Mots-clefs ‘relation homme-femme’

Le grand écrivain de W. Somerset Maugham

22.09
2013
cop. La Table ronde

cop. La Table ronde

 

Alroy Kear, écrivain devenu connu à force d’ambition et de « réseautage », demande au narrateur, autre écrivain, William Ashenden, de lui raconter ses souvenirs d’un troisième, Edward Driffield, auteur majeur de la littérature victorienne, et de sa première épouse, Rosie Driffield, très « nature », ancienne maîtresse de celui-ci…

« Quand un ami, en votre absence, vous a téléphoné en insistant pour être rappelé, soyez sûr qu’il s’agit d’une affaire plus importante pour lui que pour vous. S’il pense à vous offrir un cadeau ou à vous rendre un service, il sait modérer son impatience. » (incipit)

D’emblée, William Somerset Maugham donne le ton – caustique – à cette comédie littéraire qui débute par le portrait d’un écrivain manipulateur et ambitieux qui a compris que le succès passait avant tout par la flatterie et la réclame caustique. Parallèlement se dessine l’histoire du couple formé par le « Grand » écrivain, au début sans le sou, avec sa première femme, en dehors de toute convenance, qui dissimule un secret. Plus vraie en tout cas que celle édulcorée que s’apprête à retranscrire Alroy Kear. Et plus vraie que ce bureau réaménagé de toutes pièces par la seconde épouse du Grand écrivain pour satisfaire la curiosité de ses fans.

SOMERSET MAUGHAM, William. – Le grand écrivain / trad. de l’ang. par E.-R. Blanchet. – La Table ronde, 2013.- 265 p. ; 18 cm. – (La petite vermillon ; 384). – EAN13 9782710370482.

 

Le jeu des ombres de Louise Erdrich

24.02
2013

cop. Albin Michel

« Après avoir pas mal cherché, je suppose, tu as trouvé mon agenda rouge. Tu t’es mis à le lire pour découvrir si je te trompais. Le second, que l’on pourrait appeler mon véritable agenda, c’est celui dans lequel je suis en train d’écrire. » (p. 9)

La narratrice, Irene America, entame ainsi un vrai journal secret en lieu sûr, en parallèle du rouge qu’elle ne destine plus qu’à la curiosité de son mari… qui a une fois de plus violé son intimité. Car Gil, son époux, est devenu célèbre en peignant sa femme, belle amérindienne, dont il est follement épris, dans des poses souvent érotiques, parfois humiliantes. Des tableaux que l’aîné de leurs trois enfants découvre en cachette sur internet, dont chacun se souvient en croisant le couple dans les soirées mondaines. Irene va alors vouloir s’amuser en utilisant ce carnet pour manipuler son époux…

Louise Erdrich est actuellement l’une des voix qui comptent outre-Atlantique. Elle signe ici un remarquable thriller psychologique sur l’enfer conjugal, le drame d’un couple prêt à voler en éclats, et brosse en filigrane le portrait d’une Américaine amérindienne comme elle, écrivant une thèse sur George Catlin, le peintre des Indiens, qui a sillonné l’Ouest américain au début du XIXe siècle. Construite en huis-clos, cette histoire de manipulation devient franchement insoutenable lorsque la narratrice en arrive aux dernières extrémités pour rompre avec son époux, qu’elle a cessé d’aimer depuis la naissance du cadet. Un père que l’on sait passablement violent avec ses enfants, dont il n’a pas su se faire aimer. Une histoire attractive – répulsive en diable, que j’ai lu d’une traite, un suspens qui fonctionne bien donc, les meilleurs passages restant ce passé qu’invente dans les détails la narratrice, mais sans cette qualité d’écriture qui m’aurait davantage convaincue.

Un thriller idéal par ce temps froid, au coin du feu.

 

 

 

 

Les femmes de Loisel et Tripp

06.02
2013

cop. Loisel et Tripp


 

Mercredi, c’est bande dessinée !


Et aujourd’hui, tout spécialement, c’est le 3e moisiversaire de mon tout petit bout de femme ! Il y a tout juste un an que, comme Marie, je tombais enceinte moi aussi… Spéciale dédicace :

 

 

 

cop. Casterman

Marie est enceinte, de père indéterminé, Eloïse et Alcide s’aiment en dehors du mariage, et le curé Réjean, en pleine cogitation existentielle, ne vient plus faire la messe  :  de quoi faire perdre la tête aux trois vieilles bigotes, les soeurs Gladu !

Et voilà, c’est fini pour cette année ! Il va nous falloir attendre plusieurs mois avant de pouvoir retrouver Serge et Marie. Difficile de se détacher de cette histoire tranquille de l’émancipation d’une jeune femme et avec elle de tout son village, tant on a pris plaisir à être immergé dans cette ambiance rurale, résonnant des joutes verbales fleurant bon le Québec de ses personnages attachants. Un vrai coup de coeur pour cette série pleine d’humour et de sensibilité.

 

Vous pouvez aussi jeter un oeil au site officiel de Régis Loisel.

Retrouvez dans Carnets de SeL les chroniques de :

1. Marie

2. Serge

3. Les hommes

4. Confessions

5. Montréal

6. Ernest Latulippe

7. Charleston

 

LOISEL, Régis, TRIPP, Jean-Louis. - Les femmes / adapté en québécois par Jimmy Beaulieu ; couleurs de François Lapierre. – Casterman, 2012. – 64 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm. – (Magasin général ; 8). - EAN13 9782203049222 : 14,95 €.
Reçue en service de presse.

 

Charleston de Loisel et Tripp

30.01
2013

cop. Casterman

 

Mercredi, c’est bande dessinée !

Alors qu’elle héberge chez elle les frères Latulippe, Marie a une liaison avec Ernest, bien plus à son goût depuis que Serge lui a soufflé de se couper la barbe. Son frère a tôt fait de l’imiter ! Pendant ce temps, au village, les robes provenant de Montréal font fureur : Philomène se propose de reproduire des modèles, tandis que Marie apprend à tout le monde à danser le charleston, qui en oublie d’élire un maire pour leur bonne paroisse. Rien ne va plus à Notre-Dame-des-lacs !

Marie a ramené avec elle non seulement la modernité de Montréal, sa mode et sa nouvelle danse, mais aussi des moeurs plus légères, et un appétit de danser et de vivre terriblement contagieux. La série s’écoule tout en rondeurs, sans grosse surprise, mais reste un véritable plaisir !

Vous pouvez aussi jeter un oeil au site officiel de Régis Loisel.

Retrouvez dans Carnets de SeL les chroniques de :

1. Marie

2. Serge

3. Les hommes

4. Confessions

 

Charleston / sur un thème de Régis Loisel ; scénario et dialogues, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; dessin, Régis Loisel & Jean-Louis Tripp ; adaptation des dialogues en québecois, Jimmy Beaulieu ; couleurs, François Lapierre. – Casterman, DL 2009. – 84 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. ; 32 cm. – (Magasin général ; 7). - ISBN 978-2-203-03219-4 : 14 €.
Acheté à Passion culture.

 

Toute la vérité sur le sujet de Bill Plympton

10.10
2012

cop. Paquet

Le mercredi, c’est bande dessinée.

BD pour adultes

 

Et une lacune de moins ! Eh oui, j’avoue, je ne connaissais pas du tout Bill Plympton, qui a reçu la Palme d’or du meilleur court-métrage en 1988 pour Your face. Qu’à cela ne tienne : on a eu tôt fait de me prêter l’une de ses bandes dessinées.

Ici, il ne s’agit pas du visage de la femme aimée, mais d’une partie de son anatomie qui obsède pas mal d’hommes : ses seins. En découle une série de planches, tantôt en couleurs, tantôt en noir et blanc, au crayonné jamais tout à fait précis, rapide et direct, qui racontent des anecdotes sexuelles mêlant absurde et fantastique. Evidemment, il est difficile de ne pas mettre en lien ces histoires décalées, souvent pleines d’un humour corrosif, à l’imaginaire de Roland Topor.

Découvrez ses court-métrages sur Youtube.

 

Anna Karénine de Tolstoï

07.10
2012

 

cop. LGF et Carnets de SeL

Russie, vers 1873. Vrönski se rend à la gare chercher sa mère, qui arrive de Saint-Pétersbourg, laquelle a voyagé avec Anna Karénine, la soeur d’un ami, Stépan Arkadiévitch, mariée à un haut fonctionnaire de l’administration impériale, avec qui elle a eu un fils, Serge. Dès lors, Vrönski n’a de cesse de fréquenter les lieux où il la sait présente, causant la détresse de Kitty, la jeune belle-soeur de Stépan, laquelle, amoureuse de ce bel officier à la carrière prometteuse, vient de refuser sa main au bon et doux Lévine. Anna finit par céder à son amour naissant pour cet amant qui la poursuit de ses assiduités…

 

« Chaque fois que Vrönski reparaissait avec Anna, les yeux de celle-ci brillaient d’un éclat joyeux et un sourire de bonheur contractait ses lèvres rouges. Elle semblait faire un effort sur elle-même pour ne pas laisser transparaitre une joie qui malgré cela, sur ses traits, se décelait d’elle-même. » (p. 114)

 

Même si l’adultère constitue le sujet central de ce grand classique de mille pages, Tolstoï s’étant inspiré d’un événement tragique auquel il a assisté, un drame qui fit alors scandale, ce roman est aussi le prétexte pour Tolstoï d’opposer la vie pure à la campagne et la vie pervertie, faite de plaisirs et d’oisiveté, de la ville, comme il oppose aussi deux autres couples à celui, tragique et passionné, formé par Anna et Vrönski : celui de Stépan le joyeux volage et de Dolly, la mère de ses nombreux enfants, et celui, heureux, de Lévine et de Kitty, inspiré du mariage des Tolstoï. C’est ainsi qu’Anna connait de rares moments de quiétude en dehors de la ville, tout comme Lévine ne se reconnait plus dès qu’il est obligé de se rendre en ville.

Cette opposition est aussi le moyen d’observer le comportement des aristocrates envers leurs serviteurs en ville, et envers les paysans à la campagne. Car ce roman brosse surtout le portrait d’une société mondaine, aux principes de laquelle Anna déroge, et c’est en cela que cette dernière la condamne : Anna, incapable de mensonge, avoue sa liaison à son mari et aux yeux de tous, au lieu de vivre son adultère en secret (de polichinelle).

Mais, fait remarquable, dans tout le roman, Tolstoï se pose en démiurge : sans les commenter, sans les juger, contrairement à Balzac, Zola ou Flaubert, qui ont pu édifier des « types », il ne blâme ici la conduite d’aucun de ses personnages, et leur donne pleinement vie, avec leurs qualités et leurs défauts. Il s’inscrit lui-même au coeur du roman en la personne de Lévine, tourmenté par son absence de foi, son scepticisme, ses tentatives de réformes, son désir de travailler de ses mains.

Tolstoï fait aussi la part belle à ses portraits de femmes, à ces femmes à qui l’on n’accorde guère que le rôle d’épouse et de mère, et dont il va décrire les craintes, les renoncements, le dévouement et les responsabilités. C’est d’ailleurs l’épisode de l’accouchement qui semble avoir tout particulièrement impressionné tant ses contemporains que ses confrères, ce fragile passage que se fraie la vie, pouvant, surtout à l’époque, entraîner la mort.

Voilà les commentaires que m’inspire ce grand classique que je n’avais pas lu jusqu’ici. En dépit de la qualité de son observation de l’aristocratie de l’époque et de la finesse de sa description psychologique de la passion qui anime Anna, j’avoue avoir été un peu frustrée (la scène confisquée du délicieux abandon d’Anna dans les bras de Vrönski ! Règle de bienséance de l’auteur ?) et ne pas avoir été totalement séduite, sans vouloir le comparer à d’autres classiques français. Peut-être qu’à force d’entendre crier au génie l’on ne peut qu’être déçu de ne pas ressentir une immense admiration pour ce roman célèbre.

 

Ebook libre et gratuit ici !

Anna Karénine / Léon Tolstoï ; préf. d’André Maurois ; comment. de Marie Sémon. – Paris : Librairie générale française, 2011. – 1020 p. : couv. ill. en coul. ; 18 cm. – (Classiques de poche). – (Collection principale : Le livre de poche ; 3141). - ISBN 2-253-09838-8 (br.) : 9,20 €.

La conscience de Zeno d’Italo Svevo

02.09
2012

cop. Folio

Titre original : La coscienza di Zeno (1923)

C’est pour suivre les conseils de son médecin que Zeno Cosini décide de coucher sur le papier toute sa vie de rentier de fin du 19e siècle. Il commence par une analyse historique de son goût pour le tabac, dont il espère toujours guérir, puis par la gifle de son père mourant, avant de relater son mariage par dépit avec l’une des quatre filles d’un négociant, qui s’achève sur sa bonne réputation de père de famille.

« Pour diminuer son apparence grossière, j’essayai de donner un contenu philosophique à la maladie de la dernière cigarette. On prend une fière attitude et l’on dit : « Jamais plus ! » Mais que devient cette fière attitude si on tient la promesse ? Pour la garder, il faut avoir à renouveler le serment. Et d’ailleurs, le temps, pour moi, n’est pas cette chose impensable qui ne s’arrête jamais. Pour moi, pour moi seul, le temps revient. » (p. 27-28).

Troisième roman d’Italo Svevo, dont la publication en France fut soutenue par James Joyce, ce récit est l’histoire d’une vie somme toute ordinaire, d’un rentier oisif qui semble passif, laissant le cours des événements décider de son destin. Ainsi ses affaires sont gérées par un employé que son père croyait plus capable ; il épouse Augusta par dépit après avoir essuyé le refus de sa soeur, dont il était amoureux ; il la trompe avec une pauvre jeune fille qui voit en lui son sauveur… Embarrassé par ses réflexions et ses hésitations, Zeno ne prend pas réellement d’initiatives dans sa vie, si ce n’est pour prendre constamment des résolutions qui éclatent sous la pression de l’excuse de « la dernière fois ». Il accorde peu de crédit à la psychanalyse qu’il suit, son médecin se bornant à expliquer son comportement par le complexe d’Oedipe. Bref, ce roman psychologique décrit les soubresauts d’un homme avec sa conscience, et qui se met bien souvent dans le pétrin tout seul, sous nos yeux ahuris. Un voyage introspectif non dénué d’humour, dont le meilleur passage reste celui du tout début sur le tabagisme.

 

Offert par Giulia.