Categorie ‘B.D. & mangas

La révolte des terres de Koza & Mousse

06.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hôtel Lutetia, Paris, juin 1945. Odette recherche parmi les photos accrochées au mur celle de son frère, qui n’est toujours pas rentré des camps.

Printemps 1941. Fernand ne veut pas d’histoire : descendre à la mine pour travailler, pêcher durant ses heures de loisirs, c’est tout ce qu’il demande. Mais son beau-frère Gilles et sa soeur Odette ne cessent de lui reprocher son indifférence à l’occupation et à la grève qui se prépare. Une nuit, il les aide à coller des affiches. Mais peu de temps après, tous les agitateurs sont arrêtés, lui y compris, et le commissaire à la solde des allemands s’exclame que c’est lui qui a donné les autres. Difficile alors de démentir, surtout qu’il a été aperçu un jour dans la voiture du commissaire pour rentrer en ville. Le voici déporté avec Gilles, aux yeux de qui il est un traître…

Mineur d’un côté, prisonnier dans l’autre, la couverture illustre bien les va-et-vients temporels du scénariste entre les puits de la fosse et les miradors du camp, pour rendre son histoire plus dynamique. Mais c’est sur le dessin qu’on s’attarde car, dans ses dégradés de gris, parfois d’ocre, celui-ci sert admirablement le récit. Un beau sujet, encore peu exploité, pour rendre leurs lettres de noblesse à ces anciens forçats des profondeurs de la terre, parmi lesquels comptaient mes deux grands-pères.

Championzé de Ducoudray et Vaccaro

31.08
2017
cop. Futuropolis

cop. Futuropolis

Un jour où Amadou M’Barick Fall, comme d’autres jeunes enfants, né à Saint Louis du Sénégal en 1897, plonge dans les eaux du fleuve pour aller y récupérer la monnaie que leur jettent les touristes, il rend à une riche comédienne et danseuse hollandaise en escale. Elle l’emmène alors avec elle pour sa tournée en France, mais l’abandonne à son départ à Rotterdam quelques mois plus tard. Resté seul à Marseille, et sans papiers, Siki vivote de petits boulots. Un soir où un client ivre le cogne, il riposte et d’un coup de poing le sonne. Un entraîneur de boxe le repère alors : il devient Battling Siki, un champion, mais il est certains combats plus difficiles que d’autres lorsqu’on est noir au début du 20e siècle…

A défaut de connaitre Battling Siki, je connais depuis voici quatre ans Aurélien Ducoudray, son biographe ici, dont ce fut le tout premier scénario de BD publié, ainsi que Eddy Vaccaro, dont le beau coup de crayon gras colle parfaitement au sujet. Premier champion du monde de boxe français, mais d’origine sénégalaise, Battling Siki est mort assassiné et vite oublié, voire effacé des encyclopédies sportives, l’époque étant davantage à la célébration des colons que du peuple nègre colonisé, aux prises avec le racisme ordinaire. Cette bande dessinée dépasse le cadre d’une simple biographie remettant en scène un héros injustement oublié, en faisant la peinture d’une époque heureusement révolue.

Elsa : le danseur de Makyo et Faure

16.08
2017
cop. Glénat

cop. Glénat

Lalie et sa fille, Elsa, sont séquestrées dans la cave d’une secte par Benoit, un tueur professionnel engagé par Cassina, endetté, qui recherche des toiles représentant une enfant qui manquent à la collection Zystein. Alors que son mari et le commissaire cherchent à les sortir de ce mauvais pas, Elsa ressent le besoin de peindre pour s’extérioriser et réussit à sortir…

Un dessin un peu daté maintenant pour un scénario chétif, sauvés par le mystère qui entoure et les toiles et cette enfant-peintre, Elsa…

Le rapport de Brodeck de Larcenet

09.08
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

 

Lors de sa venue à la bibliothèque de Fleury, Philippe Claudel nous avait parlé de l’adaptation en cours de son roman Le rapport de Brodeck, couronné par le prix Goncourt des lycéens.

Le récit n’a pas changé :

Dans un village isolé, peut-être en Alsace, vient d’être assassiné l’Anderer, l’autre, celui qui est arrivé un jour tout sourire sans jamais dire son nom. Alors les hommes du village, comme pour se disculper, chargent Brodeck, le seul à ne pas être coupable, d’une mission, celle de raconter comment tout cela s’est passé, depuis le début, dans un rapport. Mais en rappelant ses souvenirs à lui, Brodeck fait ressurgir aussi, malgré lui, tout un passé qui date de bien au-delà de l’arrivée de cet homme doux mais étrange, un passé ancré dans l’Histoire, dans ce qu’elle a connu de plus inhumain, et dans celle du village, qu’il ne faut surtout pas déterrer…

Larcenet a choisi de faire des nazis des monstres réels, en contraste avec la jeune épouse du commandant, son bébé dans les bras, venant assister à chaque pendaison. Pourquoi cette singularité ? Pourquoi les avoir fait monstres si la plus monstrueuse a ce visage si ordinaire ? Pourquoi ne pas leur avoir laissé figure humaine ? Ainsi, les villageois détruisent leur propre image peinte, si vraie et donc si introspective, si monstrueuse pour eux, oeuvre de l’Anderer. N’importe qui d’extérieur au village aurait salué le talent du peintre, eux n’ont vu que le fait d’avoir été démasqués, percés à jour. Et il est des secrets qu’il ne vaut mieux pas déterrer. Ainsi c’est Brodeck que les villageois chargent sous la menace d’établir le rapport sur un meurtre qu’il n’a pas commis et dont il n’a pas été témoin, lui qui fut aussi la victime du village, revenu des camps, où il était devenu le chien Brodeck, et dont la femme fut à son tour donnée en pâture aux Nazis, pour étancher leur soif de vengeance, avec l’amertume de la défaite. Et, cette fois, quand le maire lui fera comprendre que le village va tout faire pour oublier ses crimes, Brodeck, cette fois, comprend que sa famille doit partir avant d’être massacrée à son tour, comme leur rappelant à chaque fois leurs crimes envers elle.

Larcenet nous offre ici des planches muettes d’un noir et blanc remarquable, distillant le non-dit, le secret, la monstruosité de la délation, de la xénophobie et de la lâcheté. Hélas, sans doute qu’un certain nombre de villages en France pourrait se reconnaitre dans cette ambiance délétère. Il n’y a qu’à voir le résultat des élections pour constater combien l’isolement rural attise la peur et la haine. Cette fois, du coup, si l’histoire est triste et révoltante, elle n’est pas aussi glauque que peut l’être Blast.

 

 

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !

Chantier interdit au public de Claire Braud

26.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hasan vient d’être embauché comme ferrailleur dans la boîte d’intérim « Pauvre comme Job », dirigée par Dominique et Jacqueline. Sur le chantier, il retrouve Souleymane, qui vient d’obtenir ses papiers, après 15 ans, et qui aimerait du coup être embauché sous son vrai nom et obtenir un meilleur poste, malgré le racisme ambiant…

Gloups ! Dans cette BD, on a bel et bien l’impression de plonger dans l’esclavage moderne : les boîtes d’interim raflent les indemnités de leurs sous-traitants qu’ils traitent comme du bétail, les entreprises du bâtiment perdent le moins de temps possible sur l’échéancier en ne respectant pas les consignes de sécurité et en maltraitant leurs intérimaires. Les blancs sont en haut de l’échelle, et les noirs et les arabes au plus bas, quel que soit leur niveau réel de compétences. Bref c’est un travail précaire, dangereux et sous-payé sous le règne du régime de terreur. Encore une BD bien édifiante sur les conditions de travail dans ce secteur… Cela fait peur !

Turbulences de Virot & Lambert

19.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Marion, 32 ans, chercheuse, phobique de l’avion, appréhende de devoir embarquer le lendemain matin. Sylvie, hôtesse de l’air divorcée, qui a la garde de ses enfants, éteint son réveil à 4h15, tout comme Martin, pilote. C’est Sylvie qui briefe l’équipage, 1h45 avant le départ…

D’après son enquête, la sociologue Anne Lambert a imaginé ce scénario mis en dessin par Baptiste Virot. Elle présente à l’aide de petites fiches signalétiques chacun des personnages principaux, qui ont chacun un rôle durant le voyage. Dans ce milieu, elle insiste tant sur les différents comportements à risque d’usagers que sur le sexisme chez les pilotes (1 femme sur 9) et leur toute-puissance vis-à-vis du personnel navigant (2/3 de femmes).

Certes, il est bien difficile de concilier voyages long-courrier et vie familiale, et il est interdit de se plaindre de ses faiblesses physiques, mais la compensation financière pour leurs responsabilités et la sécurité des passagers reste on ne peut plus raisonnable par rapport à d’autres métiers ayant les mêmes contraintes horaires !