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Le livre des nuits de Sylvie Germain

08.11
2011

 

cop. Folio

Voici l’étrange destinée de Victor-Flandrin Péniel, né sur l’eau douce au fil des canaux calmes et d’une famille de bateleurs à la lignée maudite, contraint de gagner les terres et dès lors surnommé Nuit-d’Or-Gueule-de-Loup à cause des mystérieuses taches d’or qui scintillent dans son oeil noir et de ce loup dont il s’était fait un ami à son arrivée dans le hameau. Ainsi, de 1870 à la seconde guerre mondiale, dans cette région frontalière de la Meuse qui subit de plein fouet les trois guerres, le bonheur effleurera parfois la vaste famille de Victor-Flandrin, quatre fois recomposée et marquée par le sceau de ses taches d’or et de la gémellité, avant que la mort ne la fauche impitoyablement.

Voici un roman dont je n’ai lu et entendu dire que du bien. C’est pourquoi j’ai poursuivi ma lecture, avec obstination, lorsque les premiers chapitres n’ont pas répondu à mon attente, envoûtants certes, comme transportés dans le monde lointain et imaginaire des contes, mais pétris aussi d’une odeur de terroir et de péché à expier qui me plaisait à moitié. Et puis, enfin tournée exclusivement sur la destinée de Victor-Flandrin, cette histoire comme enveloppée d’un voile surnaturel et d’une brume atemporelle m’a emportée, émerveillée par la saga de cette famille extraordinaire, frappée par la ponctualité de ses coups du sort. Il m’en reste ainsi tout à la fois le plaisir d’un conte merveilleux saisi au milieu des croyances populaires (Vitalie, sa grand-mère, même morte, le protège toujours de son ombre blonde ; les sept larmes de son père défunt deviennent autant de perles à l’odeur de coing et de vanille), et un arrière-goût bileux d’épreuves, de souffrances et de morts comme justifiées par l’absence de croyance religieuse et la prédominance de l’ignorance et des passions : les enfants morts nés se changent en statue de sel ; du sang coule mystérieusement de la tache de naissance de l’une de ses filles à chaque mort, laquelle deviendra carmélite ; comme opposant ses défenses naturelles à la concupiscence d’un père pleurant sa fille défunte, l’une de ses épouses perdra toute pilosité,…

Beaucoup aimé

 

Au final donc cela se révéla être un bon roman !

 

Magnus de Sylvie Germain

20.11
2005

cop. Albin Michel

Magnus, c’est l’ourson en peluche seul rescapé des souvenirs qu’a pu conserver Franz-Georg de sa courte vie précédant ses 5 ans, un passé qu’une longue fièvre a entièrement gommé. C’est toujours Magnus qu’il emporte ensuite lorsque la guerre fait fuir ses parents, les sépare puis les lui enlève, le confiant à un oncle anglais. Désormais il s’appellera Adam. Grandissant à Londres, il se prend de passion pour les langues et surtout l’espagnol, qui lui permet bientôt de partir pour le Mexique, pays-linceul où se serait réfugié son père, criminel nazi. Une autre fièvre l’emportera alors, autant pour lui un soulagement qu’un dépouillement identitaire, révélatrice de son adoption cachée… Et Alias Magnus il devient, double de cet ourson muet. Pourra-t-il jamais vivre pleinement cette vie dont on lui a dérobé l’origine ?

Nul doute que ce roman mérite ce prix un peu différent qu’est le Goncourt des lycéens. C’est un bon roman, abordant les thèmes de l’abandon, de la culpabilité, de l’amour et de la quête identitaire, dans lesquels peuvent se reconnaître bon nombre d’adolescents. Néanmoins mon avis reste partagé, divisé entre la magie, le ravissement qu’opère le chapelet de mots incantatoires qu’égrène délicatement Sylvie Germain en véritable virtuose, et ce non-consentement à me laisser prendre par l’histoire, pourtant touchante, mais précisément presque dans l’excès, comme si la manipulation pour atteindre ce but était par trop visible. Et que viennent donc faire dans le dénouement ce frère Jean et ses abeilles ?

GERMAIN, Sylvie. – Magnus. – Albin Michel, 2005. –274 p.. – ISBN : 2-226-16734-X : 17,50 €.