Categorie ‘Bandes Dessinées

Elsa : le danseur de Makyo et Faure

16.08
2017
cop. Glénat

cop. Glénat

Lalie et sa fille, Elsa, sont séquestrées dans la cave d’une secte par Benoit, un tueur professionnel engagé par Cassina, endetté, qui recherche des toiles représentant une enfant qui manquent à la collection Zystein. Alors que son mari et le commissaire cherchent à les sortir de ce mauvais pas, Elsa ressent le besoin de peindre pour s’extérioriser et réussit à sortir…

Un dessin un peu daté maintenant pour un scénario chétif, sauvés par le mystère qui entoure et les toiles et cette enfant-peintre, Elsa…

Le rapport de Brodeck de Larcenet

09.08
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

 

Lors de sa venue à la bibliothèque de Fleury, Philippe Claudel nous avait parlé de l’adaptation en cours de son roman Le rapport de Brodeck, couronné par le prix Goncourt des lycéens.

Le récit n’a pas changé :

Dans un village isolé, peut-être en Alsace, vient d’être assassiné l’Anderer, l’autre, celui qui est arrivé un jour tout sourire sans jamais dire son nom. Alors les hommes du village, comme pour se disculper, chargent Brodeck, le seul à ne pas être coupable, d’une mission, celle de raconter comment tout cela s’est passé, depuis le début, dans un rapport. Mais en rappelant ses souvenirs à lui, Brodeck fait ressurgir aussi, malgré lui, tout un passé qui date de bien au-delà de l’arrivée de cet homme doux mais étrange, un passé ancré dans l’Histoire, dans ce qu’elle a connu de plus inhumain, et dans celle du village, qu’il ne faut surtout pas déterrer…

Larcenet a choisi de faire des nazis des monstres réels, en contraste avec la jeune épouse du commandant, son bébé dans les bras, venant assister à chaque pendaison. Pourquoi cette singularité ? Pourquoi les avoir fait monstres si la plus monstrueuse a ce visage si ordinaire ? Pourquoi ne pas leur avoir laissé figure humaine ? Ainsi, les villageois détruisent leur propre image peinte, si vraie et donc si introspective, si monstrueuse pour eux, oeuvre de l’Anderer. N’importe qui d’extérieur au village aurait salué le talent du peintre, eux n’ont vu que le fait d’avoir été démasqués, percés à jour. Et il est des secrets qu’il ne vaut mieux pas déterrer. Ainsi c’est Brodeck que les villageois chargent sous la menace d’établir le rapport sur un meurtre qu’il n’a pas commis et dont il n’a pas été témoin, lui qui fut aussi la victime du village, revenu des camps, où il était devenu le chien Brodeck, et dont la femme fut à son tour donnée en pâture aux Nazis, pour étancher leur soif de vengeance, avec l’amertume de la défaite. Et, cette fois, quand le maire lui fera comprendre que le village va tout faire pour oublier ses crimes, Brodeck, cette fois, comprend que sa famille doit partir avant d’être massacrée à son tour, comme leur rappelant à chaque fois leurs crimes envers elle.

Larcenet nous offre ici des planches muettes d’un noir et blanc remarquable, distillant le non-dit, le secret, la monstruosité de la délation, de la xénophobie et de la lâcheté. Hélas, sans doute qu’un certain nombre de villages en France pourrait se reconnaitre dans cette ambiance délétère. Il n’y a qu’à voir le résultat des élections pour constater combien l’isolement rural attise la peur et la haine. Cette fois, du coup, si l’histoire est triste et révoltante, elle n’est pas aussi glauque que peut l’être Blast.

 

 

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !

Chantier interdit au public de Claire Braud

26.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hasan vient d’être embauché comme ferrailleur dans la boîte d’intérim « Pauvre comme Job », dirigée par Dominique et Jacqueline. Sur le chantier, il retrouve Souleymane, qui vient d’obtenir ses papiers, après 15 ans, et qui aimerait du coup être embauché sous son vrai nom et obtenir un meilleur poste, malgré le racisme ambiant…

Gloups ! Dans cette BD, on a bel et bien l’impression de plonger dans l’esclavage moderne : les boîtes d’interim raflent les indemnités de leurs sous-traitants qu’ils traitent comme du bétail, les entreprises du bâtiment perdent le moins de temps possible sur l’échéancier en ne respectant pas les consignes de sécurité et en maltraitant leurs intérimaires. Les blancs sont en haut de l’échelle, et les noirs et les arabes au plus bas, quel que soit leur niveau réel de compétences. Bref c’est un travail précaire, dangereux et sous-payé sous le règne du régime de terreur. Encore une BD bien édifiante sur les conditions de travail dans ce secteur… Cela fait peur !

Encaisser ! d’Anne Simon

12.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

D’après l’ouvrage de la sociologue Marlène Cenquet, Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2013), Anne Simon a imaginé une mère célibataire embauchée comme hôtesse de caisse dans une zone commerciale, qui commence à lire un fascicule sur l’histoire du groupe Batax, dont fait partie le supermarché. Le PDG s’y représente comme celui qui a permis de faire se côtoyer toutes les denrées en libre-service, sans avoir à courir à droite et à gauche. La cheffe de caisse insiste sur sa présentation convenable, sa formatrice sur le planning qui change chaque semaine, avec des coupures dans la journée de plusieurs heures, la déléguée syndicale Fo ménage les patrons et la CGTiste organise une grève…

Comme toujours dans cette collection, on sort de la lecture de cette BD moins bête qu’avant : vous ne passerez plus en caisse sans savoir ce qu’encaisse votre hôtesse au quotidien !

Lady Whisky de Joël Alessandra

05.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Alors que sa tante, Helen Arthur, grande critique de whisky, vient de décéder, Joël Alessandra découvre dans ses carnets qu’elle laisse derrière elle une quête inachevée, celle d’un whisky tourbé, malté, salé, marin, au goût d’algue pour sa propre marque. Délaissant sa documentation sur le sujet qui décline toutes les sortes de whisky dans le monde, Joël s’oriente vers la Mecque du whisky, l’Ecosse, et même vers la Mecque de la Mecque du whisky, l’île d’Islay, qui dispose du plus grand nombre de distilleries d’Ecosse au mètre carré. Il demande alors à Caroline Dewer, une ancienne collègue et amie de Helen, de l’accompagner dans ce voyage initiatique…

Cette bande dessinée se lit comme un beau carnet de voyages et de rencontres, qui nous fait découvrir, à l’instar du narrateur, comment on obtient le whisky, comment on le boit et où on trouve les plus recherchés.  Vous êtes invités chez un amateur de bon whisky ? Ne cherchez plus : offrez-lui cette BD.

Plus belle la série de Paul-André Landes, Emilie Harel et Muriel Mille

28.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

« Plus belle la série » : l’ironie du titre, calqué sur la célèbre série française, annonce d’emblée que l’on risque de sortir désenchanté de cette découverte des coulisses d’une série à succès. A partir d’une thèse de la sociologue Muriel Mille, Paul-André Landes et Emilie Harel ont imaginé qu’une jeune scénariste, Clémentine, dont l’arche dramatique a été validée parmi celles proposées par  ses collègues à Paris, ait soudain envie de se faire passer pour une figurante pour  assister au tournage à Marseille des épisodes qu’elle a imaginés…

Moi-même scénariste de formation, sans m’être trop frottée au monde audiovisuel, dont les enjeux économiques sont énormes, j’étais curieuse de vérifier dans cette bande dessinée si ce qu’on m’avait dépeint du milieu s’avérait exact. Et effectivement, tout s’avère vrai de A à Z : les scénaristes travaillent en équipe, en amont, en se répartissant les arches dramatiques, complètement déconnectés de la suite. Les producteurs décident seuls, après avoir lu leur travail, de l’orientation à prendre. Puis, sur le lieu du tournage, qui emploie énormément de corps de métiers différents pour donner vie au texte, le scénario, que découvre les acteurs épisode après épisode, est fréquemment malmené pour des raisons de logistique. Une vraie machine de guerre, donc, pour fidéliser le maximum de téléspectateurs devant le petit écran. Un bon aperçu de ce secteur d’activité, dont l’aura artistique est plutôt malmenée ici.

HAREL, Emilie, LANDES, Paul-André, MILLE, Muriel

Plus belle la série

Casterman, 2017 (Sociorama)

164 p. : ill. n.b. ; 16*19 cm

EAN13 978-2-203-11953-6 : 12 €