Categorie ‘Bandes Dessinées

Sous la blouse de Marion Mousse

21.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Emmanuelle Zloesio, sociologue, a consacré sa thèse de sociologie aux femmes chirurgiens. Marion Mousse part ici de son enquête sur le terrain pour nous faire entrer dans un milieu très sélect, et encore très misogyne. Dans le milieu hospitalier, si on a de l’empathie, on est une « lopette », et si on est une femme, on ne peut qu’être infirmière, pas chirurgienne ! Les préjugés mènent la vie dure à toutes celles qui choisissent de devenir le nec plus ultra du milieu hospitalier, des « boss », des chirurgiennes. En salle de repos, décorée d’une fresque très suggestive, comme dans la salle d’opération, les blagues se situent toujours au-dessous de la ceinture…
Comme beaucoup de métiers au fort capital symbolique et économique, celui de chirurgien est encore fortement réservé aux « mâles dominants » séducteurs et impassibles. Julie, étudiante, découvre, plus que son travail en salle d’opération, quelles relations humaines induisent sa fonction, tant avec ses collègues misogynes qu’avec ses patients, qui peuvent mourir entre ses mains. Une BD très instructive sur le combat à mener contre la discrimination sexuelle dans le milieu hospitalier.
MOUSSE, Marion, ZOLESIO, Emmanuelle
Sous la blouse
Casterman, 2017 (Sociorama)
164 p. : ill. n.b. ; 16*19 cm.
EAN13 978220303006 : 12 €

Séducteurs de rue de Léon Maret

16.06
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

Vous connaissez la collection Sociorama de Casterman ? Non ? Je vous avais fait découvrir La Banlieue du 20h et tout récemment La fabrique pornographique, et je m’apprête à vous présenter un titre par semaine : Séducteurs de rue, Turbulences, Encaisser !, Chantier interdit au public, Plus belle la série et Sous la blouse. Le principe ?

« La collection Sociorama signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie. D’un côté, des sociologues amateurs de BD qui ont créé l’association « Socio en cases » pour accompagner la transformation graphique d’enquêtes sociologiques ; de l’autre, des auteurs de BD curieux de sociologie qui se sont lancés dans une aventure originale, à l’écart de toute adaptation littérale ou illustration anecdotique. Le résultat : des fictions ancrées dans les réalités du terrain. Toute ressemblance ne sera pas pure coïncidence… »

Sacha ne sait absolument pas parler aux filles, ni les séduire. Trop intimidé, il les effraie. Un jour, il décide de faire appel à un coach de la séduction. Dès lors, il apprend au sein d’un groupe tout un tas de techniques et change de look. Les filles deviennent alors pour lui des proies qu’il manipule plus qu’il ne séduit. Plus question d’amour ou de sentiment, place au jeu !

Difficile de ne pas ressentir un certain malaise en lisant cet opus, aussi bien par rapport à son sujet, la drague de rue, dégradante et misogyne, que son dessin, qui fait très américain, façon cartoon volontairement un peu crade. Mais il a le mérite de me faire découvrir un domaine de coaching absolument hideux, d’après une enquête de Mélanie Gourarier, que j’ignorais complètement, avec son propre lexique.

La fabrique pornographique de Lisa Mandel

07.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Vigile dans un grand magasin, Howard mate le soir des films X. Fan de Pamela, qui d’actrice porno vient de passer derrière la caméra, il lui avoue un jour au Salon de l’érotisme vouloir travailler avec elle. Ni une ni deux, elle lui donne sa chance, et en est contente. Howard propose alors à une vendeuse avec qui il vient d’avoir une aventure de l’accompagner sur un tournage en Espagne pour gagner sa vie en faisant du X…

Directrice de la nouvelle collection Sociorama chez Casterman, Lisa Mandel attaque fort en choisissant de retranscrire le milieu pornographique pour ce premier opus. A partir des recherches du sociologue Mathieu Trachman, elle nous fait découvrir l’industrie sans fard du porno. Ainsi on découvre que le racisme dans le choix des rôles et des partenaires, tout comme le sexisme chez les réalisateurs, existent là aussi. Et puis, on s’aperçoit que si au départ il y a une excitation, un désir d’aventures, très vite la lassitude commence à s’installer, de même qu’une fatigue physique, certaines positions peu naturelles étant indispensables pour la caméra. Enfin, les carrières sont courtes, autant à cause des motifs cités qu’à cause du public avide de nouvelles « têtes ».

Une bande dessinée instructive, qui n’est pas tombée dans l’écueil du voyeurisme déplacé, et qui a aucun moment ne porte de jugement sur le milieu pornographique et les motivations des uns et des autres.

 

Il était une fois dans l’est : tome 1 de Julie Birmant et Clément Oubrerie

24.05
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

« Il était une fois dans l’est » : non, il ne s’agit pas d’un western spaghetti, mais du biopic d’Isadora Duncan, célèbre danseuse contemporaine, à travers sa relation avec de Serge Essenine, poète russe. J’étais donc complètement passée à côté de ce nouveau biopic d’une femme célèbre, et qui plus est d’une danseuse dont j’avais commencé à écrire le scénario, tant sa vie fut à la fois passionnante et tragique !

Ce premier tome commence par la fin tragique d’Isadora pour ensuite directement passer à l’été 1923 avec Serge Essenine et revenir sur les débuts de leur relation, soudaine et passionnée. Ayant lu l’autobiographie d’Isadora Duncan et de nombreux témoignages sur elle, j’avoue être passablement déçue par cette entrée en matière. Je veux bien croire que l’éditeur ait pensé, à tort ou à raison, que les noms d’Isadora Duncan et de Serge Essenine étaient inconnus du grand public, et qu’il fallait attirer le chaland en le faisant rêver d’exotisme venu du Nord et de passion, mais tout de même, je reconnais là bien mal l’image que je m’étais faite d’Isadora Duncan, danseuse inspirée des déesses grecques ! La mise en double page, hors cases, de sa danse, aérienne, rend seule hommage à sa danse, pour l’instant. Quel dommage !

Lecture dans le cadre de mon Challenge danse

cop. SeL

cop. SeL

 

Hey Jude ! de Sandrine Revel

19.04
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Julie fête aujourd’hui ses 8 ans. Sur la route qui les ramène à la maison, la fillette regarde avec envie les chiens qui se promènent avec leurs maîtres, tandis qu’elle serre la peluche que sa grand-mère vient de lui offrir. Son père refuse catégoriquement de lui acheter un chien. Mais lorsqu’ils ouvrent la porte de chez eux, le robot-ours de Julie lui a préparé en secret une fête avec tous ses amis, qui lui ont offert un cadeau bien particulier : un chiot boston terrier !

Une histoire de papa veuf un peu débordé mais prêt à retomber amoureux, de sa petite fille en manque de l’amour d’une maman, d’un R2-D2 jaloux prêt à tout pour reprendre sa place dans le coeur de sa jeune maîtresse et d’un chiot mignon comme tout, forcément, tout cela avec une belle mise en images très sympa : bref, un bon petit album à offrir, mais surtout pas aux siens, si l’on n’a ni robot ni chien à la maison !

REVEL, Sandrine

He Jude !

Casterman, 2017

55 p. : ill. en coul. ; 22*30 cm + annexes

EAN13 9782203118409 : 14 €

 

 

 

 

 

9782203118409_pp

L’appel de L. Galandon & D. Mermoux

05.04
2017

Couv_291686Cécile, mère célibataire, regarde un message vidéo laissé par son fils Benoît, parti faire le Djihad en Syrie auprès de ses « frères » de l’État Islamique. Elle tente de comprendre pourquoi lui, qui n’était même pas croyant, a pu se radicaliser à ce point, et espère, lors de leur prochain appel, pouvoir le récupérer.

La pertinence du récit commence par la polysémie de son titre, l’appel, celui qu’attend cette mère de son fils, celui avec qui tout commence, celui enfin avec qui tout se termine avec la radicalisation de sa foi en une autre cause. Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette bande dessinée, c’est que le recours aux réseaux sociaux et aux témoignages contraignent les auteurs à favoriser le texte par rapport à l’image. Laurent Galandon ne tombe en effet dans aucun des pièges : de bout en bout, son histoire ne verse dans aucun cliché ni aucun préjugé, ni par le choix de son protagoniste (blanc et athée), ni par les raisons de sa radicalisation (forts sentiments d’amitié et d’injustice), ni par son issue. Il soulève justement les bonnes questions, à savoir les inégalités sociales et la violence des rapports entre les jeunes et la police. Néanmoins le choix du noir et blanc, parfois sépia, renforce la sobriété et la pudeur du propos : pas d’esclandre ici, pas de violence montrée, tout est (presque) suggéré.

Une excellente BD sur ce triste sujet d’actualité qui tourne déjà dans tous les C.D.I. de lycées de France, et qui constitue un excellent point de départ pour entamer un débat avec les adolescents.

 

 

 

Réinventer la bande dessinée de Scott Mc Cloud

01.04
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Dans cette suite (et fin ?) de sa série pédagogique sur la bande dessinée, après L’Art Invisible et Faire de la Bande dessinée, Scott McCloud fait le point sur l’état actuel de la bande dessinée, aussi bien au niveau de l’innovation et de son renouvellement, que des enjeux économiques et des difficultés des auteurs. Il établit ainsi 12 points à partir desquels la bande dessinée peut encore croître et révéler tout son potentiel.

Quelle déception par rapport aux deux opus précédents : déjà au niveau de l’inscription de son analyse dans l’espace-temps, qui se résume beaucoup aux Etats-Unis et à une situation qui date déjà d’une quinzaine d’années ; ensuite, au niveau des 12 points qu’il mentionne, déjà pas mal exploités en France. Et puis, on sent bien qu’il rumine des réflexions amères contre les gros éditeurs américains, ce qui le fait se répéter dans son discours. Malgré tout, ses interrogations restent pleinement d’actualité : quelles pistes n’ont-elles pas encore été suffisamment explorées ? Comment vivre de son crayon lorsqu’on est auteur ? Sous quelle forme la bande dessinée peut-elle se métamorphoser sur le net ?

Une bande dessinée qui réfléchit sur la bande dessinée, pour les amateurs et les pros !

 

A relire les pages :

- 60 : c’est ce que nous faisons avec le Cacograph

- 89 : où il conseille d’ouvrir les BD pour donner envie de les lire

- bas de la p. 127 : placements de la caméra,

- 150-151 : le potentiel du dessin sur ordinateur,

- 187-189, 191, 195 : les enjeux économiques de la BD sur le web,

- 225-227 et 231 : la métamorphose de la BD sur le web.