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Lettres et maximes d’Epicure

28.10
2013
Epicure

Epicure

Relecture

L’épicurisme fut l’une des plus importantes écoles philosophiques de l’Antiquité (à partir de – 306 avant JC), et sa pensée reste encore d’actualité. Hélas, de l’énorme corpus qu’Epicure écrivit, il ne nous reste aujourd’hui que trois lettres- Lettre à Ménécée, Lettre à Hérodote et Lettre à Pythoclès – et les 44 maximes qui composent ce recueil.

La première et la plus connue, la Lettre à Ménécée, pose les principes éthiques de l’épicurisme, bien différent de l’usage populaire du terme : il s’agit en effet, pour vivre sereinement, de ne pas craindre la mort, puisque, de toute façon, nous n’existerons plus pour l’éprouver, ni la douleur, puisqu’elle n’est jamais continue, et de préférer les plaisirs naturels, définis essentiellement comme « absence de douleur », aisés à se procurer, aux plus luxueux, dont la rareté décuplera le plaisir à les goûter.

Dans la seconde, concernant la physique, Epicure émet plusieurs hypothèses sur la nature de l’univers, infini, composé de corps et de vide, lequel permet le changement et le déplacement des premiers. Il expose alors la théorie de Démocrite à laquelle il apporte quelques modifications, du tout composé d’atomes insécables, immuables, éternels et en mouvement perpétuel.

Dans la troisième, Epicure s’exprime pour une connaissance empirique des choses de la nature : il faut sortir de l’interprétation mythologique pour saisir les phénomènes naturels, comme les levers et couchers du soleil, la lumière de la lune, les éclipses du soleil et de la lune, l’ordre régulier des saisons et des phases de la lune,…

En quête lui-même de la postérité de son nom, Epicure prônait pourtant une vie austère et frugale, fondée sur des besoins nécessaires, loin de tout désir de gloire et d’immortalité. C’est là peut-être la seule contradiction entre son discours et sa pratique de l’épicurisme. Si seulement on pouvait atteindre à cette sagesse, nous n’en serions certainement que plus heureux…

La maison muette *** de John Burnside (France, 2003)

27.01
2008

copyright Métailié

Titre original : The Dumb House (Ecosse, 1997)

« Nul ne pourrait dire que ce fut un choix de ma part de tuer les jumeaux, pas plus qu’une décision de les mettre au monde. Ces événements s’imposèrent l’un et l’autre comme une nécessité inéluctable, un des fils dont est tissée la toile de ce que l’on pourrait appeler destin, faute de mot plus approprié… un fil que ni moi, ni personne n’aurait pu ôter sans dénaturer le motif entier. » (p. 15) : c’est ainsi que commence l’histoire d’un célibataire, vivant seul depuis la mort de sa mère, dont il reste obsédé, jusqu’à cette histoire qu’elle lui contait, qui va conditionner toute son existence et lui faire tenter cette expérience de savant fou, celle d’enfermer ses nouveaux-nés au sous-sol pour vérifier si le langage est acquis ou inné, au quel cas à quoi il ressemblerait dans sa pureté originelle…

Un vrai cas de conscience que ce roman extraordinaire, atrocement beau, nous laissant tiraillé entre l’envie de reposer là cette histoire violente, n’ayant encore jamais autant poussé de cris d’horreur à la lecture d’une simple livre, et le désir intact et plus fort que jamais de lire jusqu’au bout ce texte poétique pourtant magnifique décrivant la logique implacable d’un savant fou, d’un monstre, pour lequel l’être humain comme l’animal est quantité négligeable, jusqu’à l’inciser vivant, sans aucune hésitation et sans remords, et au contraire en prenant un plaisir évident à disséquer les mécanismes du vivant. C’est pourquoi on se prend à se demander comment évaluer une telle oeuvre, tenté de confondre le texte avec son sujet, gêné de cette violence inouïe, jamais jugée. Et puis, on songe à Psychose d’Alfred Hitchcock, dont Norman Bates semble assez proche de notre narrateur, marqué par sa mère au point de dormir auprès d’elle morte, auVentre de la fée d’Alice Ferney, sujet déroutant et fascinant pour cet autre premier roman d’un auteur qui n’a fait que se confirmer depuis, où une femme quasi-parfaite met au monde un futur nécrophile, à l’impression durable qu’ils ont laissés sur nous et à leurs qualités cinématographiques ou littéraires intrinsèques.

A quoi tient ce sentiment d’horreur ? A la cruauté des actes commis, sans aucun doute, mais surtout c’est la focalisation interne qui nous permet d’appréhender, de façon quasi clinique, la souffrance et la mort d’êtres vivants telles que les perçoit le narrateur, et crée de fait tout à la fois un effet de distanciation bien plus grand que ne le ferait un témoin qui contemplerait les scènes, et le sentiment intolérable d’une complicité subie dans ce désir de savoir inassouvi.

A ce sentiment d’horreur se superposent des réflexions sur le consumérisme, sur le langage, sur l’âme, sur l’émerveillement devant le principe de vie et de mort, sur la beauté de l’anatomie et de la femme, sur la nature de relations avec autrui, sur la connaissance scientifique par laquelle seule le narrateur ne voit et n’opère, passant à côté de l’expression poétique d’un être-au-monde ou un être-pour-autrui qui dépasse la raison, qui touche à l’indicible…

Le tout est écrit dans une prose poétique… Un pur délice !

A vous de juger si vous vous sentez capable de supporter un tel choc, à la fois littéraire et émotionnel. Terrifiant !

BURNSIDE, John. – La Maison muette / trad. de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. –Métailié, 2008. – 201 p.. – (Suite écossaise). – ISBN 978-2-86424-637-4 : 8 €.
Service de presse
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