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Heavy-Toast de Pierre Jeanneau

09.04
2014

Voici une bande dessinée qui prend la forme de trente grandes cartes à jouer. A une lecture linéaire unique se substituent des lectures linéaires partielles ou complètes, selon l’envie du lecteur. Se combinent alors les intrigues de Camille, Bob, Saturnin et Delphine à la recherche de Frank, sur une station spatiale. Les intentions de chacun/e sont obscures et mystérieuses, ce qui permet précisément de mélanger à loisir les intrigues possibles. Si le concept est louable, dans l’esprit de l’OUBAPO, le résultat est perfectible, car on a quelque difficulté à entrer dans cette / ces histoire/s, à défaut de bien connaitre les tenants et aboutissants de ces personnages et de leur quête. En tout cas, cette maison d’édition qui développe sans cesse des concepts originaux est à suivre…

De la même maison d’édition, critiqué dans Carnets de SeL : Lignes noires.

 


Ludovic Rio / [decryptcult] # 4 / décembre 2013 par decryptimages

 

 

Comment être libraire aujourd’hui ?

01.06
2013

dessin de Chappatte

dessin de Chappatte

Après la conférence « éditeur indépendant, un pari gagnant ? », voici le compte-rendu de celle, également animée par Sarah Palacci, sur cet autre chaînon qui donne vie ou non au livre, d’abord en le sélectionnant, ensuite en le défendant : comment être libraire aujourd’hui ?

Sarah Palacci : Aujourd’hui vous ouvririez une librairie ou pas ?

- Oui, bien sûr, c’est une jolie période pour la défense du livre-papier, répond Xavier Moni. Nous avons ouvert notre librairie dans le Marais, Comme un roman, en 2001, en référence à Daniel Pennac.  Nous étions tous deux enseignants. Nous sommes donc passés par d’autres expériences professionnelles. A l’époque, elle était très petite (70 m2) et se situait à une autre adresse. En 2007, nous avons déménagé pour plus grand (200 m2), rue de Bretagne. Les investissements furent plus conséquents. On peut encore devenir libraire aujourd’hui, mais le marché n’a pas de croissance du tout.  Je crois encore à l’avenir du livre.

- La première de nos librairies a été créée en 1980, puis quatre autres à Paris, une à Lille qui a fermé, nous apprend Antoine Fron (Arbre à lettres à Paris). Ce sont des librairies de quartier avec leurs habitués. C’est très difficile d’ouvrir une librairie.

cop. Jopa

cop. Jopa

- Ouvrir une librairie, c’est vouloir faire passer le goût du livre et de la lecture, nous dit Françoise Charriau (librairie Passages à Lyon). Cela implique qu’on lise beaucoup et que l’on partage ce qu’on a aimé. Il faut surprendre les lecteurs.  On a beaucoup tenu à l’esthétique, lieu aéré et bien rangé, contrairement à des librairies toutes exiguës. On a le soutien de la DLL et du CNL. Pour ouvrir une librairie, il faut trouver le bon livre, comme la bonne ville. Nous sommes tous des entrepreneurs et on attend un retour sur l’investissement. Il faut se projeter sur les 10-20 prochaines années.

Sarah Palacci : Justement qu’est-ce que sera la librairie dans les 10 prochaines années ?

Jean-Marie Ozanne (Librairie Folies d’encre) : Avant, on recevait 250 nouveautés en septembre. A l’heure actuelle, cela a plus que doublé. Plus le temps passe, plus on nous demande de faire un choix parmi tout ce qui est publié. De 1981 à 1995, le libraire était tourné vers l’éditeur qui apportait la denrée rare. Aujourd’hui, l’offre est bien supérieure à la demande. Ce qui devient rare, c’est le public.

Les conseils trouvés sur Internet sont froids, métalliques. Les libraires sont là pour créer des endroits qui sont des points chauds. Aujourd’hui le libraire doit aimer et les livres et les gens. Le magasin change aussi.

Le problème, c’est le monopole d’un titre chez un fournisseur. Le libraire ne peut pas changer de fournisseur, d’éditeur qui ont un monopole.  Filipetti a annoncé qu’il allait y avoir un médiateur du livre, obtenu par une action collective.

Le label LIR est attribué aux librairies indépendantes de référence, sur des critères économiques (masse salariale) et qualitatifs, ce qui leur permet de bénéficier de l’exemption de la taxe professionnelle (sur Orléans, la librairie Les Temps modernes a obtenu le label LIR en 2009).

 

 

cop. Jopa

cop. Jopa

Sarah Palacci : C’est quoi, le métier de libraire ?

Jean-Marie Ozanne (Librairie Folies d’encre) : C’est à la fois très prétentieux – lire avant les autres et conseiller les autres – mais aussi humble – car le lecteur peut venir avec des livres dont on n’a jamais entendu parler. Le libraire lit en dehors de ses heures de travail. L’essentiel du métier consiste en le commerce, les relations publiques (représentants, clients…).

 

Sarah Palacci : Vous bénéficiez des marchés publics ?

Xavier Moni : Les collectivités qui achètent des livres, lancent des appels d’offre. Les petites librairies ne peuvent pas avoir de clients institutionnels ou peu (entre 2-3 et 5 %), car cela représente beaucoup de travail pour peu de rentabilité. On perd 15 % sur les 30 % de marge.

Sarah Palacci : Et Amazon ?

Jean-Marie Ozanne : la marge d’Amazon n’est pas celle du libraire. Avec la loi Lang, le libraire va avoir une remise par rapport au service rendu par le détaillant au livre, marge beaucoup plus faible qu’Amazon, qui, par ailleurs, fait payer les livres mis en  vitrine, contrairement aux libraires indépendants.

Notre principale inquiétude est que les loyers explosent. Le problème de notre profession, c’est que toutes nos charges augmentent et nos revenus très peu. Une librairie gagne peu d’argent, voire pas d’argent.

Un genre littéraire n’est reconnu que quand il a une histoire. Un métier, c’est la même chose, il n’est reconnu que quand il a une histoire. Il existe des livres d’histoire sur l’édition. La librairie allait garder le commerce, et l’édition l’intelligence. Le libraire a des difficultés à trouver sa place, sa nécessité. Les librairies indépendantes sont là pour lancer un livre en lequel ils croient, sinon les livres seraient plus ou moins formatés.

Sarah Palacci : Et la librairie sur internet ?

Jean-Marie Ozanne : Il faut être présent sur le net. Il y a une association qui a été créée il y a un an. Mais en règle général, créer un site internet pour aller à la pêche au client est un leurre. Il faut donner de la visibilité à notre stock sur Internet, plus qu’Amazon encore. Vous cherchez un livre, cherchez-le d’abord sur Parislibrairies.

 

Sarah Palacci : Êtes-vous en concurrence entre libraires ?

Non, on est concurrents d’intelligence. Mon concurrent le plus direct, c’est Millepages, une des meilleurs librairies de France. On peut rester concurrents et être amis, s’entr’aider. Amazon est déjà là pour nous piquer des parts de marché en créant l’illusion que tout est disponible, tout le temps.

Sarah Palacci : Quelle formation faut-il avoir ?

Il faut être de bons gestionnaires. La culture a besoin d’argent pour vivre. On est à la fin de la chaîne du livre (pas tout à fait si on ajoute les bibliothécaires et professeurs-documentalistes). Quand on invite un auteur, on permet à un public de découvrir la source du livre, et surtout en chair et en os.

 

Sarah Palacci : Avec Amazon, le lecteur reçoit directement le livre chez lui…

Oui, Amazon propose la gratuité des frais de port et les 5% de remise d’office, et perd là-dessus de l’argent. Le libraire n’a pas vocation à perdre de l’argent, c’est donc une concurrence déloyale. La seule vraie question serait d‘instaurer une règle du jeu. Les entreprises qui ne sont pas du circuit du livre, qui ne sont pas françaises, ont des pratiques qui ne sont pas respectueuses des autres réseaux. Il faut véritablement instaurer une règle.

 

cop. Minuit

cop. Minuit

 

 

Sarah Palacci : Quels sont vos coups de cœur du moment ?

La Disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel (Minuit)

Ils vivent la nuit de Dennis Lehane (Payot – Rivages)

Nouvelles sur la montagne de Bernard Amy (Attila)

Aurais-je été résistant ou bourreau ? de Pierre Bayard (Minuit)

 

Le pilon de Paul Desalmand

09.09
2012

cop. Quidam éditeur

« Il me semblait que si le livre restait là, sans même que je l’ouvrisse, il commencerait à parler, d’une voix que je n’ai pas oubliée, que peut-être la nuit, il se mettrait debout, prendrait forme, figure humaine… »

Paul Desalmand ouvre son premier chapitre intitulé « Je me présente » sur cette citation de Nicole Vedrès, et sur l’incipit suivant :

« Un roman doit commencer par une gifle et se terminer par un coup de poing, me dit un frère de papier. Pour un autre, il faut impérativement un cadavre dans le premier chapitre. Tous se méprennent sur mon projet. Je souhaite uniquement raconter ma vie de livre d’une façon linéaire. J’ai donc tout banalement commencé par l’entrepôt à la sortie des presses pour continuer par les librairies et les bibliothèques où j’ai vécu, qui furent le lieu de longues discussions entre compagnons de rayonnage. Je m’y étais même fait un ami. Plus que tout, mes lecteurs, puisque je ne vivais que par eux. »  (p.13)

Vie et mort d’un livre : voici, vous l’aurez compris, l’étrange récit autobiographique d’un livre, qui ne dit jamais son titre. Après avoir décliné son identité physique - « né le 17 juin 1983, à 16 h 37, sorti des presses de La Manutention à Mayenne. Format : 16,5 com x 12,5 cm. Poids : 230 grammes. Nombre de pages : 224 (…) -, le héros de l’histoire connait l’angoisse d’être dévoré par les souris ou renvoyé au pilon à défaut d’acheteur, avant de nous faire partager ses multiples rencontres et anecdotes avec des libraires et lecteurs, mais aussi avec d’autres livres, prétextes à de multiples citations d’auteurs…

Quelle bonne idée de raconter le parcours d’un livre en le choisissant comme narrateur ! Cette « autobiographie » devient ainsi le prétexte à un tour d’horizon des différentes pratiques de libraires (les passionnés, les purs commerçants, les bouquinistes, les marchands de ventes aux enchères…), des bibliothèques et surtout des lecteurs, quasiment tous bien réels : l’occasion de saluer les « vrais » bons passeurs de livres, et de faire découvrir les multiples rouages du circuit du livre comme les positions les plus originales de lectures. Avec beaucoup d’humour, l’auteur fait vivre ainsi à son narrateur de multiples rebondissements rocambolesques, lui accordant une vie au final singulièrement bien remplie pour un seul exemplaire.

Un bijou de jovialité, idéal à offrir à tous les passionnés de livres.

 

DESALMAND, Paul. – Le Pilon / préf. de Patrick Cauvin. – Meudon : Quidam éditeur, 2011. – 161 p. ; 18 cm. – EAN13 978291501877 : 8 €.

Le Code Voynich *

18.01
2006

Le manuscrit le plus mystérieux au monde

Supercherie datant du XVIe siècle ? Construction imaginaire d’un rêveur ? Thèse d’astrologie ? Traité de gynécologie pour initiés ? Quel secret renferme ce manuscrit si mystérieux ?

Jamais, avant qu’on ne me l’offre, je n’avais eu connaissance de l’existence de ce magnifique manuscrit, étrange parce qu’indéchiffrable, conservé précieusement à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’Université de Yale. Or, à ce jour, personne n’a pu lire ce manuscrit sans titre ni auteur : les spécialistes les plus éminents s’y sont cassé les dents. Cela paraît tout simplement incroyable, en ce début du XXIe siècle, de savoir que, comme un temps les hiéroglyphes, ce manuscrit attend lui aussi son Champollion… ou ne l’a  jamais attendu.  C’est là tout le nœud du mystère car précisément personne  n’y est parvenu… Serait-ce vraiment une langue artificielle, une forme de communication écrite entre au moins deux personnes ? Y a-t-il  vraiment un code qui permettrait de la traduire ?

C’est ce que cherche à savoir l’éditeur, Jean-Claude Gawsewitch, en osant publier cet énorme volume, magnifiquement illustré, assez coûteux… qui ne peut se lire, mais qui, grâce à la numérisation tant attendue du manuscrit par notre éditeur optimiste, peut à présent être mis à la disposition non plus simplement d’un noyau de spécialistes montrant patte blanche à la bibliothèque, mais de tout lecteur prêt à se lancer dans son décryptage.

Un livre magnifique donc car reproduisant intégralement un manuscrit enluminé, mais illisible, forcément (il ne faut pas se leurrer : lectrice lamba comme beaucoup, je ne nourris pas l’ambition de réussir là où les plus grands chercheurs ont échoué !), que l’on parcourt, partagé entre la curiosité, le scepticisme et l’émerveillement. Des pages 43 à 160, c’est un herbier fabuleux que l’on découvre, composé de plantes aux tubercules énormes et aux formes inconnues, avec ça et là, ce qui semblerait être des commentaires. Des pages 160 à 204, on feuillette ce qui semblent être des représentations astrologiques couplées à des dessins de femmes nues, se baignant fréquemment. Dans les 30 dernières pages, les plantes ressurgissent, avec cette fois un texte prépondérant, qui, à la fin, noircit plusieurs pages de cette écriture ronde, régulière, soignée et indéchiffrable. Alors quoi ? Quelle serait mon interprétation ? Franchement, j’aurais cru à une supercherie de l’éditeur, à un gros canular, si ce dernier n’avait pas eu la présence d’esprit de demander au journaliste du Monde qui le premier avait éveillé sa propre curiosité, d’introduire ce manuscrit.
Cette introduction, à elle seule, rend d’ailleurs l’existence de ce manuscrit encore plus fantastique et le pare de mystères. Car la découverte en soi de ce manuscrit est on ne peut plus romanesque, énigmatique et tragique à souhait et pourrait donner lieu, si elle ne l’a pas quelque peu inspiré, à un nouveau Roman de la Rose. Je vous laisse donc le soin de la lire.

Quant au manuscrit lui-même, j’avance quelques hypothèses personnelles. Ce serait :
- l’œuvre d’un illuminé qui se serait diverti en inventant une écriture sans objet si ce n’est ornemental, en imaginant des plantes nouvelles, des cycles de vies et de destins, en se laissant aller à quelques dessins de femme dénudées se baignant dans d’étranges instruments phalliques, une sorte de harem aquatique.
- le brouillon d’une première œuvre de science-fiction ?
- un cercle de scientifiques redoutant les foudres de l’Église qui aurait utilisé un langage connu d’eux seuls qu’ils ne pouvaient lire que par l’intermédiaire d’un code et d’un miroir : ils auraient cherché comment la femme, comme une plante ses grappes de fruits ou de légumes, pouvait faire germer en elle son enfant, ou encore, à quoi ressemblait l’appareil génital féminin, et quel cycle du jour, du mois, de l’année, selon les astres, le zodiaque, pouvait favoriser les naissances nées sous les meilleures auspices.
- et vous ?
Vous voyez. Chacun peut y aller de son interprétation fantaisiste. La postérité peut-être en confirmera l’une d’entre elles…

Présentation de l’éditeur :

« Le manuscrit Voynich, du nom de l’Anglais (sic-du Polonais) qui le dénicha dans une bibliothèque italienne en 1912, est un ouvrage écrit dans un alphabet et une langue inconnus. Accompagné de dessins mystérieux, le texte a été analysé par des scientifiques, linguistes et spécialistes en cryptologie, en vain. Alors que commence le troisième millénaire, ces pages restent une incroyable énigme. Traité sur un élixir de vie ? Récit d’une ancienne guerre oubliée ? Manuel liturgique cathare ? Théorèmes mathématiques d’un moine franciscain de génie ? Telles sont les quelques-unes des nombreuses solutions proposées. Le Code Voynich présente, pour la première fois, l’intégrale des pages conservées à la Beinecke Rare Book and Manuscript Library de l’Université de Yale, aux Etats-Unis. Le lecteur, qu’il soit spécialiste en linguistique, informaticien, amateur d’art ou simple curieux, va pouvoir se livrer à un passionnant exercice de déduction.
Le Code Voynich est introduit par un texte de Pierre Barthélémy, journaliste spécialisé dans le domaine des sciences. Il retrace le contexte dans lequel s’inscrivent le manuscrit, les personnages et les événements historiques et propose quelques-unes des « théories » que des scientifiques ou des amateurs ont avancées.
Beau livre merveilleusement illustré, Le Code Voynich est un témoignage historique incroyable et une fabuleuse énigme offerte à la sagacité de tous. »

Le Code Voynich / introd. par Pierre Barthélémy. – 239 p. : ill. en coul.; 27*31 cm. – ISBN : 2-35013-022-3 : 55 €.

Webographie :
http://www.voynich.nu/
http://voynich.free.fr/
http://animulavagula.hautetfort.com/archive/2005/11/01/le-code-voynich.html
http://www.evene.fr/livres/livre/anonyme-le-code-voynich-16309.php
http://www.historia.presse.fr/data/mag/709/70909201.html
http://www.parutions.com/index.php?pid=1&rid=4&srid=5&ida=6596
http://www.crystalinks.com/voynich.html

 

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