Mots-clefs ‘mort’

Virginia Woolf de Michèle Gazier et Bernard Ciccolini

18.01
2012

cop. Naïve

Au cinéma, tout comme les adaptations de romans, les biographies semblent remporter un franc succès auprès d’un large public. Depuis quelques années, on observe le même phénomène dans la bande dessinée, rendant accessible au plus grand nombre le parcours de grands intellectuels et artistes. Le mois dernier, je vous parlais du Nietzsche campé par le philosophe Michel Onfray, cette fois ce sera de la vie de Virginia Woolf, racontée par l’écrivaine Michèle Gazier et illustrée par Bernard Ciccolini, figure emblématique de la littérature britannique du début du 20e siècle, écrivaine et féministe.

Boulimique en tout – gâteau, papier, encre, livres-, la jeune Virginia Woolf trouve injuste le traitement de faveur auquel ont droit ses frères, pouvant seuls par exemple tenir la barre du bateau de leur père et bénéficiant d’une éducation au collège, alors qu’elle doit se contenter pour s’instruire de la bibliothèque de son père. Mais le bonheur de sa famille est bien fragile. Marquée très tôt par le deuil de sa mère, qu’elle admirait beaucoup, violée par son demi-frère Georges, Virginia perd aussi sa soeur aînée lors de son accouchement, puis son père. Elle qui croquait la vie à pleines dents et écrivait beaucoup, la voilà devenue à l’âge de 22 ans rêveuse et mélancolique. Toujours célibataires, sa soeur Vanessa, qui peint avec un plaisir évident, et elle partagent alors la vie de bohème de leurs frères Thoby et Adrian et de leur bande d’intellectuels artistes…

Voici un parcours biographique qui peut paraître un peu rapide, mais qui nous donne un excellent aperçu de la personnalité de Virginia Woolf, à la fois si fragile dans sa crainte de ne pas devenir écrivain et si forte dans ses motivations.

Beaucoup aimé

Virginia Woolf /scénario, Michèle Gazier ; dessins, Bernard Ciccolini
Paris : Naïve, 2011. – 90 p. : ill. en noir et en coul., couv. ill. ; 23 cm .- (Grands destins de femmes)
Bibliogr., 1 p.. – EAN13 9782350212555 : 23 €.

Pierre Tombal : Entre la vie et la mort de Hardy et Cauvin

28.12
2011

cop. Dupuis

 

 

 

Pierre Tombal, comme son nom le suggère, n’est autre que le fossoyeur d’un cimetière : il a toujours des anecdotes à raconter sur les morts dont il s’occupe. Dans ce 27e volume de cette série désormais célèbre, c’est surtout de la Mort, avec un M majuscule et sa faux, dont il va parler, et en particulier de ses envies de meurtre quand celle-ci aperçoit la Vie, en la personne d’une fillette bleue qui sème des fleurs, de la vie, partout où elle passe en chantonnant.

 

 

 

Marc Hardy à BD Boum

Les histoires se succèdent au rythme de deux ou trois planches, avec une Vie qui ne fait que passer, un peu gnangnan, et une Mort rendue fort sympathique, prenant des bains chez Pierre Tombal, à tel point qu’on lui pique même sans le vouloir sa brosse à dents (beurk) ! De quoi se divertir, non pas entre la vie et la mort, mais tout simplement entre Noël et Nouvel An…

Dupuis, 2011. - 48 p. : ill. en coul.

Edvard Munch : l’oeil moderne : l’exposition

18.11
2011

Rien de tel que de télécharger l’excellent dossier pédagogique pour préparer sa visite à une exposition, en le lisant dans le train à l’aller, puis de feuilleter au retour le catalogue d’exposition, pour y retrouver les oeuvres qu’on y a admirées.

Les deux se complètent à merveille. Car si le premier permet de préparer et d’éduquer notre oeil, le second joue plus ou moins le rôle d’album souvenir, s’attardant sur l’explication de certaines toiles ou photographies de Munch. Hélas la reproduction de tableaux dans un livre reste toujours aussi décevante : il y manque le rendu des couleurs, le format et la texture des tableaux, d’où l’intérêt d’aller à la rencontre de l’oeuvre originale, et à l’exposition Edvard Munch, l’oeil moderne, présentée à Beaubourg jusqu’au 9 janvier. Vous y découvrirez non pas Le Cri, l’oeuvre emblématique datant des débuts de Munch (1893), mais « comment sa production des années 1900 à 1940 s’est nourrie du développement de la photographie et du cinématographe, de ses expériences dans le domaine théâtral, ainsi que des interrogations de son temps concernant » « la reproductibilité de l’oeuvre d’art » et « les possibles interprétations des pratiques artistiques et littéraires ».

Arrêts parmi les 140 oeuvres sur les suivantes :

Vampire (1893), Puberté (1894-1895), Le Baiser (1897), La Vigne vierge rouge (1898-1900), Jalousie (1907), Femme en pleurs (1907, grand format), Le Soleil (1910-1913), Enfants dans la rue (1910-1915), Travailleurs rentrant chez eux (1913-1914), Autoportrait à Bergen (1916), L’Artiste et son modèle (1919-1921), Nuit étoilée (1922-1924), L’Enfant malade (1925), La Bagarre (1932).

 

Edvard Munch :  l’oeil moderne  :  l’exposition  :  [réalisé à l'occasion de l'exposition présentée au Centre Pompidou, Paris, Galerie 2, du 22 septembre 2011 au 9 janvier 2012, à la Schirn Kunsthalle, Francfort, du 9 février au 13 mai 2012 et à la Tate Modern, Londres, du 28 juin au 12 octobre 2012  [conception et rédaction, Marion Diez, Caroline Edde  ; traduction, Caroline Taylor-Bouché]. 

Paris  : Cente Pompidou , 2011
59 p.  : ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul.  ; 27 x 27 cm
Textes en français et en anglais 

ISBN 978-2-84426-538-8 (rel.) : 8,50 €.

Des roses rouge vif d’Adriana Lisboa

21.04
2009

cop. Métailié

Titre original : Sinfonia em branco

 

« Il restait encore un peu de temps avant qu’elle n’arrive. L’après-midi estival et étouffant se décollait de la route, sous forme de poussière, et s’étirait paresseusement dans l’air. Tout était tranquille, ou presque tranquille, mou et gonflé de sommeil. Un homme aux yeux grands ouverts (et transparents tellement ils étaient clairs, chose peu commune) feignait de surveiller la route avec ses pensées. » (incipit)

Cet homme aux yeux clairs, c’est Tomas, qui peint des tableaux sans connaître le moindre succès, et attend celle qu’il a aimé, qui fut une jeune fille vêtue de blanc qui évoquait un tableau de Whistler, mais qui lui a préféré un ami d’enfance. Quelqu’un d’autre attend Maria Inès, dans une fazenda isolée de l’Etat de Rio. Il s’agit de Clarice, sa soeur, qui a été séparée d’elle durant quinze ans avant de la revoir à la mort de leur mère puis de leur père. Peu à peu le passé refait surface, ce passé teinté du rouge vif des roses qui ornaient le foulard de leur soeur, ce passé qui seul détermina leur vie à toutes deux…
*
Adriana Lisboa tisse la trame de ce roman psychologique tout en arabesques et en détours, afin de garder pour le dénouement les raisons pour lesquelles les vies de ces deux soeurs semblent avoir échoué, tirées par le fond par un passé qu’elles ne peuvent oublier. Une bien belle plume pour un thème certes classique mais habilement exploité.
*
LISBOA, Adriana. – Des roses rouge vif / trad. du portugais (Brésil) par Béatrice de Chavagnac. – Métailié, 2009. – 222 p.. – (Bibliothèque brésilienne). – ISBN 978-2-86424-680-0 : 17 €.


La porte des enfers * de Laurent Gaudé (2008)

27.12
2008

A Naples, une balle perdue tue un petit garçon de 6 ans que son père emmenait à l’école. La mère, anéantie, pose à son époux un ultimatum : soit il ramène leur fils des enfers, soit il le venge en tuant le malfrat qui a tiré. Ce dernier échoue à tuer cet homme, que son fils, bien des années plus tard, revenu grâce au sacrifice de son père d’entre les morts par une porte des enfers, va punir de la plus atroce des manières…

Déçue, oui, par ce dernier roman de Laurent Gaudé, dont j’avais beaucoup apprécié les romans précédents, prix Goncourt des Lycéens pour La Mort du roi Tsongor (2002) et prix Goncourt pour Le Soleil des Scorta (2004). Contrairement à ces derniers, je n’ai pas été emportée par la force de son verbe et par le souffle épique de son récit. L’histoire est tragique, certes, son cortège de personnages aussi, mais l’émotion ne sourd pas. Rien à faire. Trop de mélo ? Le message de Laurent Gaudé passe bien pourtant : les vivants ne doivent pas oublier leurs morts, sous peine de les faire mourir une seconde fois. C’est en effet un appel à un véritable devoir de mémoire que lance l’auteur, le souvenir des morts marquant nos habitudes, nos choix, mais aussi indubitablement nos vies, qui s’y habituent lentement pour mieux s’acheminer vers leur fin.

« C’est la règle du pays des morts, continua Mazerotti. Les ombres auxquelles on pense encore dans le monde des vivants, celles dont on honore la mémoire et sur lesquelles on pleure, sont lumineuses. Elles avancent vers le néant imperceptiblement. Les autres, les morts oubliés, se ternissent et glissent à toute allure vers le centre de la spirale. » (p. 195)

Actes Sud, 2008. – 266 p.. – ISBN 978-2-7427-7704-4 : 19,50 euros.

Death note * à ** de Tsugumi Ohba, Dessin Takeshi Obata (2003-2006)

27.12
2008

cop. Kana 2007

Scénario Tsugumi OHBA

Dessin Takeshi OBATA

Manga de type shōnen, en série de 12 tomes, publié en France depuis 2007.

1er tome ** (21/08/2007) : Les démons de la mort s’ennuient à mourir… sans le pouvoir. L’un d’entre eux se distrait en faisant tomber pour la seconde fois son Death note, son cahier de la mort, dans le monde des Humains. Light, brillant élève au lycée, s’ennuie lui aussi jusqu’à ce qu’il ramasse ce cahier tombé du ciel, avec ce mode d’emploi en anglais qui commence par : »La personne dont le nom est écrit dans ce cahier meurt. » Quand le Dieu de la mort retrouve le cahier et son possesseur, qu’il est obligé de côtoyer jusqu’à la disparition de l’un ou de l’autre, le cahier est déjà noirci de noms, car Light veut débarrasser la Terre de tous ses criminels. Cette épidémie de morts soudaines finit par étonner Interpol qui demande au mystérieux L, avec le soutien des services de police du monde entier, de se lancer à la recherche de ce nouveau justicier…

Voici LE manga dont tout le monde parle. Cette série est en cours : quatre tomes sont parus pour l’instant en France, il n’en compterait que 12 au total. Ce n’est pas tant la qualité du graphisme, ni l’irruption du merveilleux japonais (l’incipit est d’ailleurs assez lourd et simpliste) qui font parler d’eux, mais bien plutôt sa moralité : le personnage principal a en effet le droit de vie et de mort sur tout un chacun et choisit sans l’ombre d’une hésitation d’utiliser son droit de mort sur des individus qu’il juge nuisibles, avec l’ambition ultime de devenir une sorte de dieu sur Terre punissant les méchants…Comment dès lors s’attacher à ce héros ? D’autant plus qu’il va peut-être devoir balayer pour ce faire tous ceux qui se dresseront sur son passage, lesquels travaillent véritablement pour la police et la justice… Grâce au témoin monstrueux du démon qui trouve lui-même Light fascinant, on en vient à vouloir aussi être étonné par le raisonnement et les trouvailles de ce nouveau justicier très intelligent, et forcément, on a bien envie de suivre son parcours, oscillant entre le bien et le mal, dans les prochains tomes ! Et vous, qu’auriez-vous fait, si vous vous étiez trouvé en possession de ce carnet ? Car toute la justification des actes du « héros » est là : il agirait dans l’intérêt collectif et non pas pour son seul intérêt particulier. D’autres peut-être en auraient profité pour assouvir leur désir de pouvoir et d’argent, d’autres enfin n’y auraient-ils jamais touché ?

2e tome * : Light s’engage sans remords vers le côté obscur, n’hésitant pas à tuer les innocents qui se mettent en travers de son chemin… et nous découvrons en L un jeune personnage intelligent auquel on pourrait bien s’attacher…

3e tome ** : Light est placé sous vidéo-surveillance par L et son propre père. Bientôt L décide de rencontrer à visage découvert Light. C’est alors qu’un 2e Kira fait son entrée en scène…

4e tome * : Light est bien mis dans l’embarras avec ce nouveau Kira…

5e tome * : Rebondissements à la fois intéressants pour certains côtés (les motivations d’adultes jouant dans la sphère libérale) et un peu frustrants (au niveau de Light)… Je continue…

6e tome * : Moins de rebondissements… A part cette découverte de L.

7e tome *** : Un pivot dans l’histoire. Light se surpasse : sa stratégie est bien machiavélique. La fin du tome, et le rebondissement à venir, me semble malheureusement trop facile et redondante.

du 8e au 11e tome * : Difficile d’apprécier autant la suite, qui parait superflue et redondante, jusqu’à la fin du 11e tome où la tension renaît enfin…

12e et dernier tome * : Ca y est, l’histoire s’achève. Je maintiens l’idée qu’il aurait fallu achever le récit au 7e tome, plus percutant, mais la morale n’aurait pas été sauve…

Voir les 4 commentaires sur l’ancien blog

Le fait du prince d’Amélie Nothomb (2008)

23.12
2008


« Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à l’hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l’appui, que l’individu a trépassé en chemin. Moyennant quoi, on vous fichera la paix. » (incipit)

 

Curieux conseil que voici, et d’où va partir l’étrange histoire de l’homme à qui cela arriva, lequel, s’il se garda bien d’appeler la police, choisit de prendre l’identité de celui qui venait de mourir…

Economisez donc vos 15,90 euros ! Rien ne sert de vouloir faire partie de chaque rentrée littéraire si c’est pour publier un énième roman, sans aucun intérêt.

Albin Michel, 2008. – 169 p.. – ISBN 978-2-226-18844-1 : 15,90 euros.