Mots-clefs ‘New-York’

Un homme de joie de François et Hautière

29.04
2015

hommedejoie

Fuyant la misère en Russie, Sacha Bujak débarque à New-York, où un cousin lui trouve une chambre de bonne d’une maison cossue dont ont hérité trois clébards qu’il doit promener chaque jour. Un soir où il s’aventure dans les bas-fonds avec le plus teigneux, il sauve la vie d’un homme qui lui trouve bientôt du travail. Sacha est un taiseux, et dans ce milieu aux marges de la loi, ce n’est pas pour déplaire. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Lena…

Une histoire d’intégration d’un immigré dans les milieux mafieux new-yorkais en 1932 magnifiquement dessinée par Régis Hautière dans des tonalités ocres. David François nous réserve une petite surprise en dernière planche, de quoi nous inciter à une relecture rapide de ce premier tome. A suivre.

FRANCOIS, David, HAUTIERE, Régis.

Un homme de joie : la ville monstre : tome 1.

Casterman (2015).

54 p.

EAN13 9782203074170 : 13,95 €.

Hannah et ses sœurs de Woody Allen

14.05
2013

Hannah-et-ses-soeursMardi cinéma

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Woody Allen (1986)

SYNOPSIS

Elliott est attiré par Lee, la sœur de sa femme, qui vit avec Frederick, un homme plus âgé qu’elle, artiste peintre misanthrope. Alors qu’il aime sa femme, Hannah, il va pourtant nouer une liaison avec sa belle-sœur. Hannah a eu deux enfants par insémination artificielle du meilleur ami de son ex-mari, Mickey, producteur de télévision hypocondriaque, qui a une fois passé la soirée avec sa deuxième soeur, Holly, actrice un peu « ratée », lui réclamant sans cesse de l’argent.

 AVIS SUR LE SCENARIO

Le scénario repose essentiellement sur des réflexions, sur le mode comique, sur le désir, l’amour, le talent, la famille : puis-je convoiter la sœur de ma femme, et réciproquement ? Désirer une autre signifie-t-il ne plus aimer celle avec qui l’on vit ? Peut-on réussir sa vie quand on a l’image de quelqu’un qui l’a ratée ? Vers quoi/vers qui se tourner lorsqu’on a peur de mourir ?…

Au coeur de la tempête ** de Will Eisner (2009)

29.12
2009

To the heart of the storm / trad. par Anne Capuron

1942. A bord d’un train militaire qui l’emmène dans un camp d’entraînement pour partir ensuite en guerre, Will Eisner repense à l’installation laborieuse de sa famille à New-York…

J’avais précédemment découvert sa trilogie New-Yorkaise, hymne à la Grosse Pomme ou au Flatiron Building, dont j’avais beaucoup apprécié les petites histoires de gens, de lieux, épinglés par un regard à la fois lucide et poétique.

Près de cinquante ans après, Will Eisner établit ici un parallèle entre cette seconde guerre mondiale qui, avec la solution finale, poussait à son point le plus extrême l’antisémitisme, et l’accueil que son quartier de New-York avait réservé à sa famille immigrée. Pour ce faire, il fait défiler à l’encre noire l’enfance misérable de sa mère, les désillusions de son père, sa jeunesse à travers laquelle il dénonce les préjugés dont il fut victime. Un témoignage fort.

Paris : Delcourt, 2009. – 206 p. : couv. ill. en coul.. – ISBN 978-2-7560-1682-5: 17,50 €.
Voir le commentaire sur l’ancien blog.

Sous le charme de Lillian Dawes ** à *** de Katherine Mosby

21.03
2009

The Season of Lillian Dawes (E.U., 2002)

« Apprendre à connaître quelqu’un est un plaisir à savourer, comme du chocolat. On ne peut pas l’avaler tout rond, il faut le laisser fondre lentement afin que le palais en goûte chaque infime nuance. De plus, la confiance se gagne (…). » (p. 218-219)

Cet été-là, après avoir été expulsé de son pensionnat, Gabriel, dix-sept ans, se retrouve hébergé chez son frère, intellectuel bourgeois bohème avant l’heure, dans un Manhattan des années 50. Seulement, du jour où il croise Lilian Dawes, il n’aura de cesse d’en savoir toujours plus sur elle, mais curieusement plus il en apprend plus le mystère autour de ses origines et de sa véritable identité s’épaissit… Qui est donc Lillian Dawes ?

« Il y a presque toujours dans la vie un moment-clé, un point divisant le temps entre un avant et un aprèsun accident ou une histoire d’amour, un voyage ou peut-être un décès. Dans le cas de Spencer, les quatre, tels les points cardinaux sur une boussole, se combinèrent sous la forme de Lillian Dawes. Et comme il est impossible d’être le témoin d’un drame sans en conserver l’empreinte, cette femme marqua, pour moi aussi, le grand tournant. » (incipit)

 

Souvent est réservé aux titre et incipit le privilège de l’ouverture, de la mesure, de la première note, du ton donnés à l’œuvre entière. Sous le charme, on ne peut que l’être, en effet, à la lecture de ce roman d’une rare élégance, à l’image de l’héroïne qui l’illustre sur le bandeau et qui en est le sujet, écrit avec une finesse psychologique et une subtilité choisie. On y tombe, comme les deux frères Spencer et Gabriel, amoureux de la figure énigmatique de Lillian Dawes, aux talents et qualités aussi démultipliés que ses identités. On ne saurait non plus résister au charme désuet d’un New-York des années 50 que l’on découvre à travers les yeux du narrateur de dix-sept ans, Gabriel, qui, malgré sa nature indolente, est prompt à saisir avec opportunité les plaisirs de la vie et de la bouche, tout comme les occasions de fréquenter la belle. Ajoutez à cela une plume raffinée, quelques scènes phare (par exemple celle du premier soir chez Clayton, avec Lillian jouant à reconnaître à l’aveuglette les arbres du parc ; p. 133-136), quelques portraits bien sentis (celui de Clayton p. 187-188), et vous comprendrez que ce roman d’apprentissage, qui figurait dans les sélections du National Book Award et du prix Pulitzer, mérite amplement un détour par la bibliothèque ou la librairie.

« - C’est très différent, vous verrez, de boire dans de vraies tasses, dit-elle. C’est plus intime : cela étend notre espace personnel dans le monde – comme d’avoir un salon qui ouvre sur l’horizon. » (p. 216)

 

MOSBY, Katherine. – Sous le charme de Lillian Dawes / trad. de l’américain par Cécile Arnaud. – La Table Ronde, 2009. – 285 p.. – (Quai Voltaire). – ISBN 978-2-7103-3049-3 : 21 €.

Voir les 2 commentaires sur les anciens Carnets de SeL

New York trilogie : 1. La Ville * de Will Eisner (2008)

10.01
2009

Nul besoin de mot souvent pour exprimer en une planche comme ci-dessous combien le paysage urbain peut influer sur le moral. Ce sont donc des récits souvent muets, parfois accompagnés de musique ou de dialogues, qui vont ici se succéder, suscités par un motif du quotidien : une bouche d’égout ou d’incendie, un perron ou la fenêtre d’en face, le métro, des poubelles ou des boîtes aux lettres, un lampadaire.

A l’époque où ces chroniques urbaines ont été conçues, au début des années 80, Will Eisner enseignait à l’Ecole des Arts Visuels de New-York. Les éditions Delcourt les rééditent à la suite de sa trilogie du Bronx.

Comme tant d’autres séduite par Manhattan et Brooklyn, je ne pouvais pas manquer cette B.D. ! J’y ai découvert le trait de Will Eisner, rond et tendre, son sens de l’humour et sa sensibilité, son intelligence des milles facettes de la vie quotidienne des gens, mais… ce sont ses deux autres tomes (tomes 2** et 3**) qui m’ont véritablement plu.

New York trilogie : 2. L’immeuble ** de Will Eisner (2008)

09.01
2009

Dans ce tome plus que dans tout autre, la vie humaine s’incruste dans les pierres, tout comme un immeuble peut profondément marquer la vie des gens. Tiens, prenons celui-là : oui, bien sûr, il n’est pas imaginaire comme il n’a pas non plus été choisi par hasard, vous le reconnaissez, il s’agit du Flatiron Building (Daniel Burnham, 1902), dont Will Eisner ne mentionne pas le nom, mais qu’il utilise comme symbole, à la fois de la Grosse Pomme et de tous les beaux immeubles riches d’un passé et de souvenirs que menacent les exigences de conformité et les promoteurs.

« Ce qui me perturbait le plus, c’était la destruction impitoyable des immeubles. J’avais le sentiment que, quelque part, ils avaient une âme.
Je sais maintenant que ces structures, incrustées de rires et tachées de larmes, sont plus que des édifices sans vie. (…) » (p. 6)


Un jour, ce bel immeuble est démoli pour faire place à un nouvel immeuble, « The Hammond Builing », à l’entrée duquel apparaissent quatre fantômes, dont Will Eisner va nous raconter tour à tour l’histoire, avant d’aborder celle de P.J. Hammond…

Dans la seconde partie du tome, Eisner renoue, comme pour le premier tome, avec son principe des saynètes douces-amères en les déclinant cette fois autour du temps, de l’odeur, du rythme et de l’espace, les quatre principaux facteurs qui caractérisent la ville selon lui.

Aucune sensiblerie ni complaisance dans ces différentes histoires, mais bien au contraire une lucidité cinglante issue d’un sens de l’observation étonnant, que viennent toujours adoucir la rondeur de son trait, son humour et sa tendresse pour ses personnages, souvent de petites gens. Un vrai plaisir à lire.

EISNER, Will. - New York trilogie : 2. L’Immeuble. – Delcourt, 2008. - 164 planches. - (Contrebande). - ISBN 978-2-7560-0953-7 : 14,95 €.

New York trilogie : 3. Les gens ** de Will Eisner (2008)

09.01
2009

« Très jeune déjà, dans les rues de ma ville, j’étais déconcerté par l’anonymat des gens autour de moi. L’indifférence qu’ils se témoignent dans les lieux bondés me paraissait contredire l’idée communément admise selon laquelle les villes ont été créées pour garantir la sécurité. »

New York, dans les années 30. Pincus Pleatnick est devenu presque invisible, par commodité, pour éviter les désagréments. Un jour, pourtant, il lit sa propre mort dans la rubrique nécrologique du Daily News. Immédiatement, il appelle la responsable qui refuse de reconnaître son erreur. Furieux, il sort de chez lui prendre l’air. Mais il est loin de se douter que tous ceux qui vont lire la rubrique vont bel et bien le considérer comme mort et agir en conséquence…  Morris, lui, a un don, celui de guérison. Mais personne n’a l’air de s’en préoccuper…  Hilda, enfin, bibliothécaire, s’est occupée toute sa vie de son père. Lorsque ce dernier meurt, elle s’entiche d’un collègue qu’elle n’avait jamais remarqué, la cinquantaine sonnante, entièrement dévoué à sa mère malade…

L’anonymat dans la foule, la solitude dans une ville surpeuplée, voici le thème de ce dernier volet de la trilogie sur New-York. On préfère ignorer l’autre pour se protéger. C’est oublier qu’on est tout aussi vulnérable sans l’autre. Une bien belle leçon de vie que nous donne là Will Eisner.

EISNER, Will. – New York trilogie : 3. Les Gens. – Delcourt, 2008. - 111 planches. - (Contrebande). - ISBN 978-2-7560-0953-7 : 12,90 €.

Voir le commentaire sur l’ancien blog