Cannibale de Didier Daeninckx (1998)

24.09
2010

Les Canaques sont invités à représenter leur pays à l’Exposition coloniale de Paris, en 1931. Seulement, arrivés sur place, on les parque derrière des grilles au zoo de Vincennes, dans un village reconstitué, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles :

« Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l’eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d’énormes troncs d’arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligées de danser le pilou-pilou à heures fixes. Au début, ils voulaient même qu’elles quittent la robe-mission et exhibent leur poitrine. Le reste du temps, malgré le froid, il fallait aller se baigner et nager dans une retenue d’eau en poussant des cris de bêtes. J’étais l’un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m’avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : « Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.«  »(p. 21-22).

Un jour, trente d’entre eux sont emmenés, soit-disant pour leur faire visiter Paris, en fait pour les exhiber dans un cirque en Allemagne en échange de caïmans. Gocéné, qui a promis au chef Waito de Canala de veiller sur sa fille Minoé, décide de s’évader avec Badimoin pour partir à sa recherche dans l’effrayante capitale…

Didier Daeninckx dénonce le sort réservé aux Kanaks, il n’y a encore finalement pas si longtemps en France. Trompés, parqués comme des bêtes, on leur retire toute dignité, toute valeur humaine, jusqu’à leur ôter la vie. Dans un style simple et sobre, Daeninckx lève une fois de plus le voile sur un pan méconnu de l’Histoire de France dont on ne peut qu’avoir honte.

Dans la même veine, on songera au sort réservé aux métisses allemands sous Hitler et aux artilleurs sénégalais se battant pour la France dans son autre roman Galadio, et aux esclaves africains au 17e siècle, dans Zumbi de Jean-Paul Delfino.

Du même auteur dans Carnets de SeL :

Meurtres pour mémoire ** (1984), La mort n’oublie personne ** (1989), Ceinture rouge précédé de Corvée de bois ** (2001-2002), Itinéraire d’un salaud ordinaire ** (2006), Galadio ** (2010).

Gallimard, 2009. – 107 p.. – (Folio ; 3290). – ISBN 978-2-07-040883-2.

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2 Reponses to “Cannibale de Didier Daeninckx (1998)”

  1. Nymphette dit :

    J’ai été assez déçue par ce livre, trop en surface à mon goût là où il y avait matière à écrire quelque chose de le trempe de « Man to man », l’excellent (bien qu’un peu longuet) film sur le sort réservé des indigènes fin xix ° début xx°.

  2. carnets de SeL dit :

    Je n’ai pas vu ce film. Oui, l’histoire aurait certes gagné à être étoffée, mais elle a le mérite d’être sortie au grand jour.

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