Mots-clefs ‘vampire’

Trouble every day

04.06
2013

Mardi cinéma

Scénario de Claire Denis (à la réalisation) et de Jean-Pol Fargeau

SYNOPSIS

Shane et June, Américains, s’installent à l’hôtel pour leur voyage de noces à Paris. Quand la tension sexuelle monte, Shane court s’enfermer dans les toilettes ou dans la salle de bain, ce qui ne lasse pas d’inquiéter sa jeune épouse. A Paris, il recherche un scientifique, Léo, qu’il a connu plusieurs années auparavant lors de travaux communs en Guyane. Ce même Léo qui vient de secourir sa femme, Coré, qui s’est offerte à un routier dans un champ, et qu’il a découverte le visage couvert de sang, prostrée, à quelques mètres du corps à demi nu de sa victime…

CRITIQUE DU SYNOPSIS

Réalisé en 2000, sur les écrans en 2001, ce scénario s’apparente au film de genre, dans le registre de l’horreur, du gore. On passera sous silence cette histoire pseudo SF de cobayes d’une expérience en Guyane ayant mal tourné, qui tente d’apporter une explication scientifique au comportement des deux protagonistes. Le personnage de la femme, Coré, qui vit enfermée dans une chambre close et qui s’évade pour s’offrir à des hommes qu’elle dévore ensuite, comme celui du jeune marié, inquiétant, s’apparentent à celui de prédateurs, et notamment à la figure du vampire plus qu’à celle du cannibale : même si le fait de dévorer l’autre peut rappeler un certain tableau de Salvador Dali, Cannibalisme d’automne, la relation sexuelle y est intrinsèquement liée au désir de tuer, dans la lignée du Dracula de Bram Stoker ou de Carmilla de Sheridan Le Fanu. A chaque instant, en effet, on sent inextricablement mêlés l’imminence du danger et l’urgence du désir sexuel. Car il s’agit ici avant tout d’évoquer le rapport symbolique dominant-dominé des relations sexuelles. La jouissance s’accompagne alors d’une explosion de chair et de sang. De quoi marquer les esprits. A la limite du soutenable.

 

La soif primordiale de Pablo de Santis

11.03
2012

 

cop. Métailié

Sur la couverture, une machine à écrire surmontée de deux chauve-souris illustrant le titre La Soif primordiale du dernier roman de Pablo de Santis, digne descendant argentin de l’héritage fantastique borgésien, laisse présager un récit étrange mêlant délicieusement l’univers du livre et celui du vampire. Voilà en effet de quoi attirer plus d’un amateur du genre :

Le héros, Santiago Lebrón, libraire de livres anciens, nous raconte son arrivée dans les années 50 à Buenos Aires, à l’âge de vingt ans. Locataire dans une petite pension modeste, il commence par réparer des machines à écrire dans l’atelier de son oncle, avant d’être embauché quelques années plus tard au journal Últimas noticias pour remplacer le défunt Sachar à la rubrique des mots-croisés, qui se trouve être aussi Mister Peutêtre, chroniqueur de l’occulte. Santiago Lebrón est alors mis en contact avec un commissaire Farías assez inquiétant, qui n’a pour tout bureau que sa voiture, et qui semble à mots couverts pratiquer la torture pour le compte d’un certain ministère de l’Occulte. Ce dernier le charge d’une étrange invitation, celle de faire le compte-rendu de ce qui va se dérouler lors d’une réunion organisé par un certain professeur Balacco dans un hôtel abandonné, au sujet des « antiquaires » (titre original du roman). Mais Santiago tombe fou amoureux de la fille du professeur, déjà fiancée, alors qu’un assassinat concerté se prépare…

Ces fameux « antiquaires », que pourchassent le cercle du professeur et le ministère de l’occulte, se caractérisent non seulement par leur amour des vieux objets, mais aussi par leur extraordinaire longévité, leur soif de sang, leur réaction épidermique à la lumière et leur capacité à faire apparaître sur leur visage les traits de défunts connus des autres. Pablo de Santis renouvelle ainsi intelligemment le mythe du vampire en le confondant avec une profession attachée au passé, aux beaux objets et livres anciens.

« Les livres d’une bibliothèque intimident, ils semblent appartenir à un ordre qu’il ne faut pas briser, alors que les gens sont enclins à prendre ceux qui s’entassent en désordre sur une table. La bibliothèque rappelle qu’il y a une infinité d’ouvrages que l’on n’a pas lus et qu’avant de lire Aristote, il faut lire Platon, et avant Platon, Homère. Mais les livres en désordre appartiennent au hasard. Le lecteur peut accepter sans culpabilité ce que lui offre le sort, choisir les livres parce qu’il aime la première phrase, ou l’illustration de la couverture, ou parce qu’il coûte exactement les cinq pièces de monnaie qu’il a en poche. » (p. 121)

Dans une atmosphère qui va bientôt totalement plonger dans le fantastique, se nourrissant de la malédiction des vampires cherchant à s’échapper de leur condition ou de leur groupe, un rebondissement dans l’histoire crée un rapprochement entre le héros et le libraire de La Forteresse, spécialisée dans les livres anciens, où l’acheteur potentiel peut se perdre dans les rangées de livres, tel dans la bibliothèque de Borges, mais aussi celle du début de L’Ombre du vent de Zafon. Il y est aussi question de la quête d’un livre mystérieux et quasi-magique, l’Ars Amandi, un « livre que l’on ne peut pas ouvrir à n’importe quelle page. Seulement dans un certain ordre. Si on se trompe de page, le livre s’enflamme ». Tant et si bien que Pablo de Santis semble avoir mis dans La Soif primordiale tous les ingrédients et les meilleurs références au fantastique hispanique. Un délicieux moment de lecture !

 

Vous trouverez une interview de Pablo de Santis, d’autres romans et une bande dessinée de lui dans Carnets de SeL :

2010 : L’Hypnotiseur (BD)

2009 : Le Cercle des douze (roman)

2004 : La Traduction (roman)

2004 : Le Calligraphe de Voltaire (roman)

 

Titre original : Los anticuarios

DE SANTIS, Pablo. – La Soif primordiale /trad. de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry. – Métailié,2012. – 245 p. ; 22 cm. – EAN13 9782864248545 : 18,50 €.

 

 

Vampires * de Thierry Jonquet (2011)

03.04
2011

Copyright Seuil

De Thierry Jonquet je n’avais jamais lu que La Bête et la belle, qui m’avait laissé une forte impression. Aussi me suis-je laissée tenter par ce roman inachevé qu’il laissait à sa mort, dont la déclinaison du thème m’a toujours intéressée, et dont les critiques disaient le plus grand bien.

L’histoire en quelques phrases :

Le corps d’un homme est retrouvé empalé dans une grange par un immigré roumain, avec force décorum. Médecin légiste, Pluvinage apprend à Valjean, chargé de l’enquête, que le crime a été commis dans les plus grandes règles de l’art et s’inspirent du célèbre et sanguinaire Vlad Tepes, dont la lignée donna lieu à la légende de Dracula. Il est loin de se douter que la collègue dont il est amoureux, Irina Radescu, appartient à une famille de vampires, et que son père, Petre, a décidé de dévoilé sa véritable identité à son vieil ami Antonin Dartival, sommité internationalement reconnue dans le domaine de l’hématologie…

Dans cette énième déclinaison du vampire, Thierry Jonquet choisit d’avancer une explication rationnelle à ce phénomène apparemment surnaturel, en en faisant le pendant contraire de la progeria, pathologie d’un vieillissement accéléré, soit pour les vampires un vieillissement au ralenti.

D’aucuns ont pu parlé d’écriture subtile, d’humour noir… Aucun suspens ne tient vraiment en haleine. Les ficelles sont trop grosses pour être appréciées. D’où la question de publier un roman inachevé se pose : l’éditeur n’aurait-il pas flairer là une dernière manne financière ? Quel intérêt de publier un manuscrit inachevé, qui n’a pas été poursuivi, ni corrigé ? Qui nous dit que l’auteur n’aurait pas revu la construction de son roman pour rechercher l’effet de surprise ? Bref même si l’explication du phénomène vampirique était pertinente, cette lecture m’a laissée sceptique, pour ne pas dire déçue.

 

Vampires :  roman noir / Thierry Jonquet

Paris  : Éd. du Seuil , 2011. – 184 p. ; 23 cm. - ISBN 978-2-02-093245-5 : 18 EUR

Vlad Tepes comte Dracula de Jep Gouzy

09.09
2005

ou Trois cavaliers de l’Apocalypse

Fantastique contemporain

Rien de tel qu’un hôpital pour vous rappeler qu’un jour la mort vous fauchera, vous aussi. C’est dans le huis clos d’une chambre d’un petit hôpital régional que vont se rencontrer trois personnages touchés chacun à leur façon par la solitude : David, à qui pourtant la vie réussit, la trouve bien monotone, et aspire à un étrange retour à ses racines ; Laura, sa cousine et son infirmière, qui l’a toujours connu de loin comme l’Ambassadeur, est comme en attente ; Vlad, le dernier descendant du comte Dracula, a depuis longtemps pris conscience de sa solitude dans ce monde de mortels où il apparaît et disparaît à volonté… Ne serait-il que le produit de l’imagination de David ? Loin de tout appareillage gothique, le portrait de ce vampire fait presque pitié : condamné à boire le sang dans les bouteilles des hôpitaux, ce nabot esthète et cultivé rôde seul pour l’éternité.

Cet auteur catalan a en effet voulu comparer la terrible solitude à laquelle peut être confronté cet être immortel avec celle, commune, de tout humain. Il donne naissance ainsi à un petit roman sans aucune prétention, au fantastique contemporain, teinté de mélancolie et d’humour noir. Il y manque pourtant un trait, un style qui lui aurait permis de rejoindre mes autres romans.

GOUZY, Jep. – Vlad Tepes comte Dracula ou Trois cavaliers de l’Apocalypse / trad. du catalan par Renée Sallaberry. – Gardonne : Éd. Fédérop, 2004. – 221 p. : couv. ill. en coul. ; 20 cm. – ISBN 2-85792-157-8 (br.) : 18 €.