Mots-clefs ‘relation mère-enfant’

Hilda et le roi de la montagne

30.01
2020

IMG_20200108_194737Dans la forêt de pierres, Hilda se réveille en Troll, tandis qu’enville, le bébé Troll a pris sa place chez elle, auprès de sa mère qui s’inquiète beaucoup pour elle et part à sa recherche. Hilda apprend que c’est la maman Troll qui a cru bien faire en échangeant les deux vies, au vu de la personnalité des enfants, et un géant emprisonné sous la montagne se présente à elle comme étant le seul être capable de briser le sortilège….

Trois ans après, voici la suite et fin des aventures de Hilda et la forêt de pierres.Inspirée de la mythologie nordique, cette histoire de trolls permet d’aborder la relation maternelle sous un jour différent. Un vrai plaisir à lire.

A lire du même auteur les albums précédents : « Hilda et la parade des oiseaux », « Hilda et le troll », « Hilda et le géant de minuit » et « Hilda et le chien noir ».

PEARSON, Luke

Hilda et le roi de la montagne

trad. par Basile Béguerie

Casterman, 2020. n.p. : ill. en coul. ; 31 cm. EAN13 978-2-203-09755-1 : 15 €

L’appel de L. Galandon & D. Mermoux

05.04
2017

Couv_291686Cécile, mère célibataire, regarde un message vidéo laissé par son fils Benoît, parti faire le Djihad en Syrie auprès de ses « frères » de l’État Islamique. Elle tente de comprendre pourquoi lui, qui n’était même pas croyant, a pu se radicaliser à ce point, et espère, lors de leur prochain appel, pouvoir le récupérer.

La pertinence du récit commence par la polysémie de son titre, l’appel, celui qu’attend cette mère de son fils, celui avec qui tout commence, celui enfin avec qui tout se termine avec la radicalisation de sa foi en une autre cause. Le seul petit bémol que l’on pourrait faire à cette bande dessinée, c’est que le recours aux réseaux sociaux et aux témoignages contraignent les auteurs à favoriser le texte par rapport à l’image. Laurent Galandon ne tombe en effet dans aucun des pièges : de bout en bout, son histoire ne verse dans aucun cliché ni aucun préjugé, ni par le choix de son protagoniste (blanc et athée), ni par les raisons de sa radicalisation (forts sentiments d’amitié et d’injustice), ni par son issue. Il soulève justement les bonnes questions, à savoir les inégalités sociales et la violence des rapports entre les jeunes et la police. Néanmoins le choix du noir et blanc, parfois sépia, renforce la sobriété et la pudeur du propos : pas d’esclandre ici, pas de violence montrée, tout est (presque) suggéré.

Une excellente BD sur ce triste sujet d’actualité qui tourne déjà dans tous les C.D.I. de lycées de France, et qui constitue un excellent point de départ pour entamer un débat avec les adolescents.

 

 

 

Continuer de Laurent Mauvignier

06.11
2016

continuer

 

Samuel ce soir n’est pas rentré dans leur appartement de Bordeaux. Sibylle passe la nuit à l’attendre. Et puis, un coup de fil. Samuel s’est laissé entraîner par ses mauvaises fréquentations à une fête, qui s’est mal finie. Les écouteurs sur les oreilles, Samuel reste dans sa bulle, ignore sa mère qui, des semaines durant, prépare un voyage de plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, pour l’empêcher de sombrer dans la haine et la délinquance. Mais c’est aussi son histoire à elle qui la rattrape, elle qui a eu un jour son destin brisé…

« Ce matin, Samuel ne parle pas de comment il a été agacé par les deux hommes la veille au soir, comment il a été surtout irrité par son comportement à elle, comment il n’a pas aimé voir sa mère en train de jouer le jeu de la séduction. »  (p. 110)

Après avoir été enthousiasmée par Des hommes en 2009, Ce que j’appelle oubli et Loin d’eux, Autour du monde m’avait déçue, à tel point que je n’avais pas poursuivi ma lecture, mon temps étant désormais précieux. Si, ici, je me suis laissée davantage porter par le récit, je ne retrouve pourtant toujours pas la plume qui m’avait séduite. Continuer, oui, à écrire aussi pour Laurent Mauvignier, et son inspiration cherche un second souffle dans les faits divers et les drames qui ont parfois secoué les espaces publics français. Et pourtant, il y a dans cette relation entre une mère qui continue de vivre malgré ses cauchemars qui reviennent la hanter, et cet adolescent qui refuse le contact, l’échange, la parole, quelque chose de vrai, d’authentique, tout comme ce désir sensuel refoulé de part et d’autre, comme une résurgence de deux chairs qui se sont connues du moins les premiers mois de la vie.

Un beau roman malgré tout.

Le cordon de soie de Frédérique Deghelt

30.07
2016
cop. Actes Sud

cop. Actes Sud

« Ta naissance accélère le Temps. Nos neuf mois gigognes ont disparu pour te laisser là. Chaque jour qui passe voit ton visage changer. Et cette course enclenchée donne à ma contemplation des allures d’urgence. » (p. 19)

« Bruit et fureur, ta bouche immense éclipse ton visage, tout entier dans la colère. Rouge, raideur des membres, yeux fermés sans larme, tu n’es qu’un cri jeté au ciel pour m’impressionner. J’en oublie la raison, fascinée par le spectacle offert de ton corps déchaîné dans une souffrance insoutenable. Quand je songe à me défaire, tu es plus défait que moi, râles et trembles. Ta bouche enfin me trouve, tu t’étrangles. Un dieu semble d’un geste bannir l’ouragan. Dans ta succion encore, l’exaspération d’une attente, puis le contentement te gagnent. Ta gueule de vieux furieux fait place au visage d’un ange, lisse, calme. » (p. 24)

Un beau présent que cet écrin d’images poétiques, virevoltant entre les impressions d’une mère découvrant son enfant le long des premières semaines, et les photographies en noir et blanc et couleurs de Sylvie Singer Kergall. Trois mois déjà…

Offert par Manou

 

 

 

 

Le reste du monde de Jean-Christophe Chauzy

18.03
2015

cop. Casterman / Chauzy

Dernier soir de ce mois d’août passé en montagne : Marie, perturbée par sa rupture toute fraîche avec son mari parti avec une jeunette, confie ses fils Jules et Hugo aux Guérin pour pouvoir ranger et nettoyer son chalet avant le départ. Mais cette nuit-là éclate un orage de montagne extraordinaire, devant lequel fuient les animaux, terrorisés. Lorsque Marie, blessée, redescend au village, elle le trouve dévasté, comptant ses morts. Marie plonge dans une faille sauver ses fils avec l’aide du chien des Guérin. Elle décide ensuite de descendre à Soulan coûte que coûte pour prendre le train, mais arrivés là, la ville semble coupée du monde. Bientôt les vivres commencent à manquer…

Curieux comme cela m’a fait songer au plateau du Vercors et à sa route en lacets de Lans-en- Vercors jusqu’à Grenoble. La ressemblance s’arrêtera, je l’espère, là… Car c’est une vraie histoire de fin du monde que nous raconte là Jean-Christophe Chauzy, de celles où l’instinct de survie fait oublier le reste d’humanité en chacun de nous. Le fil est ténu, prêt à casser pour faire abandonner toute moralité, pour cette mère décidée à survivre avec ses deux fils. Un parfum d’apocalypse dérangeant. A suivre.

 

CHAUZY, Jean-Christophe.

Le reste du monde.

Casterman (Univers d’auteurs ; 2015).

109 p.

EAN13 9782203087415 : 18 €.

Philomena

11.02
2014

PhilomenaLong-métrage écrit par Steve Coogan & Jeff Pope

Le film est adapté de l’histoire vraie de Philomena Lee, rapportée par le journaliste britannique Martin Sixsmith.

Le pitch

Un grand journaliste aide à contre-coeur une vieille Irlandaise à retrouver son fils, qu’on lui avait retiré au couvent il y a de cela près de 50 ans, alors qu’elle était fille-mère, pour le confier à un couple plus fortuné.

Le synopsis court

Lorsque le journaliste de la BBC Martin Sixsmith tombe en disgrâce, il ne sait plus quoi faire. Quand il parle d’écrire son grand ouvrage sur l’histoire de la Russie, on sourit d’ennui. C’est alors qu’une extra, lors d’une réception, lui parle de sa mère, Philomena, une Irlandaise ayant accouché adolescente dans un couvent catholique, et n’ayant aucune nouvelle de son fils depuis près de 50 ans, adopté contre son gré. Martin commence par refuser : il ne fait pas dans l’aventure humaine. Mais les circonstances l’y contraignent. Martin se charge alors de la quête de Philomena, qui les amènent tous deux aux Etats-Unis, et à se découvrir l’un l’autre, chacun avec ses croyances et son but personnel à atteindre.

Ma critique

On pourrait rapprocher ce thème de celui de The Magdalene Sisters, qui traitait aussi du sort des jeunes filles « perdues » placées dans des couvents en Irlande au XXesiècle, et d’ailleurs évoqué pendant le film par Martin Sixsmith. Mais, finalement, l’enjeu de l’histoire ne réside pas seulement dans cette dénonciation d’un extrêmisme religieux reniant presque la qualité d’être humain libre et aimant, à ces pauvres filles-mères qui sont plus pauvres et isolées que vicieuses et pécheresses. – La scène pleine de suspens du départ du fils alors que la mère n’en est même pas informée, est particulièrement révoltante. – Il réside peu dans les flash-back sur le fils menant sa propre vie sans sa vraie mère, ni dans la quête proprement dite, vite évacuée. Elle réside surtout dans l’interprétation que le spectateur peut faire du duo formé par cette vieille dame de la classe populaire, qui arrive encore à pardonner à celle(s) qui lui a (ont) gâché une partie de sa vie de mère, et qui nous est en cela assez agaçante de conviction religieuse intégrée, et par ce journaliste habitué au luxe, condescendant à faire de l’aventure humaine pour pouvoir remonter sur la scène publique. Rien n’est vraiment dit, mais tout geste qui paraît humain de la part du journaliste n’est en réalité que guidé par son intérêt personnel… Un traité de manipulation finalement…

 

Le jeu des ombres de Louise Erdrich

24.02
2013

cop. Albin Michel

« Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t’es mis à le lire pour découvrir si je te trompais. Le second, que l’on pourrait appeler mon véritable agenda, c’est celui dans lequel je suis en train d’écrire. » (p. 9)

La narratrice, Irene America, entame ainsi un vrai journal secret en lieu sûr, en parallèle du rouge qu’elle ne destine plus qu’à la curiosité de son mari… qui a une fois de plus violé son intimité. Car Gil, son époux, est devenu célèbre en peignant sa femme, belle amérindienne, dont il est follement épris, dans des poses souvent érotiques, parfois humiliantes. Des tableaux que l’aîné de leurs trois enfants découvre en cachette sur internet, dont chacun se souvient en croisant le couple dans les soirées mondaines. Irene va alors vouloir s’amuser en utilisant ce carnet pour manipuler son époux…

Louise Erdrich est actuellement l’une des voix qui comptent outre-Atlantique. Elle signe ici un remarquable thriller psychologique sur l’enfer conjugal, le drame d’un couple prêt à voler en éclats, et brosse en filigrane le portrait d’une Américaine amérindienne comme elle, écrivant une thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens, qui a sillonné l’Ouest américain au début du XIXe siècle. Construite en huis-clos, cette histoire de manipulation devient franchement insoutenable lorsque la narratrice en arrive aux dernières extrémités pour rompre avec son époux, qu’elle a cessé d’aimer depuis la naissance du cadet. Un père que l’on sait passablement violent avec ses enfants, dont il n’a pas su se faire aimer. Une histoire attractive – répulsive en diable, que j’ai lu d’une traite, un suspens qui fonctionne bien donc, les meilleurs passages restant ce passé qu’invente dans les détails la narratrice, mais sans cette qualité d’écriture qui m’aurait davantage convaincue.

Un thriller idéal par ce temps froid, au coin du feu.