Categorie ‘Mangas

Dédale de Takamichi

16.11
2016
cop. Doki-Doki

cop. Doki-Doki

 

Un Seinen en deux tomes seulement, c’est une première bonne surprise ! Car à la longue les séries en une vingtaine de tomes épuisent et notre bourse et notre patience.

La seconde, c’est ce duo d’héroïnes, Reika, une jolie « perchée », mais pas tant que ça, et Yoko, une grosse « les pieds sur terre », mais pas tant que ça non plus. Si l’on excepte les très brèves apparitions de Tagami, le créateur de jeu, et de Akira, le fiancé de Yoko, ces deux jeunes étudiantes co-locataires qui travaillaient comme « dé-buggueuses » au sein de la compagnie de jeux vidéo « Klein Software », sont les seuls personnages de cette histoire, et ce sont de vraies héroïnes, qui font autre chose que de parler de mecs ou fripes : une histoire anti-sexiste au possible donc, chouette !

L’histoire démarre in medias res, alors qu’elles se retrouvent soudain toutes deux dans un immense bâtiment, véritable labyrinthe peuplé de monstres, aux lois ressemblant à celles des jeux vidéos qu’elles ont l’habitude de tester…

Reika est l’archétype même du/ de la passionné/e de jeux vidéo : mal à l’aise dans le monde réel, ayant des difficultés à communiquer, surtout à l’oral et directement, elle révèle toute sa créativité et son intelligence dans les jeux vidéo qui possèdent leur propre logique. L’auteur réussit ainsi à nous communiquer à travers ce personnage féminin en quoi les jeux vidéo peuvent être passionnants.

Pour les amateurs/amatrices de Seinen, enfin un nouveau titre sympa ! J’en connais un qui a vraiment adoré !

Le maitre des livres d’Umiharu Shinohara

15.06
2016
cop. Komikku

cop. Komikku

Honteux de ne pas réussir aussi bien que son père, Myamoto s’abrutit au travail pour ne pas avoir à rendre visite à ses parents. Un soir, Myamoto, déjà passablement ivre après avoir fêté la fin d’année avec ses collègues, découvre par hasard une bibliothèque pour enfants, « La rose trémière », encore ouverte. Le bibliothécaire, Mikoshiba, qui n’a pas la langue dans sa poche, l’accueille vertement avant de lui demander de l’aider à ranger les livres. Myamoto tombe alors sur le conte La montre musicale de Nankichi Niimi, qui lui rappelle celle de son père qui la lui a donné et dont il ne se sent pas légitime. Etonné de la coïncidence avec sa propre vie, il interroge Mikoshiba, qui lui répond : «Ce n’est pas toi qui choisis les livres mais les livres qui te choisissent.» Dès lors, Myamoto devient un habitué de la bibliothèque…

Au cours de 9 chapitres, plusieurs autres personnages font leur apparition : Mizuho et Itaya, les collègues féminins de Mikoshiba, et des usagers, comme Shôta, fan de jeux vidéo, qui maltraite dans sa classe Noguchi, avant de découvrir le plaisir de la lecture avec L’île au trésor, et de le partager avec Noguchi…. tout comme Myamoto partage le même avis sur Le Prince heureux d’Oscar Wilde, que le bibliothécaire qui a donné le goût de lire au jeune Mikoshiba, et lui a fait trouver sa vocationAutres personnages : Léo et sa mère possessive et complètement paranoïaque, à qui Mikoshiba fait lire Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède.

Les autres répliques du jeune maître des livres :

« Tu te crois suffisamment adulte pour avoir le droit de considérer comme stupide la lecture de livres pour enfants ? »

« Ce serait faire preuve d’une grande stupidité que de considérer comme débiles des oeuvres que l’on n’a jamais lues ! »

Celles du vieux maître des livres, Monsieur Tokuma, que l’on n’entend plus désormais :

« Ici c’est pas une salle d’étude mais une bibliothèque ! Vous ne lisez donc aucun livre et vous vous permettez de squatter les tables ? C’est pas une école, ici !  Ces sièges et ces tables sont ici pour accueillir ceux qui veulent lire !»

« Voir la joie sur le visage des usagers quand on leur donne le livre qu’ils attendaient, n’a pas de prix !»

«Arriver à donner le plus possible de bons livres aux usagers fréquentant la bibliothèque est vraiment un travail gratifiant.»

Celles des collègues:

«Le fait que des enfants utilisent régulièrement ou non la bibliothèque dépend entièrement de la qualité du bibliothécaire ! »

Et celles des détracteurs :

«Il suffit qu’une bibliothèque soit rangée pour qu’une bibliothèque soit utile ! Même le rangement des livres peut être fait par une personne non compétente. J’ai du mal à comprendre le besoin d’une quelconque expertise. »

A qui il est répondu :

« Le rôle d’un bibliothécaire est de donner envie aux gens de lire… ainsi que de trouver les livres qui pourraient plaire aux gens ! C’est parce qu’il y a des bibliothécaires capables de ça que l’on se rend dans les bibliothèques ! »

« La bibliothèque que tu décris n’en est pas une… C’est une simple boîte contenant des livres, c’est tout ! »

Faut-il vous dire que j’ai adoré ce premier tome de la série, à tel point qu’ayant emprunté les quatre premiers tomes, j’ai décidé de les acheter pour les relire et les garder chez moi ? Et les suivants…

Il est vrai que Le Maitre des livres ne peut que séduire les lecteurs comme moi, que leur plaisir de lecture a dégénéré en passion et généré, pour le coup, très tôt, une vocation professionnelle.

Le Maitre des livres invite à considérer la lecture comme vecteur de transformation d’autrui. Il permet de re-découvrir les classiques de la littérature internationale. Les débats entre les protagonistes permettent de nous donner une belle vision des métiers du livre, qui fait chaud au coeur. On a parfois envie d’afficher ces passages en les agrandissant dans les rayons des bibliothèques ! Contrairement à la plupart des mangas, le dessin et surtout les expressions des personnages restent assez sobres. Si leur transformation s’avère soudaine et radicale, c’est avant tout pour montrer la puissance de la lecture. Par moments, évidemment, le mangaka ne peut s’empêcher d’exploiter la veine « cute » soit avec les enfants, soit avec les demoiselles éprises du héros gentil, dévoué, sensible, intelligent et riche, qui ne s’aperçoit de rien et n’en est que plus attirant. Mais voilà, cela ne retire rien aux belles leçons sur l’amour des livres de cette série très atypique.

Un aperçu de la suite avec le tome 2 : Quand une collègue et une bibliothécaire se disputent Myamoto et qu’on apprend qu’il est le fils d’un riche entrepreneur, et qu’il cherche dans les livres quel adulte il aurait aimé devenir…  

Avec l’apparition de la très jolie Kaneko qui caresse le rêve de trouver pour sa fille Risa un père comme le « papa-longues-jambes » de Jean Webster,

et d’Isaki, un jeune libraire, qui vit mal la concurrence avec le bibliothécaire. Mais la réelle ambition d’Isaki serait de devenir auteur de livres d’images :

« C’est parce qu’il y a des bibliothèques comme la vôtre, que le chiffre d’affaire des libraires baisse de jour en jour !!  Comme les gens peuvent emprunter gratuitement leurs livres, ils viennent de moins en moins en acheter en librairie ! Les ventes baissant, le nombre de titres publiés est aussi en baisse. Et on ne voit quasiment plus que des best-sellers en boutique ! Bientôt les auteurs n’écriront plus que des livres ayant un potentiel commercial ! »

Or « les bibliothèques sont des clients très importants pour nous autres, libraires. Car eux achètent même les livres qui en temps normal ne se vendent pas bien. » lui objecte le responsable de librairie.

 « D’accord, ils nous en achètent un ou deux exemplaires. Mais il y en a des dizaines derrière qui l’empruntent sans acheter ! »

 A quoi on lui répond :

« chez nous, la moyenne est d’un livre emprunté toutes les deux semaines par personne. Ce qui fait que pendant les 52 semaines d’une année entière, un même titre est emprunté environ par 26 personnes. »

Ce qui paraît peu au libraire, alors qu’on est vraiment loin du compte dans les CDI, surtout en lycée !!!

Enfin,

« un gamin, ça ne relit jamais un livre qui ne lui plait pas. Par contre, ils relisent un paquet de fois les livres qui leur plaisent. Encore et encore. »

 Mais le point essentiel,

« c’est lorsqu’un enfant découvre un livre lui plaisant énormément qu’il découvre en même temps le plaisir de la lecture. Une fois qu’il connaît ce plaisir, sa quantité de lecture augmente naturellement. Car il a ainsi pris l’habitude de lire. Après ça, il commence à ressentir un manque lorsqu’il emprunte. Il ressent le besoin de garder le livre auprès de lui. Quelqu’un qui est devenu un lecteur assidu, va alors tout naturellement commencer à acheter ses livres. Eh oui, le virus de la lecture ne se chope pas sans la lecture. »

 « En bref, une bibliothèque est un lieu qui te procure l’envie d’aller acheter tes livres. »

« On apprend à connaître les livres à la bibliothèque… et on les achète à la librairie. »

Cours, Bong-gu ! de Byun Byung Jun

18.05
2016
cop. Kana

cop. Kana

Au premier coup d’oeil, c’est le graphisme de ce petit manhwa qui séduit, doux et délicat, aux tendres couleurs pastel. Et puis, à la lecture de cette bande dessinée coréenne, qui se lit comme une BD franco-belge, il serait difficile de ne pas être attendri par cette histoire d’une mère et de son petit garçon partis de leur île à la recherche de leur époux et père disparu depuis quelques années dans la grande ville de Séoul, où ils se heurtent à l’indifférence de leurs contemporains. Seuls un grand-père réduit à mendier dans les transports en commun, avec sa petite-fille, leur porteront secours…

Trop choupinou !

 

Les contrées sauvages : tome 1 de Taniguchi

31.12
2014

cop. Casterman

Entre 1975 et 1986, à la fois profondément inspiré par la richesse des décors et des informations contenues dans les cases de la bande dessinée franco-belge, et par la liberté de ton du manga adulte, Jirô Taniguchi crée une nouvelle dynamique de l’image, et partant du récit, à la fois très rapide et très fouillée.

Il rend hommage dans ces huit récits aux grands espaces, aux Indiens d’Amérique décimés, qui surent créer un équilibre respectueux avec leur environnement, et donne souvent sa revanche à la Nature, parfois de façon très cruelle, sur une humanité meurtrière. Une belle réussite. 

TANIGUCHI, Jirô. – Les contrées sauvages : tome 1. – Casterman, 2014. – 216 p. + 14 p. : ill. n.b. + coul. ; 21 cm. – EAN13 9782203084438 : 13,95 €.

Les pieds bandés de Li Kunwu

13.08
2014
cop. Kana

cop. Kana

Forcée par sa mère, qui souhaite lui offrir sa seule chance par un beau mariage de s’élever au-dessus de sa condition, Chun Xiu doit renoncer à l’insouciance et aux jeux de son enfance, et à l’amour de son camarade de jeu Magen, pour souffrir le martyr : désormais elle ne peut plus sauter ni courir, ni même marcher comme les autres. Hélas, à peine est-elle en âge de se marier, que la révolution éclate : à bas les coutumes féodales ! De convoitée, Chun Xiu est soudain transformée en paria. Fuyant la violence de la ville, elle se réfugie avec Magen à la campagne. Mais dès le premier jour d’absence de son fiancé, qui n’a encore pas osé la toucher, Chun Xiu subit un viol collectif, et ne peut plus enfanter. Le déshonneur est tel qu’il lui faut alors également renoncer à Magen…

 

Longtemps j’ai tardé à acheter ce one-shot chinois dont Joël de l’ACBD m’avait fait l’éloge : je savais que ce serait terrible… Ce le fut. Aucun doute là-dessus : impossible de retenir une larme à la lecture de l’histoire tragique de cette pauvre femme qui ne connut, à vrai dire, quasiment que peine et douleur tout au long de sa vie… et tout ceci à cause de l’impitoyable tradition millénaire des pieds bandés, que l’on dit alors « aériens », ressemblant à la belle gazelle, mais qui sont tout bonnement horriblement atrophiés, jusqu’à ne mesurer que 7,5 cm ! Si cette histoire mérite d’être connue, la virtuosité de l’auteur, déjà plébiscité pour Une Vie chinoise, mérite d’être, elle, saluée : la page 72, par exemple, renouvelle la mise en page de l’héroïne, cible de tous les regards. Un manhua incontournable.

Mitsuko attitude de Mamoru Kurihara

06.08
2013
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Après la mort successive de sa mère puis de son père, d’un cancer du pancréas, Mitsuko, jeune fille débrouillarde, essaie de vivre seule mais son patron lui fait plus que des avances chez elle, et elle est contrainte d’accepter de vivre chez son oncle et tante. Là elle apprécie de se sentir entourée, même si elle a des mots avec sa petite cousine très intelligente du CP. Mais les coutumes de cette famille lui semblent vite bizarres : si elle est heureuse de trouver une assiette remplie de fruits pour son petit déjeuner, elle est très surprise de découvrir son oncle nu en train de se faire des lavements, et son beau cousin buvant son urine…

Oh là ! C’est trash ! Ce premier tome à l’apparence rose bonbon guimauve cache bien son jeu en démarrant très scato. Gageons que le cousin s’est bien fichu d’elle et qu’il boit tout simplement du thé ! En tout cas, cette auteure âgée de quarante ans n’y va pas avec le dos de la petite cuiller : l’odeur du caca, du pipi, le cancer, la mort,… Un peu perplexe, j’ai fait ma petite recherche sur google pour vérifier l’épilogue pédagogique et effectivement, certains le préconisent. Pour faire passer le message de « mieux vaut prévenir avant de s’apercevoir que l’on ne peut plus en guérir », la mangaka y va fort, proposant des solutions extrêmes, tout cela avec beaucoup d’humour, avec un graphisme assez représentatif du shôjo.

Emprunt au CDI du lycée

 

Pablo : 1. Max Jacob

10.07
2013
cop. Dargaud

cop. Dargaud

Le jeune artiste barcelonais Pablo arrive à Paris à l’automne 1900, avec son ami Carlos Casamegas. Pablo ne s’est pas encore fait un nom : tous deux sans le sou s’adaptent à la capitale dans les bras de poules parisiennes qui les font un peu tourner bourriques, au point de jeter dans le plus grand désespoir Carlos. Parallèlement, Fernande, la muse future de Pablo, tente tant bien que mal de s’arracher à une série de destins désenchantés…

Dans la tendance des biopics en bande dessinée, voici enfin la biographie de Pablo Picasso en quatre volumes. Le choix de la scénariste est d’évoquer la biographie de Picasso en parallèle de celle de sa muse, Fernande. Dans ce premier tome, elle met l’accent par le sous-titre avec l’importance capitale de sa rencontre avec le poète Max Jacob, le grand ami de Picasso et son premier véritable admirateur. J’avoue en revanche ne pas avoir été particulièrement emballée par le choix de ces planches en six cases, avec des aplats de dialogues, mais plutôt fascinée par la reconstitution historique de la bohème montmartroise et de l’Exposition universelle par Clément Oubrerie (le dessinateur de la série Aya de Yopougon). A suivre !

Challenge La Belle Epoque

Challenge La Belle Epoque