Categorie ‘B.D. & mangas

Chantier interdit au public de Claire Braud

26.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hasan vient d’être embauché comme ferrailleur dans la boîte d’intérim « Pauvre comme Job », dirigée par Dominique et Jacqueline. Sur le chantier, il retrouve Souleymane, qui vient d’obtenir ses papiers, après 15 ans, et qui aimerait du coup être embauché sous son vrai nom et obtenir un meilleur poste, malgré le racisme ambiant…

Gloups ! Dans cette BD, on a bel et bien l’impression de plonger dans l’esclavage moderne : les boîtes d’interim raflent les indemnités de leurs sous-traitants qu’ils traitent comme du bétail, les entreprises du bâtiment perdent le moins de temps possible sur l’échéancier en ne respectant pas les consignes de sécurité et en maltraitant leurs intérimaires. Les blancs sont en haut de l’échelle, et les noirs et les arabes au plus bas, quel que soit leur niveau réel de compétences. Bref c’est un travail précaire, dangereux et sous-payé sous le règne du régime de terreur. Encore une BD bien édifiante sur les conditions de travail dans ce secteur… Cela fait peur !

Turbulences de Virot & Lambert

19.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Marion, 32 ans, chercheuse, phobique de l’avion, appréhende de devoir embarquer le lendemain matin. Sylvie, hôtesse de l’air divorcée, qui a la garde de ses enfants, éteint son réveil à 4h15, tout comme Martin, pilote. C’est Sylvie qui briefe l’équipage, 1h45 avant le départ…

D’après son enquête, la sociologue Anne Lambert a imaginé ce scénario mis en dessin par Baptiste Virot. Elle présente à l’aide de petites fiches signalétiques chacun des personnages principaux, qui ont chacun un rôle durant le voyage. Dans ce milieu, elle insiste tant sur les différents comportements à risque d’usagers que sur le sexisme chez les pilotes (1 femme sur 9) et leur toute-puissance vis-à-vis du personnel navigant (2/3 de femmes).

Certes, il est bien difficile de concilier voyages long-courrier et vie familiale, et il est interdit de se plaindre de ses faiblesses physiques, mais la compensation financière pour leurs responsabilités et la sécurité des passagers reste on ne peut plus raisonnable par rapport à d’autres métiers ayant les mêmes contraintes horaires !

Encaisser ! d’Anne Simon

12.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

D’après l’ouvrage de la sociologue Marlène Cenquet, Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution (La Découverte, 2013), Anne Simon a imaginé une mère célibataire embauchée comme hôtesse de caisse dans une zone commerciale, qui commence à lire un fascicule sur l’histoire du groupe Batax, dont fait partie le supermarché. Le PDG s’y représente comme celui qui a permis de faire se côtoyer toutes les denrées en libre-service, sans avoir à courir à droite et à gauche. La cheffe de caisse insiste sur sa présentation convenable, sa formatrice sur le planning qui change chaque semaine, avec des coupures dans la journée de plusieurs heures, la déléguée syndicale Fo ménage les patrons et la CGTiste organise une grève…

Comme toujours dans cette collection, on sort de la lecture de cette BD moins bête qu’avant : vous ne passerez plus en caisse sans savoir ce qu’encaisse votre hôtesse au quotidien !

Lady Whisky de Joël Alessandra

05.07
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Alors que sa tante, Helen Arthur, grande critique de whisky, vient de décéder, Joël Alessandra découvre dans ses carnets qu’elle laisse derrière elle une quête inachevée, celle d’un whisky tourbé, malté, salé, marin, au goût d’algue pour sa propre marque. Délaissant sa documentation sur le sujet qui décline toutes les sortes de whisky dans le monde, Joël s’oriente vers la Mecque du whisky, l’Ecosse, et même vers la Mecque de la Mecque du whisky, l’île d’Islay, qui dispose du plus grand nombre de distilleries d’Ecosse au mètre carré. Il demande alors à Caroline Dewer, une ancienne collègue et amie de Helen, de l’accompagner dans ce voyage initiatique…

Cette bande dessinée se lit comme un beau carnet de voyages et de rencontres, qui nous fait découvrir, à l’instar du narrateur, comment on obtient le whisky, comment on le boit et où on trouve les plus recherchés.  Vous êtes invités chez un amateur de bon whisky ? Ne cherchez plus : offrez-lui cette BD.

Plus belle la série de Paul-André Landes, Emilie Harel et Muriel Mille

28.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

« Plus belle la série » : l’ironie du titre, calqué sur la célèbre série française, annonce d’emblée que l’on risque de sortir désenchanté de cette découverte des coulisses d’une série à succès. A partir d’une thèse de la sociologue Muriel Mille, Paul-André Landes et Emilie Harel ont imaginé qu’une jeune scénariste, Clémentine, dont l’arche dramatique a été validée parmi celles proposées par  ses collègues à Paris, ait soudain envie de se faire passer pour une figurante pour  assister au tournage à Marseille des épisodes qu’elle a imaginés…

Moi-même scénariste de formation, sans m’être trop frottée au monde audiovisuel, dont les enjeux économiques sont énormes, j’étais curieuse de vérifier dans cette bande dessinée si ce qu’on m’avait dépeint du milieu s’avérait exact. Et effectivement, tout s’avère vrai de A à Z : les scénaristes travaillent en équipe, en amont, en se répartissant les arches dramatiques, complètement déconnectés de la suite. Les producteurs décident seuls, après avoir lu leur travail, de l’orientation à prendre. Puis, sur le lieu du tournage, qui emploie énormément de corps de métiers différents pour donner vie au texte, le scénario, que découvre les acteurs épisode après épisode, est fréquemment malmené pour des raisons de logistique. Une vraie machine de guerre, donc, pour fidéliser le maximum de téléspectateurs devant le petit écran. Un bon aperçu de ce secteur d’activité, dont l’aura artistique est plutôt malmenée ici.

HAREL, Emilie, LANDES, Paul-André, MILLE, Muriel

Plus belle la série

Casterman, 2017 (Sociorama)

164 p. : ill. n.b. ; 16*19 cm

EAN13 978-2-203-11953-6 : 12 €

 

 

Sous la blouse de Marion Mousse

21.06
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Emmanuelle Zloesio, sociologue, a consacré sa thèse de sociologie aux femmes chirurgiens. Marion Mousse part ici de son enquête sur le terrain pour nous faire entrer dans un milieu très sélect, et encore très misogyne. Dans le milieu hospitalier, si on a de l’empathie, on est une « lopette », et si on est une femme, on ne peut qu’être infirmière, pas chirurgienne ! Les préjugés mènent la vie dure à toutes celles qui choisissent de devenir le nec plus ultra du milieu hospitalier, des « boss », des chirurgiennes. En salle de repos, décorée d’une fresque très suggestive, comme dans la salle d’opération, les blagues se situent toujours au-dessous de la ceinture…
Comme beaucoup de métiers au fort capital symbolique et économique, celui de chirurgien est encore fortement réservé aux « mâles dominants » séducteurs et impassibles. Julie, étudiante, découvre, plus que son travail en salle d’opération, quelles relations humaines induisent sa fonction, tant avec ses collègues misogynes qu’avec ses patients, qui peuvent mourir entre ses mains. Une BD très instructive sur le combat à mener contre la discrimination sexuelle dans le milieu hospitalier.
MOUSSE, Marion, ZOLESIO, Emmanuelle
Sous la blouse
Casterman, 2017 (Sociorama)
164 p. : ill. n.b. ; 16*19 cm.
EAN13 978220303006 : 12 €

Séducteurs de rue de Léon Maret

16.06
2017

 

cop. Casterman

cop. Casterman

Vous connaissez la collection Sociorama de Casterman ? Non ? Je vous avais fait découvrir La Banlieue du 20h et tout récemment La fabrique pornographique, et je m’apprête à vous présenter un titre par semaine : Séducteurs de rue, Turbulences, Encaisser !, Chantier interdit au public, Plus belle la série et Sous la blouse. Le principe ?

« La collection Sociorama signe la rencontre entre bande dessinée et sociologie. D’un côté, des sociologues amateurs de BD qui ont créé l’association « Socio en cases » pour accompagner la transformation graphique d’enquêtes sociologiques ; de l’autre, des auteurs de BD curieux de sociologie qui se sont lancés dans une aventure originale, à l’écart de toute adaptation littérale ou illustration anecdotique. Le résultat : des fictions ancrées dans les réalités du terrain. Toute ressemblance ne sera pas pure coïncidence… »

Sacha ne sait absolument pas parler aux filles, ni les séduire. Trop intimidé, il les effraie. Un jour, il décide de faire appel à un coach de la séduction. Dès lors, il apprend au sein d’un groupe tout un tas de techniques et change de look. Les filles deviennent alors pour lui des proies qu’il manipule plus qu’il ne séduit. Plus question d’amour ou de sentiment, place au jeu !

Difficile de ne pas ressentir un certain malaise en lisant cet opus, aussi bien par rapport à son sujet, la drague de rue, dégradante et misogyne, que son dessin, qui fait très américain, façon cartoon volontairement un peu crade. Mais il a le mérite de me faire découvrir un domaine de coaching absolument hideux, d’après une enquête de Mélanie Gourarier, que j’ignorais complètement, avec son propre lexique.