Categorie ‘B.D. & mangas

Le monde de Zhou Zhou de Golo Zhao & Bayue Chang’an

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

La mère élève seule Yu Zhouzhou, âgée de 6 ans, dans un quartier populaire. Quand sa petite fille est en âge d’entrer à l’école, elle est obligée de l’envoyer vivre chez sa grand-mère avec ses deux cousines, pour lui permettre d’avoir une scolarité correcte. Zhouzhou doit donc quitter son seul ami, Benz-Benz, qui pleure toujours car son père le bat, pour partir partager la même chambre avec deux cousines qui ne lui réservent pas un très bon accueil. A l’école, elle se retrouve la plus mauvaise élève de la plus mauvaise classe, la CP7. Heureusement, elle ne manque pas de répartie et s’évade en compagnie de ses amis imaginaires. Bientôt elle rencontre Yang Lin, un garçon de la première classe, et se lance comme défi de remonter jusqu’à sa classe…

A travers la vie quotidienne de cette petite fille, on découvre l’inégalité sociale qui rejaillit sur le système scolaire, et l’extrême compétition mise en place dans chaque classe et entre les classes, avec des professeurs qui valorisent les meilleurs élèves et négligent les plus faibles. Le dessin, façon manga, l’origine sociale, et l’univers que s’est créé cette petite fille solitaire, qui a une approche de la vie et des autres différente, rendent l’héroïne très attachante. On attend la suite…

Momo : tome 2 de Jonathan Garnier & Rony Hotin

13.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Plutôt que de la placer en famille d’accueil, c’est le poissonnier, qui se révèle être un vieil ami de son père, qui prend Momo sous son aile, en attendant le retour de son père. Mais Momo fugue : elle a besoin de revoir la maison vide de sa grand-mère, et surtout son père. Françoise et « banane » vont la rattraper et l’accompagner…

La suite du premier tome continue à ressembler à une petite bulle de tendresse salée sucrée, avec cette petite boule de nerfs, qui réagit plutôt bien au deuil de sa grand-mère.

 

GARNIER, Jonathan, HOTIN, Rony

Momo

Casterman, 2017

83 p. : ill. en coul.

EAN13 9782203124301 : 16 €

La révolte des terres de Koza & Mousse

06.09
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

Hôtel Lutetia, Paris, juin 1945. Odette recherche parmi les photos accrochées au mur celle de son frère, qui n’est toujours pas rentré des camps.

Printemps 1941. Fernand ne veut pas d’histoire : descendre à la mine pour travailler, pêcher durant ses heures de loisirs, c’est tout ce qu’il demande. Mais son beau-frère Gilles et sa soeur Odette ne cessent de lui reprocher son indifférence à l’occupation et à la grève qui se prépare. Une nuit, il les aide à coller des affiches. Mais peu de temps après, tous les agitateurs sont arrêtés, lui y compris, et le commissaire à la solde des allemands s’exclame que c’est lui qui a donné les autres. Difficile alors de démentir, surtout qu’il a été aperçu un jour dans la voiture du commissaire pour rentrer en ville. Le voici déporté avec Gilles, aux yeux de qui il est un traître…

Mineur d’un côté, prisonnier dans l’autre, la couverture illustre bien les va-et-vients temporels du scénariste entre les puits de la fosse et les miradors du camp, pour rendre son histoire plus dynamique. Mais c’est sur le dessin qu’on s’attarde car, dans ses dégradés de gris, parfois d’ocre, celui-ci sert admirablement le récit. Un beau sujet, encore peu exploité, pour rendre leurs lettres de noblesse à ces anciens forçats des profondeurs de la terre, parmi lesquels comptaient mes deux grands-pères.

Championzé de Ducoudray et Vaccaro

31.08
2017
cop. Futuropolis

cop. Futuropolis

Un jour où Amadou M’Barick Fall, comme d’autres jeunes enfants, né à Saint Louis du Sénégal en 1897, plonge dans les eaux du fleuve pour aller y récupérer la monnaie que leur jettent les touristes, il rend à une riche comédienne et danseuse hollandaise en escale. Elle l’emmène alors avec elle pour sa tournée en France, mais l’abandonne à son départ à Rotterdam quelques mois plus tard. Resté seul à Marseille, et sans papiers, Siki vivote de petits boulots. Un soir où un client ivre le cogne, il riposte et d’un coup de poing le sonne. Un entraîneur de boxe le repère alors : il devient Battling Siki, un champion, mais il est certains combats plus difficiles que d’autres lorsqu’on est noir au début du 20e siècle…

A défaut de connaitre Battling Siki, je connais depuis voici quatre ans Aurélien Ducoudray, son biographe ici, dont ce fut le tout premier scénario de BD publié, ainsi que Eddy Vaccaro, dont le beau coup de crayon gras colle parfaitement au sujet. Premier champion du monde de boxe français, mais d’origine sénégalaise, Battling Siki est mort assassiné et vite oublié, voire effacé des encyclopédies sportives, l’époque étant davantage à la célébration des colons que du peuple nègre colonisé, aux prises avec le racisme ordinaire. Cette bande dessinée dépasse le cadre d’une simple biographie remettant en scène un héros injustement oublié, en faisant la peinture d’une époque heureusement révolue.

Elsa : le danseur de Makyo et Faure

16.08
2017
cop. Glénat

cop. Glénat

Lalie et sa fille, Elsa, sont séquestrées dans la cave d’une secte par Benoit, un tueur professionnel engagé par Cassina, endetté, qui recherche des toiles représentant une enfant qui manquent à la collection Zystein. Alors que son mari et le commissaire cherchent à les sortir de ce mauvais pas, Elsa ressent le besoin de peindre pour s’extérioriser et réussit à sortir…

Un dessin un peu daté maintenant pour un scénario chétif, sauvés par le mystère qui entoure et les toiles et cette enfant-peintre, Elsa…

Le rapport de Brodeck de Larcenet

09.08
2017
cop. Dargaud

cop. Dargaud

 

Lors de sa venue à la bibliothèque de Fleury, Philippe Claudel nous avait parlé de l’adaptation en cours de son roman Le rapport de Brodeck, couronné par le prix Goncourt des lycéens.

Le récit n’a pas changé :

Dans un village isolé, peut-être en Alsace, vient d’être assassiné l’Anderer, l’autre, celui qui est arrivé un jour tout sourire sans jamais dire son nom. Alors les hommes du village, comme pour se disculper, chargent Brodeck, le seul à ne pas être coupable, d’une mission, celle de raconter comment tout cela s’est passé, depuis le début, dans un rapport. Mais en rappelant ses souvenirs à lui, Brodeck fait ressurgir aussi, malgré lui, tout un passé qui date de bien au-delà de l’arrivée de cet homme doux mais étrange, un passé ancré dans l’Histoire, dans ce qu’elle a connu de plus inhumain, et dans celle du village, qu’il ne faut surtout pas déterrer…

Larcenet a choisi de faire des nazis des monstres réels, en contraste avec la jeune épouse du commandant, son bébé dans les bras, venant assister à chaque pendaison. Pourquoi cette singularité ? Pourquoi les avoir fait monstres si la plus monstrueuse a ce visage si ordinaire ? Pourquoi ne pas leur avoir laissé figure humaine ? Ainsi, les villageois détruisent leur propre image peinte, si vraie et donc si introspective, si monstrueuse pour eux, oeuvre de l’Anderer. N’importe qui d’extérieur au village aurait salué le talent du peintre, eux n’ont vu que le fait d’avoir été démasqués, percés à jour. Et il est des secrets qu’il ne vaut mieux pas déterrer. Ainsi c’est Brodeck que les villageois chargent sous la menace d’établir le rapport sur un meurtre qu’il n’a pas commis et dont il n’a pas été témoin, lui qui fut aussi la victime du village, revenu des camps, où il était devenu le chien Brodeck, et dont la femme fut à son tour donnée en pâture aux Nazis, pour étancher leur soif de vengeance, avec l’amertume de la défaite. Et, cette fois, quand le maire lui fera comprendre que le village va tout faire pour oublier ses crimes, Brodeck, cette fois, comprend que sa famille doit partir avant d’être massacrée à son tour, comme leur rappelant à chaque fois leurs crimes envers elle.

Larcenet nous offre ici des planches muettes d’un noir et blanc remarquable, distillant le non-dit, le secret, la monstruosité de la délation, de la xénophobie et de la lâcheté. Hélas, sans doute qu’un certain nombre de villages en France pourrait se reconnaitre dans cette ambiance délétère. Il n’y a qu’à voir le résultat des élections pour constater combien l’isolement rural attise la peur et la haine. Cette fois, du coup, si l’histoire est triste et révoltante, elle n’est pas aussi glauque que peut l’être Blast.

 

 

Culottées de Pénélope Bagieu

02.08
2017
cop. Gallimard

cop. Gallimard

Rappeler qu’il a toujours existé à travers l’Histoire des femmes qui n’ont fait que ce qu’elles voulaient, voilà ce que se propose Pénélope Bagieu. Elles s’appelaient Clémentine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Las Mariposas, Josephina van Gorkum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Joséphine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Giogina Reid, Christine Jorgensen ou Wu Zetian. Elles furent danseuse, impératrice, gynécologue, gardienne de phare, actrice, femme à barbe,… Extraites des 4 coins du monde, la plupart m’étaient inconnues. En quelques pages, Pénélope Bagieu nous en brosse un portrait saisissant, clos par une planche sur une double page éclatante. De quoi me donner envie de lire le second tome !