Brooklyn Follies ** de Paul Auster (France, 2005)

29.09
2005

Nathan Glass sent ses dernières années arriver, et sa solitude lui peser : pour combler le vide de sa retraite, sur les conseils de sa fille, il s’installe à Brooklyn pour y entamer distraitement la rédaction de son Livre de la folie humaine, un bêtisier de tous les lapsus, toutes les gaffes, toutes les stupidités qu’il a pu commettre tout au long de sa vie. C’est alors que par hasard il croise son neveu, Tom Wood, qu’il croyait promis à une brillante carrière en faculté de lettres, et qu’il reconnaît à peine tant il semble s’être laissé aller, tant physiquement que professionnellement. Ce dernier va lui faire rencontrer d’autres personnages, dont il va suivre le parcours : une JMS (jeune mère sublime) délaissée par son époux, sa sœur Rory, une paumée revenue du porno et de la drogue pour épouser les moeurs d’un fanatique religieux, Lucy, la fille de cette dernière, qui s’entête à ne pas parler, Harry Brightman, bouquiniste, escroc homosexuel au grand coeur…

Un patchwork de vies américaines, qui s’interrompent, s’égarent, redémarrent, se détournent puis se retrouvent, voilà l’impression qui se dégage de la lecture de Brooklyn Follies, sans fil conducteur réellement apparent. Ces digressions constantes en constituent ainsi tant l’intérêt, que son lot de déceptions. En effet, Paul Auster nous aiguise l’appétit sur plusieurs pistes qui ne mènent qu’à des impasses, sème tout au long de son récit de brillantes trouvailles jamais abouties, l’ensemble nous laissant un léger sentiment de frustration : pourquoi ne pas poursuivre l’idée de cet hôtel « Existence », « le refuge intérieur, (…) là où on se retire lorsque le monde réel est devenu impossible », l’escroquerie de ces fausses éditions originales et de ces manuscrits inventés de toutes pièces, l’entreprise de ces biographies d’inconnus comme autant de stèles érigées en la mémoire des êtres aimés,… Pourquoi ? Si ce n’est précisément pour nous laisser soupçonner la manne d’histoires qu’il porte en lui, et dont il ne peut pour toutes dérouler le fil.

AUSTER, Paul. – Brooklyn Follies / trad. de l’américain par Catherine Le Bœuf. – Actes sud, 2005. – 363 p.. – ISBN : 2-7427-5648-5 : 23 €.
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