver, et par la noirceur de ce joyau au coeur d’une des pires catastrophes générées par l’être humain lui-même. Terrible et magnifique.

Louise Michel : la Vierge rouge de M. & B. Talbot

23.11
2016
cop. Vuibert

cop. Vuibert

La biographie de Louise Michel m’est pour le moins familière, m’étant intéressée de près à cette figure féministe et anarchiste de la Commune, au point de vouloir en écrire le biopic. Le même mois où je découvre que La Danseuse, biopic de Loïe Fuller sur lequel je travaillais, était portée au grand écran, j’aperçois donc cette bande dessinée publiée en dehors du circuit des grands éditeurs, fruit du travail d’un couple de britanniques. C’est ce qu’on appelle l’herbe coupée sous le pied, par deux fois.

Priorité a été donnée ici à son action pendant la Commune, et à son parti pris contre les injustices sociales partout où elle va, à Paris comme en Guyane. Coup de projecteur pertinent, mais qui ne met du coup pas en lumière toutes ses autres activités du quotidien, d’éducation et de transmission notamment. De même, le dessin de Monique est simplifié à l’extrême : pourquoi ? Choix a également été fait de faire ressortir le rouge du noir et blanc, qui éclate parfois sur les planches. Bref j’ai bien aimé mais regretté que le scénario ne nous semble qu’effleurer le personnage, comme s’il restait à distance, sans vraiment lui donner corps, nous le faire connaître, nous faire entrer en lui en nous faisant partager ses émotions et sa vie.