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Frank Merriwell à la maison blanche de Ward Moore

25.01
2015

cop. Le passager clandestin

Magnat politique amoureux fou de la fille d’un savant fou, Stevenson Woolsey propose à ce dernier de bien vouloir lui confier sa dernière invention, un androïde, pour qu’il se porte candidat aux prochaines élections. C’est l’androïde qui accepte contre son gré. A son premier meeting, l’androïde Frank Merriwell commence ainsi : « Electeurs, je suis opposé à tout progrès. Merci. » Contre toute attente, ses arguments plaisent…

Alors âgé de 70 ans, Ward Moore en 1973 bouscule avec beaucoup d’humour les discours de campagne attendus, qui emportent malgré tout l’adhésion par l’aplomb et la logique imparable de son orateur. Il évoque avant l’heure la décroissance synonyme d’un monde où il fait bon vivre. Finalement, un petit roman fleurant bon l’utopie.

MOORE, Ward. – Frank Merriwell à la maison blanche / trad. de l’amér. par A. Duffaud. – Le passager clandestin, 2014. – 78 p. ; 11*17 cm. – (dyschroniques). – EAN13 978-2-36935-021-7 : 6 €.

Revoir Paris de Schuiten & Peeters

17.12
2014
cop. Casterman

cop. Casterman

Bien qu’elle soit née dans l’Arche, une colonie spatiale regroupant d’anciens Terriens et leurs descendants, Kârinh est obsédée par la ville de Paris, dont elle a une connaissance toute livresque. Sélectionnée pour commander une expédition vers la Terre avec pour tous compagnons quinze vieillards en hibernation, elle entame ce voyage dans l’espace et vers ses racines en se projetant dans le vieux Paris de ses rêves grâce à des stupéfiants…

Oscillant entre un vieux Paris fantasmé rappelant celui des Cités obscures et un étrange univers futuriste où va se dresser le Paris du XXIIe siècle, Schuiten et Peeters nous proposent ici un hommage à la Ville-lumière, à travers les thèmes de l’identité, de l’immigration et de l’écrit comme mémoire fragmentée. Ce premier tome nous laisse sur notre faim. Alors à suivre…

A ne pas manquer leur exposition éponyme jusqu’à mars 2015 à la Cité de l’architecture et du patrimoine.

SCHUITEN, François, PEETERS, Benoit. – Revoir Paris : tome 1. – Casterman, 2014. – 63 p. : ill. et couv. en coul. ; 32 cm. – (Univers d’auteurs). – EAN13 978-2-203-04327-5 : 15 €.

Nous mourons nus de James Blish

16.11
2014

cop. Le Passager clandestin

La veille, Alex avait haussé les épaules lorsque Fantasia lui avait prédit la fin du monde. Mais, le lendemain, Alex apprend de la bouche d’un haut fonctionnaire que l’effet de serre va d’ici peu provoquer des réactions en chaîne qui vont détruire toute trace d’humanité. En sa qualité de chef d’un syndicat étroitement soumis au contrôle gouvernemental, il a le droit d’être évacué sur la Lune, accompagné de dix personnes de son choix…

En 1969, Arthur C. Clarke, l’auteur entre autres de 2001 : l’odyssée de l’espace, propose à trois de ses confrères, d’imaginer le futur de l’humanité mis en danger par le progrès technologique. James Blish (1921-1975) met en lumière ici le concept d’anthropocène, une quinzaine d’années avant qu’il ne fasse débat chez les scientifiques et qu’il soit énoncé par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie. En effet, Blish montre dans son histoire l’influence néfaste et surtout irréversible de l’action humaine sur le système terrestre. De quoi donner froid dans le dos, car la fiction rejoint ici indiscutablement la réalité…

BLISH, James. – Nous mourons nus / trad. de l’américain par Bruno Martin. – Le passager clandestin, 2014. – 90 p.. – (Dyschroniques). – EAN13 978-2-36935-020-0 : 7 €.

Vent d’est, vent d’ouest de Franck M. Robinson

20.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Dans un futur relativement proche, l’air est devenu quasi irrespirable. Jim Morrison, jeune employé attaché à l’organisme Air Central, est chargé d’une mission importante par son patron : retrouver le criminel qui fait encore rouler une voiture particulière signalée dans une partie de la ville…

Publiée en 1972, Vent d’est, vent d’ouest prend la forme d’un petit polar qui condamne l’aveuglement de lobbies pollueurs, lesquels se voilent la face et continuent à faire des profits, faisant porter le poids de la culpabilité aux particuliers, jusqu’au point de non retour pour l’Humanité.

ROBINSON, Franck M.. – Vent d’est, vent d’ouest / trad. de l’américain par Jean-Marie Dessaux. – Le Passager clandestin, 2014. – 75 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-36935-010-1 : 5 €.

La vague montante de Marion Zimmer Bradley

13.07
2014
cop. Le passager clandestin

cop. Le passager clandestin

Après 130 ans, les descendants de l’équipage naufragé du « Starward », premier vaisseau stellaire, atterrissent enfin sur la planète-mère, la Terre. Le commandant Kearns ne cache pas sa déception : alors qu’il s’attendait à être émerveillé par la technologie surdéveloppée des Terriens, il est accueilli sans aucune pompe par des villageois complètement désintéressés par tout exploit spatial, vivant d’agriculture et de troc. Alors que tout l’équipage s’intègre à cette nouvelle vie simple en apparence, il persiste à ne pas vouloir quitter son vaisseau…

Cette nouvelle écrite en 1955 prône une écologie libertaire avant l’heure, qui rejette l’idée selon laquelle les innovations technologiques et la croissance économique seraient forcément synonymes de progrès. Marion Zimmer Bradley remet les pendules à l’heure en replaçant l’humain au centre et non pas le tout technologique : c’est le degré d’épanouissement de l’être humain, respectueux de son environnement, qui devrait constituer le seul critère déterminant de l’intelligence d’une grande civilisation.

Petit coup de coeur dans cette collection toujours très intéressante.

ZIMMER BRADLEY, Marion. – La vague montante / trad. de l’américain par Elisabeth Vonarburg. – Le Passager clandestin, 2013. – 137 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN 13 978-2-916952-97-0 : 8 €.

Le pense-bête de Fritz Leiber

01.06
2014

cop. Le Passager clandestin

 

L’humanité toute entière s’est réfugiée sous terre, dans les abris, depuis l’apocalypse. Ou presque : Fay rend régulièrement visite à Gussy, un inventeur de génie, à la pêche d’une nouvelle innovation à commercialiser. Gussy refuse de quitter sa tour abandonnée avec sa femme, Daisy, et ses enfants, pour le confort étriqué des sous-sols. Ce jour-là, Gussy suggère à Fay de fabriquer une sorte de secrétaire miniaturisée, d’aide-mémoire automatique qui rappellerait à l’homme son planning et sa liste de tâches. Fay repart, à demi-convaincu par l’originalité de sa proposition. Mais quand le mémoriseur est commercialisé, son succès dépasse toutes les attentes : bientôt plus personne sous terre ne peut plus s’en passer, à tel point que l’on ne sait plus qui commande à qui…

Publiée en 1962, cette nouvelle préfigure l’arrivée fracassante du smartphone dans le quotidien d’humains obsédés par le progrès technologique et esclaves de la société de  consommation. Seulement, Fritz Leiber pousse plus loin en mettant en garde l’humanité contre les dangers de laisser une machine s’incorporer en elle, tel un parasite cronembergien, pour lui rappeler son agenda et ses résolutions. Cinquante ans après, cette nouvelle d’anticipation parait de plus en plus visionnaire…

LEIBER, Fritz. – Le pense-bête / trad. de l’américain par Bernadette Jouenne. – Le passager clandestin, 2014. – 106 p. ; 11*17 cm. – (Dyschroniques). – EAN13 9782369350118 : 7 €.

Heavy-Toast de Pierre Jeanneau

09.04
2014

Voici une bande dessinée qui prend la forme de trente grandes cartes à jouer. A une lecture linéaire unique se substituent des lectures linéaires partielles ou complètes, selon l’envie du lecteur. Se combinent alors les intrigues de Camille, Bob, Saturnin et Delphine à la recherche de Frank, sur une station spatiale. Les intentions de chacun/e sont obscures et mystérieuses, ce qui permet précisément de mélanger à loisir les intrigues possibles. Si le concept est louable, dans l’esprit de l’OUBAPO, le résultat est perfectible, car on a quelque difficulté à entrer dans cette / ces histoire/s, à défaut de bien connaitre les tenants et aboutissants de ces personnages et de leur quête. En tout cas, cette maison d’édition qui développe sans cesse des concepts originaux est à suivre…

De la même maison d’édition, critiqué dans Carnets de SeL : Lignes noires.

 


Ludovic Rio / [decryptcult] # 4 / décembre 2013 par decryptimages