Mots-clefs ‘relation mère-enfant’

Le jeu des ombres de Louise Erdrich

24.02
2013

cop. Albin Michel

« Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t’es mis à le lire pour découvrir si je te trompais. Le second, que l’on pourrait appeler mon véritable agenda, c’est celui dans lequel je suis en train d’écrire. » (p. 9)

La narratrice, Irene America, entame ainsi un vrai journal secret en lieu sûr, en parallèle du rouge qu’elle ne destine plus qu’à la curiosité de son mari… qui a une fois de plus violé son intimité. Car Gil, son époux, est devenu célèbre en peignant sa femme, belle amérindienne, dont il est follement épris, dans des poses souvent érotiques, parfois humiliantes. Des tableaux que l’aîné de leurs trois enfants découvre en cachette sur internet, dont chacun se souvient en croisant le couple dans les soirées mondaines. Irene va alors vouloir s’amuser en utilisant ce carnet pour manipuler son époux…

Louise Erdrich est actuellement l’une des voix qui comptent outre-Atlantique. Elle signe ici un remarquable thriller psychologique sur l’enfer conjugal, le drame d’un couple prêt à voler en éclats, et brosse en filigrane le portrait d’une Américaine amérindienne comme elle, écrivant une thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens, qui a sillonné l’Ouest américain au début du XIXe siècle. Construite en huis-clos, cette histoire de manipulation devient franchement insoutenable lorsque la narratrice en arrive aux dernières extrémités pour rompre avec son époux, qu’elle a cessé d’aimer depuis la naissance du cadet. Un père que l’on sait passablement violent avec ses enfants, dont il n’a pas su se faire aimer. Une histoire attractive – répulsive en diable, que j’ai lu d’une traite, un suspens qui fonctionne bien donc, les meilleurs passages restant ce passé qu’invente dans les détails la narratrice, mais sans cette qualité d’écriture qui m’aurait davantage convaincue.

Un thriller idéal par ce temps froid, au coin du feu.

 

 

 

 

Jeune maman et paresseuse de F. Corre-Montagu

15.02
2013

 

cop. Marabout

 

Destiné aux jeunes mamans néophytes qui plongent jusqu’au cou dans l’univers des couches et des nuits blanches, ce guide rassurant – d’autres vivent exactement les mêmes suites de couches ! – vous dira entre autres comment passer un séjour de rêve à la maternité (en optant pour la chambre seule, les boules Quies, …), changer son bébé, lui donner le bain, l’habiller, le faire dormir, lui faire choisir tel doudou, comment le laisser chez la nounou, chez les grands-parents car, reconnaissons-le :

« Le plus dur, quand on a un bébé, ce ne sont pas les pleurs / les nuits blanches / les montées de lait, c’est le manque de liberté.  » (p. 199)

On fait donc le plein de conseils d’organisation, comme tout avoir sous la main afin de ne pas laisser bébé seul sur la table à langer, et d’achat dans la jungle du matériel de puériculture, pour bien s’occuper de bébé, mais aussi pour gérer cette nouvelle vie sans s’oublier tout à fait. Quelques bémols tout de même : cet ouvrage se révèle forcément redondant avec les autres opus de la même collection des paresseuses, du moins pour les premiers chapitres, il prône l’usage des lingettes, qui sont alcoolisées pour l’épiderme du bébé, et surtout un discours allaitement=esclavage assez radical, privilégiant ainsi la liberté de la mère contre les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé pour les nourrissons.

Une planche de salut, drôle et pratique, à offrir à toutes vos amies qui viennent d’accoucher.

 

 

Le cahier jeune maman des paresseuses

21.12
2012

cop. Carnets de SeL

 

Des livres pour aider les jeunes mamans à s’occuper de leur nouveau-né, il y en a des tas. Alors, forcément, ce cahier peut paraître redondant, du moins pour les premiers chapitres. Mais voilà, en ces mois de galère pour trouver ses marques, tout conseil supplémentaire est le bienvenu ! On trouvera ainsi de nombreux tableaux pratiques, tels celui qu’on nous donne à la maternité, et de multiples check-list, pour rester belle quand même, pour garder le moral, pour éviter la MSN (mort subite du nourrisson), pour diversifier son alimentation, etc…

En outre, ce cahier décrit avec humour les situations qui nous stressent tous les jours. De quoi rassurer : d’autres vivent exactement les mêmes suites de couches !

Et puis, vous avez bien lu « cahier », et qui dit cahier, dit de quoi noter… Le vrai plus de ce petit bouquin, c’est de proposer d’être complété par notre expérience personnelle et par nos photographies de l’enfant prodige à coller à l’intérieur, de manière à vouloir le conserver et à garder une trace, tel un album de naissance, de tout ce qui a marqué sa première année de naissance.

offert par Anne

 

Attendre bébé… autrement : ressources pour une grossesse naturelle

19.10
2012

cop. La Plage

 

 

Attendre bébé… autrement : ressources pour une grossesse naturelle de Catherine Piraud-Rouet et Emmanuelle Sampers-Gendre

Préface de Michel Odent, ancien chef de service de la maternité de Pithiviers.

 

Dans la première partie, la plus importante (les 254 premières pages), « se découvrir enceinte », les auteures décrivent les étapes de la grossesse trimestre par trimestre.

Lors du premier trimestre, elles font la distinction entre les examens médicaux obligatoires (comme les 7 visites prénatales et la post-natale dans les 8 semaines qui suivent l’accouchement) et ceux facultatifs. Le parti-pris est évident : évitons la surmédicalisation, le toucher vaginal pratiqué à chaque visite par le gynécologue, mais il est aussi à prendre avec des pincettes car dans les examens facultatifs sont indiquées les 3 échographies, ce qui nous semble être loin d’être facultatif pour être rassurés sur la bonne évolution du foetus…

 

Lors du deuxième trimestre, on peut déjà commencer les séances de préparation à l’accouchement (ce que j’ignorais et que j’ai commencé au 3e trimestre). Les huit séances de préparation à l’accouchement dites « classiques », remboursées par la Sécurité Sociale, se planifient à partir du 7e mois de grossesse. Elles sont surtout théoriques : elles présentent l’avantage de présenter dans le détail les différentes phases de l’accouchement, le retour à la maison, l’alimentation du nouveau-né, et de pouvoir échanger entre femmes, d’évacuer son ressenti. Les séances les plus recommandées par les auteures pour préparer à l’endurance d’un accouchement : le yoga, la sophrologie (dès le premier trimestre), la préparation à la piscine, le chant. Quant à l’haptonomie, elle permet de faire activement participer le papa. Est joint un tableau récapitulatif des quinze préparations différentes à l’accouchement.
Un rendez-vous avec l’ostéopathe est conseillé au 8e mois, et une fois le bébé né.
De même, l’acupuncture peut soulager la femme enceinte de nombreux maux et problèmes qui se présentent tout au long de sa grossesse (ex. la version spontanée d’un bébé en siège : j’ai testé et ça a marché !).
Les auteures passent ensuite en revue la réflexologie, le shiatsu, le massage prénatal.
Elles évoquent aussi  l’attitude à adopter envers les aînés.

 

En ce qui concerne l’alimentation, il faut savoir que la femme enceinte a surtout besoin d’une alimentation saine et équilibrée, et pas du tout de manger pour deux (15 à 20 % en plus seulement) ; en revanche elle a besoin de 100 % d’acide folique (vitamine B9) en plus, de 50 % de calcium et d’environ 35 % de fer en plus.

Evitez les problèmes d’allergie sur le fœtus en diminuant les protéines d’origine animale (lait, œufs, produits laitiers).
Préférez les volailles et le mouton à la viande de porc ou de veau, pouvant contenir des hormones et des antibiotiques, et aux abats bourrés de toxines.
Préférez une cuisson à point de vos viandes, jamais crue ou saignante.
Ne conservez jamais la viande crue ou cuite plus de 2-3 jours au réfrigérateur.
Lavez soigneusement fruits et légumes crus.
Evitez les poissons crus, sushis, sashimis, tartares, etc., (pouvant abriter des parasites), crustacés, moules, huîtres (vulnérabilité à l’intoxication).
Evitez tout fromage.
Préférez les fruits aux jus de fruits.
Préférez les produits frais locaux, et surtout bio.
Buvez 1,5 litre à 2,5 litres d’eau, de l’eau de source en bouteille en alternance avec de l’eau du robinet avec une carafe dont vous changez le filtre régulièrement.
Cuisez soigneusement les œufs et la volaille. Evitez les préparations à base de lait cru (mousse au chocolat, tiramisu, …).
Lavez-vous les mains avant de manipuler les aliments.
Nettoyez et désinfectez les surfaces de travail et les ustensiles qui ont été en contact avec des aliments crus. Nettoyez régulièrement votre réfrigérateur.
Limitez votre consommation de caféine (café, thé, coca..) et préférez une tisane de cynorhodon (vitalisante, vitamine C).
Ne buvez plus d’alcool, évidemment !

Les envies de la femme enceinte seraient dues à ses modifications hormonales entraînant une hypersensibilité olfactive qui lui fait préférer/détester des aliments.

 

Quant à votre hygiène corporelle, contre les vergetures, préférez aux crèmes « anti-vergetures » au prix exorbitant et à l’efficacité peu prouvée, les huiles végétales (de jojoba pure et bio, d’amande douce, d’argan, d’avocat, de germe de blé et de carotte), le beurre de karité et le liniment oléo calcaire.

Les auteures vous proposent également cinq exercices physiques, dont les postures sont photographiées, pour se préparer à l’accouchement. Elles vous conseillent de voyager de préférence au deuxième trimestre, ce qui s’est vérifié : préférez les 4e et 5e mois pour vous déplacer.

Selon elles, une préparation pour anticiper l’allaitement ne s’avère absolument pas nécessaire (même s’il faut acheter au préalable des soutien-gorges, de coussinets, et un coussin d’allaitement), contrairement à celle du périnée (travail de contraction et de relâchement, massage avec de l’huile d’amande douce).

Elles rappellent que la femme enceinte a droit à une carte de priorité dans les files d’attente délivrée par la CAF dès le 4e mois, et qu’elle est protégée par le droit du travail.

Elles explicitent enfin certaines maladies qui peuvent survenir, et pour lesquelles la femme enceinte est surveillée tout au long de la grossesse, et évoquent le deuil prénatal.

 

Au troisième trimestre, après avoir décrit la croissance du bébé, elles passent en revue le matériel indispensable, l’habillement et la chambre de bébé pour préparer le séjour et le retour de la maternité. Elles préconisent entre autres très tôt l’achat d’un coussin de maternité (d’allaitement) et d’une ceinture de maintien (en fait déconseillée par ma sage-femme). Elles proposent les postures connues pour favoriser le retournement d’un bébé en siège à partir de la 32e semaine (20 minutes matin et soir) : en fait c’est l’acupuncture qui semble avoir fonctionné, comme indiqué dans l’ouvrage. Elles conseillent quelques remèdes contre l’angoisse.

 

Après ce long premier chapitre vient celui revendiquant un accouchement moins médicalisé, « donner la vie autrement » (une centaine de pages).

Les auteures se prononcent clairement contre le déclenchement artificiel (sauf s’il en va de la vie du bébé et de la maman, ce qui est rarissime), contre la position allongée sur le dos (la moins physiologique qui soit pour accoucher), contre le monitoring en continu, anxiogène (20 minutes suffisent toutes les 2 heures), contre la perfusion et l’ocytocine de synthèse, contre les touchers vaginaux (une fois toutes les quatre heures, et sans multiplier les intervenants), contre la péridurale (recommandation à nuancer : plutôt contrôler la péridurale), contre l’interdiction de boire et de manger pendant le travail, contre le rasage du pubis, contre les lavements, contre la poussée dirigée, contre l’épisiotomie (50 à 70% en France contre 10% préconisés par l’OMS), contre l’extraction instrumentale (forceps, spatules, ventouses), contre l’expression abdominale, contre la délivrance dirigée, contre la révision utérine, contre la césarienne.

Elles se positionnent en revanche pour un accompagnement global, un accouchement à domicile, en plateau technique, en maison de naissance. Elles préconisent la présence d’une doula (accompagnatrice d’accouchement professionnelle).

Elles conseillent de rédiger un projet de naissance, en mettant en avant ses souhaits, et moins ses refus, et de le photocopier en plusieurs exemplaires :
ex. : « Je souhaiterais être peau à peau avec mon bébé le plus possible. »
ex. sinon : « Je souhaiterais ne pas subir de monitoring en continu, afin de pouvoir conserver ma liberté de mouvements et que cela soit moins anxiogène. »

Elles signalent les remèdes « nature » qui favorisent la mise en route du travail et évitent le déclenchement artificiel : l’acupuncture, l’ostéopathie, l’homéopathie, faire l’amour, la stimulation des mamelons, l’infusion de feuilles de framboisier, la tisane d’ortie, les massages aux huiles essentielles de verveine, girofle, sauge, lavande, la promenade en été. Ainsi que des remèdes plus invasifs.

Viennent ensuite le descriptif complet d’une césarienne programmée, puis de toutes les étapes de l’accouchement extrêmement bien expliquées,sans omettre la césarienne en urgence, ni la péridurale. Elles insistent beaucoup sur le fait que la douleur de l’accouchement est naturelle.

 

Les soins au nouveau – né sont enfin l’occasion de très belles pages sur ses impressions à sa venue au monde. Elles rappellent qu’il est à sa venue au monde en pleine détresse psychologique, séparé d’un milieu aquatique en symbiose avec sa mère, blessé par la lumière crue, par le niveau sonore de la salle d’accouchement, souffrant de la chute de la température ambiante, du sentiment de vide autour de lui, de pesanteur de sa tête.

Elles préconisent d’attendre que le cordon ait cessé de battre avant de le couper, et estiment que le faire couper par le père est une aberration. Elles se prononcent contre l’aspiration ora-pharyngienne systématique, l’aspiration gastrique, l’introduction d’une sonde dans le rectum, l’injection de collyre antibiotique, de vitamine K, les tests de « réflexes archaïques », la pesée et la prise de mensurations dans la demi-heure qui suit l’accouchement, le nettoyage de bébé et l’habillage dès les premières heures de vie (il a sur lui une couche de vernix pour le protéger), la mise en couveuse. Il faut au contraire

  • poser le bébé immédiatement sur le ventre de sa mère
  • le laisser peau à peau avec sa maman au moins une heure durant les deux heures post-accouchement, avec une tétée d’accueil
  • laisser l’échange intense de regards bébé-maman s’opérer
  • mesurer le score d’Apgar sans séparer le bébé de sa mère

 

Le dernier chapitre, sur les suites de couche, ne fait qu’une trentaine de pages, mais qui se révèlent particulièrement instructives. Les auteures y décrivent les soins à donner à la maman après l’accouchement, évoquent longuement l’allaitement, les problèmes qui peuvent se poser, les remèdes contre les coliques.

Elles recommandent tout ce qui peut favoriser le développement psycho-affectif du nouveau-né :

  • le portage quand on se déplace (www.portersonenfant.fr, www.portersonbebe.fr)
  • la « couverture miracle » ou l’emmaillotement quand il dort (www.peau-a-peau.be)
  • les massages du bébé avec du calendual bio
  • l’utilisation de la « totote » uniquement pour le dodo
  • savoir décrypter ses pleurs.

 

Cet ouvrage de référence, complet et extrêmement détaillé, peut suffire à votre préparation à l’accouchement. Il présente à chaque fois les alternatives les plus naturelles et les plus douces à une surmédicalisation de la grossesse, de l’accouchement et de la maternité. On peut parfois être étonné, voire choqué, par certaines prises de position assez radicales, il n’en reste pas moins que tout est clairement et explicitement argumenté. A la lectrice de se forger sa propre opinion. Pour tout dire, en l’espace de trois mois, j’ai déjà lu ce gros ouvrage de A à Z deux fois, tant il recèle d’informations !

 

éditions La Plage, 2009. – 393 p. : ill. En coul.. – EAN13 978-2-84221-190-5 : 29,90 €.

 

 

 

Anna Karénine de Tolstoï

07.10
2012

 

cop. LGF et Carnets de SeL

Russie, vers 1873. Vrönski se rend à la gare chercher sa mère, qui arrive de Saint-Pétersbourg, laquelle a voyagé avec Anna Karénine, la soeur d’un ami, Stépan Arkadiévitch, mariée à un haut fonctionnaire de l’administration impériale, avec qui elle a eu un fils, Serge. Dès lors, Vrönski n’a de cesse de fréquenter les lieux où il la sait présente, causant la détresse de Kitty, la jeune belle-soeur de Stépan, laquelle, amoureuse de ce bel officier à la carrière prometteuse, vient de refuser sa main au bon et doux Lévine. Anna finit par céder à son amour naissant pour cet amant qui la poursuit de ses assiduités…

 

« Chaque fois que Vrönski reparaissait avec Anna, les yeux de celle-ci brillaient d’un éclat joyeux et un sourire de bonheur contractait ses lèvres rouges. Elle semblait faire un effort sur elle-même pour ne pas laisser transparaitre une joie qui malgré cela, sur ses traits, se décelait d’elle-même. » (p. 114)

 

Même si l’adultère constitue le sujet central de ce grand classique de mille pages, Tolstoï s’étant inspiré d’un événement tragique auquel il a assisté, un drame qui fit alors scandale, ce roman est aussi le prétexte pour Tolstoï d’opposer la vie pure à la campagne et la vie pervertie, faite de plaisirs et d’oisiveté, de la ville, comme il oppose aussi deux autres couples à celui, tragique et passionné, formé par Anna et Vrönski : celui de Stépan le joyeux volage et de Dolly, la mère de ses nombreux enfants, et celui, heureux, de Lévine et de Kitty, inspiré du mariage des Tolstoï. C’est ainsi qu’Anna connait de rares moments de quiétude en dehors de la ville, tout comme Lévine ne se reconnait plus dès qu’il est obligé de se rendre en ville.

Cette opposition est aussi le moyen d’observer le comportement des aristocrates envers leurs serviteurs en ville, et envers les paysans à la campagne. Car ce roman brosse surtout le portrait d’une société mondaine, aux principes de laquelle Anna déroge, et c’est en cela que cette dernière la condamne : Anna, incapable de mensonge, avoue sa liaison à son mari et aux yeux de tous, au lieu de vivre son adultère en secret (de polichinelle).

Mais, fait remarquable, dans tout le roman, Tolstoï se pose en démiurge : sans les commenter, sans les juger, contrairement à Balzac, Zola ou Flaubert, qui ont pu édifier des « types », il ne blâme ici la conduite d’aucun de ses personnages, et leur donne pleinement vie, avec leurs qualités et leurs défauts. Il s’inscrit lui-même au coeur du roman en la personne de Lévine, tourmenté par son absence de foi, son scepticisme, ses tentatives de réformes, son désir de travailler de ses mains.

Tolstoï fait aussi la part belle à ses portraits de femmes, à ces femmes à qui l’on n’accorde guère que le rôle d’épouse et de mère, et dont il va décrire les craintes, les renoncements, le dévouement et les responsabilités. C’est d’ailleurs l’épisode de l’accouchement qui semble avoir tout particulièrement impressionné tant ses contemporains que ses confrères, ce fragile passage que se fraie la vie, pouvant, surtout à l’époque, entraîner la mort.

Voilà les commentaires que m’inspire ce grand classique que je n’avais pas lu jusqu’ici. En dépit de la qualité de son observation de l’aristocratie de l’époque et de la finesse de sa description psychologique de la passion qui anime Anna, j’avoue avoir été un peu frustrée (la scène confisquée du délicieux abandon d’Anna dans les bras de Vrönski ! Règle de bienséance de l’auteur ?) et ne pas avoir été totalement séduite, sans vouloir le comparer à d’autres classiques français. Peut-être qu’à force d’entendre crier au génie l’on ne peut qu’être déçu de ne pas ressentir une immense admiration pour ce roman célèbre.

 

Ebook libre et gratuit ici !

Anna Karénine / Léon Tolstoï ; préf. d’André Maurois ; comment. de Marie Sémon. – Paris : Librairie générale française, 2011. – 1020 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. – (Classiques de poche). – (Collection principale : Le livre de poche ; 3141). - ISBN 2-253-09838-8 (br.) : 9,20 €.

Les bébés de Mylène Hubin-Gayte

10.08
2012

 

cop. Le Cavalier bleu

 

Quand on attend un enfant, c’est fou comme on peut recevoir de part et d’autre les avis et conseils de proches datant parfois de plusieurs générations. Mais quels sont ceux qu’il faut vraiment suivre ? Quelle est la validité scientifique ou historique de ces innombrables recommandations, vite démasquées comme autant de préjugés ? Ce petit ouvrage se propose de démêler le vrai du faux de toutes ces croyances.

En voici le sommaire :

Introduction
— « De la bébologie à la bébolâtrie. »

Le bébé dans l’histoire
— « L’amour maternel est un sentiment récent. »
— « L’enfant est naturellement bon. »
— « Etre mère, ça s’apprend. »
— « La maternité ne peut être qu’heureuse. »

Les compétences du bébé
— « A la naissance, un bébé ne voit pas. »
— « Un enfant comprend tout ce qu’on lui dit. »
— « Le bébé sait ce que sa mère ressent. »
— « Un bébé est intelligent. »
— « Tous les bébés se ressemblent. »

Les pratiques de maternage
— « C’est mieux d’allaiter. »
— «  Il faut laisser pleurer les bébés. »
— « Sucer une tétine est une mauvaise habitude. »
— « On ne se comporte pas de la même manière si c’est une fille ou un garçon. »
— « Le contact corporel est à la base de la relation mère-enfant. »

Le bébé et son environnement
— «  La relation mère-enfant est unique et privilégiée. »
— « Si mon enfant va à la crèche, il sera plus sociable. »
— «  Il faut stimuler le bébé. »
— « Les bébés ont besoin d’un « doudou” qui les réconforte. »

Conclusion
— « Le développement des bébés est universel. »

 

Psychologue de l’enfant, chercheur et maître de conférences en psychologie du développement, l’auteure commence par nous rappeler la définition, l’étymologie et l’historique de la notion de « bébé », avant de brosser l’histoire de la relation parentale et de la perception que l’on avait au fil des siècles de l’enfant. Si l’on peut regretter qu’elle passe à côté de la question « L’enfant est naturellement bon », elle explique toutefois clairement quelles sont les réelles compétences d’un bébé, voire du foetus (son intelligence, ses 5 sens, son état de vigilance, ses cinq émotions, les raisons de son besoin de tétine ou de doudou), mais également le pourquoi de l’attitude de la mère, en particulier au moment du baby blues ou de la dépression du post-partum.

 

Un petit livre bien pratique pour tirer au clair toutes les incompréhensions ou croyances autour du nouveau-né.

 

HUBIN-GAYTE, Mylène. – Les Bébés. – Le Cavalier bleu, 2001. – 127 p.. – (idées reçues).

Emprunté au C.D.I. du Lycée Voltaire.

Les femmes du braconnier de Claude Pujade-Renaud

29.04
2012

 

cop. Actes Sud

 

C’est lors d’une soirée étudiante à Cambridge que Sylvia Plath mord sauvagement à la joue le poète Ted Hughes, comme une proie qu’elle épouse quelques mois plus tard, en juin 1956. De tendance maniaco-dépressive, ayant déjà fait une première tentative de suicide suivie d’un séjour dans une institution psychiatrique, Sylvia Plath écrit également des poèmes. Aussi, lorsqu’elle met au monde Frieda, à Londres en 1960, elle regrette de ne pas avoir encore publié d’oeuvre avant de devenir mère. Les tâches ménagères, son rôle de mère, les soucis financiers et la dactylographie des manuscrits de son époux prévalent davantage alors que sa propre carrière, même si Sylvia Plath publie son premier recueil de poèmes, The Colossus. Nicholas naît en 1962 dans une grande maison en pleine campagne anglaise. Mais Ted étouffe déjà dans sa relation de couple et entame une liaison avec la femme d’un ami poète, Assia Wevill. Sylvia Plath retourne alors seule s’installer à Londres avec ses enfants, Frieda et Nicholas, et loue un appartement dans une maison autrefois occupée par le poète irlandais William Butler Yeats…

 

« Le jaguar observe son vieil ennemi fraternel, l’homme immense, le prédateur. Nullement inquiétant, aujourd’hui : il porte sur ses épaules une petiote, ravie d’être ainsi haut perchée. Fascinée, elle contemple la bête ocellée.

- On avance ? s’impatiente la femme morose poussant le landau.

Ils s’ennuient, tout en donnant l’air d’être une vraie famille, contournent l’enclos des cervidés, parviennent à celui des loups.

- La nuit je les entends, depuis la maison de Yeats. Ils me tiennent compagnie durant mes insomnies. » (p. 210)

 

Le roman Les Femmes du braconnier m’a fait revivre la même expérience de lectrice que La Danse océane : dans l’ignorance complète de la biographie de ses protagonistes, je me suis lancée dans cette lecture comme s’il s’agissait d’une histoire imaginée de bout en bout. Or, cette fois encore, Claude Pujade-Renaud s’est attachée aux portraits extraordinaires de poètes (après ceux de danseuses), se débattant entre leurs aspirations artistiques et leur rôle d’époux/épouse et de parent. La figure de Sylvia Plath, en particulier, domine toute la première partie de ce roman avec sa bipolarité ressortant dans son oeuvre : Américaine pleine de vie en apparence, excellente ménagère, elle se révèle profondément attirée par la mort dans ses poèmes, et pleine de rancoeur envers ses parents. Si d’ailleurs les deux immenses tragédies qui jalonnent ce roman n’étaient pas directement inspirées de la réalité, on aurait presque pu reprocher à l’auteure d’avoir exagérer dans son exploration de Thanatos dans les relations de couple avec Ted Hughes. Un roman très sombre, donc, qui, aussi bien par l’intrigue que par l’écriture, ne m’a pourtant pas aussi séduite que La Danse océane, son premier roman. Il ne me reste plus qu’à découvrir les poèmes des deux protagonistes, Ted Hughes et Sylvia Plath.

A voir l’entrevue de Claude Pujade-Renaud dans Un jour un livre, et trois interviews d’elle dans les carnets de rencontre de Carnets de SeL.
Lire aussi de Claude Pujade-Renaud dans Carnets de Sel : La Danse océane, Martha ou le mensonge du mouvement, Transhumance des tombes, Vous êtes toute seule ? et un essai sur elle.