Categorie ‘Carnet de Lectures

Brins d’herbe de Carolyn Carlson

14.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

Dans sa préface, Carolyn Carlson (née le 7 mars 1943), chorégraphe, danseuse, poète et calligraphe, explique que peu de mots suffisent à exprimer l’essentiel, et que le haïku constitue l’un des moyens, comme la danse, d’appréhender notre « être ici-et-maintenant ».

Des haïkus qui sonnent comme des définitions de danseuse et chorégraphe :

« L’intention c’est l’action de mon corps

la mémoire c’est la demeure de mon âme

la création c’est mon coeur agrandi. »

comme une transmission :

« Si tu ne devais laisser ni parole

ni rien de ce qui se possède

ta vie à elle seule aura été témoignage

respirer pour s’approprier un lieu. »

ou comme un message d’amour :

« Longtemps j’ai porté avec moi

ce livre vide

aujourd’hui je le remplis de toi. »

Même si j’ai été peu sensible à ses textes, j’avoue que ce recueil bilingue qui alterne l’écriture manuscrite de Carolyn Carlson avec la traduction de ses haïkus en français et de la calligraphie, a de quoi séduire. 

 

Montessori à la maison : 0-3 ans de Nathalie Petit

12.05
2017
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

La pédagogie Montessori est devenue tellement à la mode, plus d’un siècle après sa première école dans un quartier défavorisé à Rome, qu’elle est brandie comme un étendard dans de nombreuses écoles privées, s’invite dans les classes d’écoles publiques, popularisée par Céline Alvarez, et se décline à présent en d’innombrables jeux et manuels à la vente. Mais en quoi consiste donc cette méthode, en particulier pour les très jeunes enfants ?

  »La pédagogie Montessori est fondée sur le respect (des) rythmes naturels et des besoins de l’enfant. Elle repose sur trois piliers : la liberté de choisir, la possibilité pour l’enfant d’être autonome afin d’agir par lui-même, l’apprentissage par l’expérience. » (p. 10)

« Entre 0 et 3 ans, laisser à un enfant le choix entre deux choses et lui confier des tâches simples participe à la construction de son individualité. Dès lors, la phase d’opposition systématique autour des 2 ans, connue sous le nom de « terrible two », s’en trouve fortement atténuée. De plus, en étant libre de ses mouvements, en interagissant de ses mains avec le monde réel, l’enfant apprend à se concentrer et gagne en confiance. » (p. 11)

Ainsi, l’enfant, entre 0 et 3 ans, adore faire ce que nous faisons : la cuisine, le ménage, le jardin. Il s’agit alors de le laisser participer ces activités quotidiennes, et d’avoir avec lui une attitude bienveillante, empathique, sans jugement, au lieu de tendre vers des propos blessants, humiliants, proférer des menaces de punitions ou promettre des récompenses.

Il s’agit alors de lui proposer, en particulier dans sa chambre, un environnement sécurisé et à son échelle : cela signifie entre autres d’oublier le lit à barreaux, et de lui proposer un matelas au sol jouxtant un tapis moëlleux, un grand miroir horizontal pour aider à l’identification de soi, avec une grande rampe de danse à 45 cm au-dessus du sol (une tringle à rideaux en bois fait l’affaire) fixée au mur devant, pour l’aider dans ses premiers pas, trois jouets d’éveil à faire tourner tous les deux jours avec d’autres, des cadres représentant des visages, des animaux ou la nature à sa hauteur, etc.

Nul besoin de se ruiner en jouets : rien de tel pour l’éveiller que de classer les casseroles par ordre de grandeur pour qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres, à l’instar de poupées russes ou de cubes de toutes les tailles. Ou de fabriquer vous-mêmes son imagier à partir d’objets, d’animaux, de végétaux nommés ensemble. Ou encore son « panier à trésors » d’où il peut sortir des objets du quotidien pouvant être manipulés. Ou un bac sensoriel. Ou de fabriquer avec lui du slime.

Un petit ouvrage clair et facile à suivre, pour les activités d’éveil en tout cas, car pour le reste, les relations entre parents et enfants, on a beau savoir ce qu’il faudrait faire, ce n’est pas toujours facile à appliquer !

Philosophie de la danse de Paul Valéry

12.05
2017
cop. Allia

cop. Allia

 

Paul Valéry prévient aussitôt son lecteur :

« il faut vous résigner à entendre quelques propositions que va, devant vous, risquer sur la Danse un homme qui ne danse pas. »

Car, selon lui,

« Toute époque qui a compris le corps humain, ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment de mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d’énergie et de sensibilité qu’il contient, a cultivé, vénéré la Danse. » (p. 10), ce qui explique son intérêt pour la danse et l’essai qui va suivre.

Il amorce alors une première définition :

« C’est que la Danse est un art déduit de la vie même, puisqu’elle n’est que l’action de l’ensemble du corps humain ; mais action transposée dans un monde, dans une sorte d’espace-temps qui n’est plus tout à fait le même que celui de la vie pratique. » (p. 10-11).

Après avoir passé en revue quelques occupations ou mouvements d’animaux qui ne peuvent pas passer pour de la danse, il revient sur la relative oisiveté de l’être humain, qui s’attache à des passe-temps inutiles, comme l’art de danser :

« L’homme est cet animal singulier qui se regarde vivre, qui se donne une valeur, et qui place toute cette valeur qu’il lui plaît de se donner dans l’importance qu’il attache à des perceptions inutiles et à des actes sans conséquence physique vitale. » (p. 16).

Pour mieux le définir ensuite, Paul Valéry finit par décrire l’état du danseur :

« Il observe que ce corps qui danse semble ignorer ce qui l’entoure. Il semble bien qu’il n’ait affaire qu’à soi-même et à un autre objet, un objet capital, duquel il se détache ou se délivre, auquel il revient, mais seulement pour y reprendre de quoi le fuir encore… «  (p. 27)

Cet objet capital, c’est le sol, vers lequel il revient toujours, gouverné par les lois de la pesanteur dont il essaie de s’arracher.

Et l’esprit dans ce corps qui danse ne voit rien de ce qui l’entoure, il n’est attentif qu’à ce qui se passe à l’intérieur.

Aussi, pour Paul Valéry, la danse constitue « une poésie générale de l’action des êtres vivants ».

Dans ce si joli petit livre, Paul Valéry nous livre une tentative de définition de la danse avec laquelle je suis en accord, dans la mesure où il la caractérise tout à la fois en lien avec la vie intérieure, le sol et la poésie. Inutile au processus vital comme tout autre art, la danse s’apparente au mouvement poétique, comme elle peut provoquer une sorte de transe (techno, danse africaine, les derviches tourneurs) jusqu’à l’épuisement des forces.

Vous dansez ? de Marie Nimier

02.05
2017
cop. Folio

cop. Folio

C’est très mauvais signe : je suis incapable de me rappeler  la moindre nouvelle qui compose ce recueil, alors que je l’ai lu il y a deux semaines.

Et pourtant neuf nouvelles composent ce recueil, pas forcément d’ailleurs dans l’écriture du corps en mouvement, si compliquée, si évanescente, mais plutôt souvent hors contexte, dans l’anecdotique, dans cette vie intérieure qui anime les danseuses, dans ce qui entoure ce mouvement et qui fait la vie de ces danseuses, leur vie amoureuse, leur vie médiatique, leur vie familiale, le deuil impossible d’une soeur.

Ces monologues intérieurs ont pu inspirer des phrases chorégraphiées, qui eux-mêmes mettent en branle des écritures protéiformes.

Accordons donc à ce recueil le bénéfice du doute : il a le droit de ne pas avoir été lu au bon moment, à l’heure de la sieste.

Hey Jude ! de Sandrine Revel

19.04
2017
cop. Casterman

cop. Casterman

 

Julie fête aujourd’hui ses 8 ans. Sur la route qui les ramène à la maison, la fillette regarde avec envie les chiens qui se promènent avec leurs maîtres, tandis qu’elle serre la peluche que sa grand-mère vient de lui offrir. Son père refuse catégoriquement de lui acheter un chien. Mais lorsqu’ils ouvrent la porte de chez eux, le robot-ours de Julie lui a préparé en secret une fête avec tous ses amis, qui lui ont offert un cadeau bien particulier : un chiot boston terrier !

Une histoire de papa veuf un peu débordé mais prêt à retomber amoureux, de sa petite fille en manque de l’amour d’une maman, d’un R2-D2 jaloux prêt à tout pour reprendre sa place dans le coeur de sa jeune maîtresse et d’un chiot mignon comme tout, forcément, tout cela avec une belle mise en images très sympa : bref, un bon petit album à offrir, mais surtout pas aux siens, si l’on n’a ni robot ni chien à la maison !

REVEL, Sandrine

He Jude !

Casterman, 2017

55 p. : ill. en coul. ; 22*30 cm + annexes

EAN13 9782203118409 : 14 €

 

 

 

 

 

9782203118409_pp

L’appel de L. Galandon & D. Mermoux

05.04
2017

Couv_291686Cécile, mère célibataire, regarde un message vidéo laissé par son fils Benoît, parti faire le Djihad en Syrie auprès de ses « frères » de l’État Islamique. Elle tente de comprendre pourquoi lui, qui n’était même pas croyant, a pu se radicaliser à ce point, et espère, lors de leur prochain appel, pouvoir le récupérer.

La pertinence du récit commence par la polysémie de son titre, l’appel, celui qu’attend cette mère de son fils, celui avec qui tout commence, celui enfin avec qui tout se termine avec la radicalisation de sa foi en une autre cause. Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette bande dessinée, c’est que le recours aux réseaux sociaux et aux témoignages contraignent les auteurs à favoriser le texte par rapport à l’image. Laurent Galandon ne tombe en effet dans aucun des pièges : de bout en bout, son histoire ne verse dans aucun cliché ni aucun préjugé, ni par le choix de son protagoniste (blanc et athée), ni par les raisons de sa radicalisation (forts sentiments d’amitié et d’injustice), ni par son issue. Il soulève justement les bonnes questions, à savoir les inégalités sociales et la violence des rapports entre les jeunes et la police. Néanmoins le choix du noir et blanc, parfois sépia, renforce la sobriété et la pudeur du propos : pas d’esclandre ici, pas de violence montrée, tout est (presque) suggéré.

Une excellente BD sur ce triste sujet d’actualité qui tourne déjà dans tous les C.D.I. de lycées de France, et qui constitue un excellent point de départ pour entamer un débat avec les adolescents.

 

 

 

Réinventer la bande dessinée de Scott Mc Cloud

01.04
2017
cop. Delcourt

cop. Delcourt

Dans cette suite (et fin ?) de sa série pédagogique sur la bande dessinée, après L’Art Invisible et Faire de la Bande dessinée, Scott McCloud fait le point sur l’état actuel de la bande dessinée, aussi bien au niveau de l’innovation et de son renouvellement, que des enjeux économiques et des difficultés des auteurs. Il établit ainsi 12 points à partir desquels la bande dessinée peut encore croître et révéler tout son potentiel.

Quelle déception par rapport aux deux opus précédents : déjà au niveau de l’inscription de son analyse dans l’espace-temps, qui se résume beaucoup aux Etats-Unis et à une situation qui date déjà d’une quinzaine d’années ; ensuite, au niveau des 12 points qu’il mentionne, déjà pas mal exploités en France. Et puis, on sent bien qu’il rumine des réflexions amères contre les gros éditeurs américains, ce qui le fait se répéter dans son discours. Malgré tout, ses interrogations restent pleinement d’actualité : quelles pistes n’ont-elles pas encore été suffisamment explorées ? Comment vivre de son crayon lorsqu’on est auteur ? Sous quelle forme la bande dessinée peut-elle se métamorphoser sur le net ?

Une bande dessinée qui réfléchit sur la bande dessinée, pour les amateurs et les pros !

 

A relire les pages :

- 60 : c’est ce que nous faisons avec le Cacograph

- 89 : où il conseille d’ouvrir les BD pour donner envie de les lire

- bas de la p. 127 : placements de la caméra,

- 150-151 : le potentiel du dessin sur ordinateur,

- 187-189, 191, 195 : les enjeux économiques de la BD sur le web,

- 225-227 et 231 : la métamorphose de la BD sur le web.